FÉDÉRATION  
Install Magazine 986 – octobre 2022

Plate-forme belge pour les pompes à chaleur hybrides

Favoriser la transition vers des installations éco-énergétiques

Le problème est connu : pour atteindre les objectifs climatiques, notre chauffage doit devenir neutre en carbone. L’impact de la guerre en Ukraine sur le prix du gaz a par ailleurs rappelé brutalement à de nombreux ménages l’importance des économies d’énergie. Il convient donc d’instaurer rapidement des mesures éco-énergétiques. Il existe dans le secteur un large consensus à propos du fait que les pompes à chaleur hybrides peuvent jouer un rôle en la matière. Afin d’accélérer l’introduction de ces mesures, une orgaisation faîtière a été créée, à savoir l’Hybrid Heat Pump Platform (HHPP).

Les limites de l’électrification

Une PAC fonctionnant à l’électricité verte est dans l’état actuel de la technique la manière la plus indiquée pour produire du chauffage carboneutre. Il n’est toutefois pas évident d’effectuer rapidement-et à grande échelle- la transition vers cette technique. Une grande partie du bâti existant n’est pas adapté à du chauffage basse température sans rénovation profonde préalable. Le réseau électrique atteint également ses limites. Si tout d’un coup, tout le monde se met à consommer de l’électricité pour se chauffer ou pour se mouvoir, une grande partie du réseau devra impérativement être renforcé. Il y a des plans d’investissements dans cette direction, mais ceux-ci ne seront pas exécutés du jour au lendemain. Par ailleurs, l’électrification n’a de sens que si la production d’électricité devient également plus écologique. L’effet d’une PAC qui est alimentée par une centrale à charbon, est minime. Passer à de l’électricité verte est toutefois un travail de longue haleine.

Il est néanmoins urgent d’œuvrer à la réduction de la consommation d’énergie en général et à celle des combustibles fossiles en particulier, ne fut-ce que pour atténuer l’impact des hausses de prix sur le budget des ménages. Munir les habitations existantes d’installations hybrides, idéalement en combinaison avec une meilleure isolation, permet de fournir une contribution immédiate, sans frais d’investissement trop élevés.

L’exemple des Pays-Bas

Jeter un coup d’œil chez nos voisins du nord est à ce titre intéressant. Les Pays-Bas ont en effet pris la décision radicale de se passer du gaz. Afin d’étudier l’impact d’installations hybrides et de PAC sur la consommation de gaz, quelque 450 installations ont été monitorées sur deux saisons de chauffe. Environ 30% de ces installations étaient hybrides, les 30% restants ne disposant que d’une PAC. Les résultats des installations hybrides furent très encourageants : on a en effet enregistré une réduction notable de la consommation de gaz. De manière générale, la PAC a pu couvrir plus de 60% de la demande de chaleur sur base annuelle. Dans la mesure où la chaudière prenait le relais en cas de pic de charge, le rendement de la PAC s’est révélé très favorable, avec un SCOP moyen de 3,8 dans les installations hybrides. On évite par ailleurs ainsi de telles charges de pointe sur le réseau électrique. Pour le long terme, on ne prévoit pas d’effet de verrouillage, bien au contraire. Au fur et à mesure que les logements seront rénovés, la transition vers la PAC sera de plus en plus aisée. Et là où cela restera impossible, la demande résiduelle pourra être couverte avec du gaz vert.

Réunir les intervenants

Afin d’accélérer également ce mouvement en Belgique, on a créé l’Hybrid Heat Pump Platform (HHPP). Il s’agit d’une large organisation coordinatrice qui rassemble divers acteurs du secteur. La plate-forme se compose initialement des acteurs suivants : Atic, ATTB, BtecCH, Febupro, Gas.be et Techlink. Mais d’autres organismes sont également les bienvenus. Des activités sont prévues sur différents axes : sensibilisation, contacts avec le politique, aspects technique, études de marché…

Une étude a ainsi été menée par la haute école Vives afin de chiffrer le potentiel des PAC hybrides en Belgique. Première conclusion : c’est dans le milieu de classement des habitations que cette technique entre le plus en ligne de compte. Si une maison est très mal isolée, une rénovation profonde sera de toute façon nécessaire, et on optera dès lors de préférence pour la solution la plus performante. Dans le cas de logements très éco-énergétiques ou de constructions neuves, on place habituellement un chauffage à basse température, et c’est alors la PAC qui est la plus indiquée. Et entre ces deux groupes, il existe toute une série d’habitations pour lesquelles il vaut la peine, lors du remplacement de la chaudière, d’installer une PAC hybride, ou de combiner une PAC avec une chaudière existante. Ce qui permet d’économiser automatiquement plus de 60% sur la consommation de gaz. L’un des objectifs de l’HHPP est d’aborder le sujet avec le gouvernement, afin de mettre en place un cadre législatif adapté.

Prise de conscience gouvernementale

La prise de conscience du potentiel de tels systèmes croît petit à petit au sein des différents pouvoirs publics de notre pays. En Région de Bruxelles-Capitale, par exemple, une électrification complète semble peu réaliste, étant donne l’état du patrimoine. Le gestionnaire de réseau pense par contre que l’hydrogène a un rôle pertinent à jouer, notamment dans des installations hybrides. En Flandre, le gestionnaire de réseau perçoit également l’utilité des PAC hybrides dans les bâtiments existants : ce serait en effet la manière la plus rapide de réduire la consommation de gaz, après les PAC et les réseaux de chaleur. En Wallonie, on s’attelle avant tout au verdissement des vecteurs énergétiques (gaz et électricité). Les autorités préviennent également qu’une partie croissante des ménages ont déjà des difficultés à payer leur facture énergétique, et que la marge d’investissement de ceux-ci est donc très réduite. Des mesures de soutien sont donc indispensables. Il existe ainsi déjà des primes dans les trois régions pour les PAC, qu’elles soient hybrides ou non.

Assister les installateurs

Une tâche essentielle de l’HHPP consiste à assister les installateurs. Une installation hybride est tout simplement plus complexe qu’une installation standard. Le côté hydraulique et la régulation sont plus délicats, alors que ces aspects sont justement cruciaux pour le bon fonctionnement de l’installation. Si des erreurs sont commises à cet égard, l’installation n’atteindra jamais le rendement prévu. Par conséquent, de nombreux professionnels sont encore assez réticents par rapport à ces installations complexes. On note également une grande frilosité vis-à-vis des aspects ‘réfrigération’. Afin de surmonter cela, l’HHPP désire organiser des cours et développer des outils. Et pour ce faire, il n’est pas nécessaire de réinventer l’eau chaude : il existe déjà pas mal de matériel disponible aux Pays-Bas, qui doit seulement être adapté à la situation belge. L’HHPP pense ici à des outils pour le dimensionnement, à des exemples-types de concepts hydrauliques et de régulation, à des méthodes de calcul pour les économies en termes d’énergie primaire et d’émissions de CO2. On note sur le marché un intérêt croissant de la part des fabricants. La décision allemande et néerlandaise de n’autoriser à partir de 2026 que des installations avec une part d’énergie renouvelable a ainsi favorisé l’émergence sur le marché de solutions faciles à installer. Ces dernières devraient également arriver chez nous.

En résumé, le secteur du chauffage est en pleine mutation, et les installations hybrides devraient jouer un rôle dans ce contexte. L’HHPP veut rassembler les connaissances et les expériences afin que cette évolution se déroule le plus rapidement possible.

Pa Alex Baumans

www.hhpp.be