INSTALLATION ET OUTILLAGE  
Install Magazine 970 – mai 2020

Détaillant devient horticulteur

Le Colruyt Group développe une ferme verticale unique en son genre

En mars, les magasins Bio-Planet commercialisaient du basilic frais cultivé selon le principe de l’agriculture verticale. Le caractère révolutionnaire de l’événement est qu’il s’agit d’une culture intégralement propre au groupe. En effet, le Colruyt Group a développé une « ferme verticale » ingénieusement conçue. Le système de refroidissement et de ventilation est particulièrement intéressant en raison de la combinaison de techniques existantes et d’autres innovantes.

Agriculture verticale

L’agriculture verticale est un vocable complexe pour un concept qui en fait ne l’est pas. Ce dernier se décline par une culture étagée des plants. « Cela se réalise dans un espace clos suivant des conditions idéales », explique Sarah Roels, ingénieur R&D du Colruyt Group. « Lumière, humidité, température, apport en eau et en nutriments, composition du sol... : tout est optimisé en fonction des plants. Les conditions météorologiques n’ont aucune influence et le risque d’infestations par les insectes, les champignons ou les bactéries est quasiment exclu. Le résultat ? Un rendement et une qualité maximums avec une empreinte écologique minimale. Dans notre cas, nous occupons 20 fois moins d’espace, 90% moins d’eau et 50% moins de nutriments qu’en culture traditionnelle. La durabilité est renforcée par le substrat. Il consiste en une combinaison de flux résiduels et il est entièrement compostable. En outre, toute l’installation est alimentée en énergie verte et en eau de pluie. »

La technologie comme perspective

Le service R&D de Colruyt Group s’est vite rendu compte qu’une approche traditionnelle n’apporterait pas la durabilité ni la rentabilité souhaitées. « De nombreuses start-ups analysent la phytobiologie et recherchent ensuite une technologie existante pour construire une unité opérationnelle », explique Sarah Roels. « Nous sommes partis d’un point de vue technique. Le Colruyt Group a énormément de connaissances internes en ingénierie, réfrigération, purification d’eau, efficacité énergétique, ventilation... Avec 1 600 employés, notre service technique interne est l’un des plus grands prestataires de services en Belgique. En lançant une passerelle entre ce savoir-faire et la R&D, nous avons pu construire une ferme verticale exclusive qui s’intègre parfaitement dans le concept business du Colruyt Group. Bien sûr, il reste à voir si les herbes fraîches plairont au consommateur. »

Techniques exclusives

La base de la rentabilité repose sur les techniques. « Nous avons investi toutes nos connaissances dans les techniques les plus économiques », stipule Kristof Lauwereys, ingénieur projet en techniques. « Cela a abouti à un système d’éclairage pour lequel nous avons déposé un brevet. Il en va de même pour la ventilation, qui garantit le même débit d’air frais pour chaque plant. Le climat global est régulé par une centrale de traitement d’air. L’air aspiré est toujours porté à la bonne température et à la bonne humidité. En soi, bien sûr, ce n’est pas révolutionnaire. Cependant, notre concept fait la différence en termes de précision. En effet, le système de commande sous-jacent développé par l’équipe technique du Colruyt Group garantit une précision de 1% en humidité et de 0,1 °C en température. »

Indépendance quasi totale

La rentabilité de la ferme verticale est également en partie déterminée par une maintenance minimale en raison de la collaboration entre la R&D et le Service Technique. « Nous sommes partis du principe qu’une fiabilité maximale devait être garantie avec une maintenance minimale », déclare Kristof Lauwereys. « Parce que nous avons tout construit nous-mêmes, aucune interaction avec des tiers n’est requise. Nous disposons suffisamment de connaissances internes pour résoudre nous-mêmes les dysfonctionnements ou les aléas. Nous n’avons donc pas à attendre qu’un fournisseur envoie son technicien et nous pouvons dès lors intervenir très rapidement. En cas d’alarme, les techniciens maison rejoignent la ferme verticale dans l’heure. Cela permet d’étouffer les problèmes dans l’œuf et d’éviter ainsi des frais de réparation importants. Ayant également développé nous-mêmes le système de commande, nous sommes sûrs à 100% de la gestion correcte des alarmes. Le système permet également de collecter et de comparer les données, nous permettant d’optimiser en permanence. »

Entretien minimal

La faible maintenance corrective requise depuis le démarrage officiel au printemps 2020 prouve que le concept a été bien pensé. « Nos interventions se sont limitées à un serre-câble abandonné dans une pompe, au colmatage de pompes à nutriments et à quelques lampes au fonctionnement erratique », stipule Kristof Lauwereys. La partie préventive de la maintenance semble également fort minime. Le technicien de maintenance permanent Bjorn Borremans explique : « Une fois par an, nous devons nettoyer la batterie et les ailettes des frigorifères secs et des groupes aérauliques. En outre, la détection des fuites de nos refroidisseurs au propane est un point d’attention important en raison du risque d’explosion potentiel de ce réfrigérant écologique. Les capteurs intégrés vérifient en permanence s’il n’y a pas de fuite. Pour garantir la sécurité, nous vérifions aussi chaque année toutes les soudures et tous les tuyaux avec un dispositif renifleur. »

Maximum 1 jour par mois

Même le système complet d’irrigation nécessite un minimum d’entretien préventif. « Nous avons opté pour des pompes aux paliers lubrifiés à vie exempts d’entretien », explique Kristof Lauwereys. « D’autre part, nous devons bien sûr remplacer les filtres à sédiments et à charbon actif du réservoir tampon tous les six mois. Pour les filtres UV qui éliminent les bactéries, les moisissures et les virus de l’eau, il suffit de remplacer annuellement la lampe UV et d’éliminer les dépôts sur le verre de l’armature. Le réservoir tampon dans lequel les nutriments et l’eau sont mélangés nécessite un nettoyage semestriel. Cela signifie que nous purgeons toute l’eau, éliminons manuellement les sédiments puis rinçons le tout à l’eau. En bref, notre ferme verticale nécessitera l’attention de notre équipe technique à peine pendant une demi-journée à une journée complète par mois. Ce qui est très peu pour une installation aussi critique… Mais cela prouve une fois encore que penser à la maintenance lors de la conception est payant. »

Par : Els Jonckheere

Photos : Colruyt Group

www.colruytgroup.com/vertical-farm