ÉVÉNEMENTS  
Install Magazine 962 – août 2019

HVAC et développement durable

Congrès Eureka à Bruges

Le Congrès Eureka est une collaboration entre deux organisations sectorielles au niveau européen : l’EPEE pour le refroidissement et les pompes à chaleur, et l’EVIA pour la ventilation. Avec cette initiative, les associations désirent lancer un débat, au-delà des frontières sectorielles, sur la manière dont l’HVAC-R peut contribuer à une meilleure vie pour tous. Cette année, le congrès s’est déroulé à Bruges, avec comme thème central le rôle de l’industrie HVAC-R dans la réalisation des objectifs en matière de développement durable.

Objectifs de développement durable

Les objectifs de développement durable ou SDG (Sustainable Development Goals) sont des points mis à l’agenda à l’horizon 2030. Rédigés par les Nations Unies, ils représentent l’étape suivante après les objectifs du millénaire. Les 17 points d’action couvrent un large éventail d’aspects, de l’action climatique à l’enseignement, jusqu’à la lutte contre la pauvreté. Les objectifs de développement durable concernent tout le monde, et donc également le secteur HVAC-R. C’est pourquoi le dernier congrès Eureka fut consacré aux points de contact entre notre secteur et les SDG étendus. Une centaine de personnes intéressées se sont réunies au Collège d’Europe de Bruges.

Les orateurs Sir David King et Hans van der Loo, membres du panel d’orateurs issus de diverses instances, comme la Commission européenne, ont entamé les débats. Ils ont engagé un débat avec des experts de l’industrie et des étudiants de plusieurs pays. Sir David King est revenu sur les conséquences du changement climatique ; il a également insisté sur la nécessité de restaurer le climat. Hans ven der Loo a eu une approche plus économique : il a évoqué les limites de la croissance et la durabilité limitée de notre système économique actuel.

Aller au-delà d’une simple réglementation climatique

Une des conclusions tint dans le fait qu’il faut dépasser les compartimentations, tant dans les entreprises, que dans les associations d’intérêts et dans le monde politique. Au sein des gouvernements, les compétences sont encore trop souvent dispersées entre toute une série d’organismes, qui ne s’occupent à chaque fois que d’une partie de la question. Il en résulte parfois des avis et des décisions contradictoires. Dans l’industrie, on a également tendance à ne tenir compte que d’un nombre limité d’aspects, sans vision globale sur les besoins de toutes les parties concernées.

Lors de la conception de systèmes de climatisation pour bâtiments, on doit par exemple faire un compromis entre le confort, la santé et les économies d’énergie. Les bâtiments existent avant tout pour offrir un cadre de vie sain et agréable, soit des critères qui ne sont pas pris en compte dans la volonté unilatérale de réaliser des économies d’énergie. Il est donc courant que les décisions relatives aux exigences de santé d’une part et aux exigences d’efficacité énergétique d’autre part, soient prises séparément, sur base de différentes réglementations. Or, dans une installation de bâtiment, ces exigences se rejoignent, et une approche intégrée s’impose.

Dans ce contexte, l’apport du secteur alimentaire fournit une perspective intéressante. Dans les pays en voie de développement, essentiellement, une grande quantité de nourriture est perdue avant d’atteindre le consommateur. Une meilleure chaîne du froid constitue une manière efficace d’accroître la sécurité alimentaire. Il faut toutefois s’assurer que ce refroidissement s’opère d’une façon durable ; autrement, la solution deviendra un problème et causera des complications ultérieures à d’autres niveaux. C’est pourquoi il est également intéressant ici de regarder au-delà des frontières de sa propre spécialité.

Nous avons besoin de tous les talents

Une SDG est la promotion de l’égalité des chances entre hommes et femmes. On ne peut nier que notre secteur est essentiellement masculin ; et encore, à ce niveau-là, l’Europe affiche un bilan légèrement plus favorable que dans d’autres parties du monde. Mais dans l’absolu, de nombreux talents ne sont pas mis à profit. Or, nous avons besoin en urgence de tous les bras disponibles : le secteur fait en effet face à un déficit de main-d’œuvre, alors qu’on annonce une croissance de 14%. On aurait ainsi besoin dans les cinq ans de 21% de techniciens en plus. Par ailleurs, les entreprises dont le personnel est plus diversifié sont plus performantes que les entreprises recourant à des équipes homogènes. La diversité permet effectivement d’avoir une vision plus large de la question et de trouver plus rapidement des solutions innovantes.

Le secteur a donc tout intérêt à être plus attractif pour les femmes. Il faut toutefois reconnaître qu’en la matière, un long chemin reste à parcourir. Trop peu de filles optent pour des orientations techniques à l’école. Les rares techniciennes se dirigent rarement vers l’industrie ou le secteur de l’installation après leurs études. Elles préfèrent de fait poursuivre leur carrière dans la recherche ou dans des bureaux d’études. Un cercle vicieux se crée ainsi dans les entreprises d’installation : dans la mesure où il y a peu de femmes, la motivation pour prendre des mesures favorables aux femmes est faible, et donc ces dernières ne sont pas enclines à rejoindre le secteur. Face aux défis de la transition énergétique, nous ne pouvons toutefois pas nous permettre de nous priver d’un tel réservoir de talents.

Nécessité d’une approche globale

Dans les workshops de clôture, on est revenu sur le rôle que l’HVAC-R pouvait jouer dans la réalisation des SDG. La conclusion est qu’un certain nombre d’objectifs ont des points communs avec le secteur : l’action climatique, la production et la consommation durables, la santé et le bien-être… Cela permet également au secteur HVAC-R d’apporter un témoignage positif et de mettre ainsi en avant sa contribution au bien-être. Sur le plan technique, on se focalise trop souvent sur une approche purement axée sur l’efficacité énergétique. L’utilisateur moyen n’a cependant que faire de l’efficacité énergétique ; il est en effet surtout intéressé par ce que l’installation peut lui fournir de positif en termes de confort et de climat intérieur. En démontrant qu’un système HVAC-R permet de garantir une meilleure qualité de vie, il est possible de créer une dynamique -favorisant non seulement la transition énergétique, mais aussi le développement durable en général- sur laquelle pourront s’appuyer les générations futures. Des discussions élargies comme le congrès Eureka sont nécessaires pour jeter des ponts entre les différentes parties concernées.

Dans son allocution de clôture, Andrea Voigt (EPEE) a insisté sur l’importance d’une bonne collaboration. Le secteur HVAC-R veut apporter sa contribution au développement durable, et il possède pour ce faire de nombreuses techniques à sa disposition. Il convient dès lors de réunir tous les acteurs autour d’une table. Russel Patten (EVIA) estime que l’utilisateur va jouer un rôle plus important. Aujourd’hui, la plupart des gens sont encore trop peu au courant des avantages d’un bon climat intérieur et de la manière dont les installations techniques peuvent contribuer à cela.

Par Alex Baumans

Figures: Eureka

www.eureka-hvacr.eu