SANITAIRE
Install Magazine 957 – février 2019
La légionellose nécessite une attention permanente
Journée d’études de l’Atic sur les méthodes de lutte
La légionellose a beau avoir disparu des médias de masse, cela n’en signifie pas pour autant que la bactérie ne constitue plus un problème, au contraire. Il n’y a peut-être plus de cas spectaculaires, mais chaque année, des personnes sont encore contaminées, parfois avec une issue fatale ou avec des dommages durables. Les cas rapportés ne représentent par ailleurs probablement qu’une sous-estimation de la situation réelle. Une raison suffisante pour l’Atic, l’association des techniciens HVAC, de consacrer une journée d’études à cette question.
Un problème sous-estimé ?
Le sujet a en tout cas retenu toute l’attention : quelque 90 personnes s’étaient en effet rendues en plein cœur de Bruxelles, au centre de congrès De Markten, pour en savoir plus sur cette problématique. Ils y reçurent un aperçu de la question, tant du point de vue médical et bactériologique, qu’en termes de réglementations et de solutions d’installation. Esther Huygen est par ailleurs venue témoigner de l’impact de la légionellose sur la vie quotidienne d’une victime.
Malgré toutes les mesures, la légionellose reste un souci. D’après les chiffres du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), on a dénombré 9238 contaminations en 2017 dans l’UE. Et en Belgique, on a recensé 235 cas cette année. Ces chiffres sont très certainement en-deçà de la réalité. Aux Pays-Bas, on a ainsi recensé au cours de cette même année 561 cas de contamination. Les tendances diffèrent par ailleurs dans les deux pays : si le nombre de cas reste constant en Belgique, il a dernièrement augmenté aux Pays-Bas. Si on se réfère au fait que la pratique d’installation et les mesures de gestion chez nos voisins du nord ne diffèrent pas tellement des nôtres, on peut alors imputer cette différence à un meilleur suivi et à une évaluation plus efficace des cas. Une sous-évaluation des cas n’est d’ailleurs pas si étonnante : la légionellose peut aisément être confondue avec d’autres types d’infection des poumons ; de plus, l’analyse bactériologique prend du temps, ce qui entraîne une demande moins grande de tests. Mais maintenant qu’un nouveau test est disponible, permettant de détecter la légionelle dans l’urine, on peut espérer que le nombre de cas détectés va augmenter.
Si on observe les cas de décès, la légionellose est le deuxième risque lié aux bâtiments le plus important, après les incendies et l’intoxication au CO. Sans compter que ces statistiques de décès de disent pas tout. Avec un meilleur traitement, on aurait pu réduire les cas de décès de 46% à environ 10%. Mais la bactérie a également des effets sur le système immunitaire et peut entraîner des problèmes neurologiques. Même si un patient survit à la contamination, il peut encore en subir les conséquences des années durant, ce qui ressort des expériences d’Esther Huygen.
Règlements
En ce qui concerne les règlements, il y a tout d’abord la législation fédérale sur le bien-être au travail, qui reprend aussi des risques biologiques et bactériologiques. L’employeur doit s’assurer qu’il n’y a pas de risque de contamination pour ses employés sur le lieu de travail. Il existe par ailleurs des prescriptions au niveau régional. La Flandre possède la législation la plus étendue en la matière, avec le décret Legionella. Celui-ci est d’application dans les lieux publics, et impose des règles aux installations à risque élevé et modéré. La gravité du risque est déterminée par la vulnérabilité des utilisateurs. S’il s’agit d’une personne affaiblie, comme dans les hôpitaux, on parle de risque élevé. Dans les autres cas, comme les écoles ou les centres sportifs, on parle de risque modéré. La décret Legionella comporte quatre classes d’installations :
- Installations d’eau potable
- Tours de refroidissement
- Installations HVAC
- Autres installations
En Wallonie et à Bruxelles, les mesures sont moins étendues ; il existe uniquement des exigences pour les piscines accessibles au public. Il existe par ailleurs des prescriptions pour les tours de refroidissement dans le cadre du permis environnemental.
MTD
La législation flamande est en mesure de réagir rapidement aux nouvelles techniques et connaissances, dans la mesure où l’aspect technique du problème est repris dans un document distinct, les Meilleures Techniques Disponibles (MTD ou BBT en néerlandais). Il s’agit d’un code de bonne pratique qui a été élaboré par Vito et le CSTC à la demande du département Soins et Santé. Les MTD peuvent être mises à jour afin de tenir compte des nouveaux développements, ce qui s’est effectivement passé en 2017. Stipulons ici qu’en tant que mesure de prévention unique, les MTD se basent sur le contrôle de la température et la prévention de la stagnation. La règle de base est la suivante : l’eau chaude doit rester chaude et l’eau froide doit rester froide. Les MTD déterminent un minimum de 55°C pour l’eau chaude et un maximum de 25°C pour l’eau froide. D’autres méthodes, comme le dosage des produits chimiques, ne sont pas reprises. De telles techniques ne peuvent être appliquées qu’à la seule condition d’être explicitement autorisées dans le décret Legionella.
Méthodes alternatives
Il existe un certain nombre de méthodes alternatives légalement reconnues. Certaines d’entre-elles fonctionnent avec le dosage de désinfectants. Si on opte pour cette méthode, on doit veiller à ce que le matériau d’installation soit résistant contre les désinfectants en question. Il convient en outre de bien surveiller le dosage, qui peut effectivement varier localement dans l’installation. Un dosage trop faible se traduit par un risque de prolifération bactérienne, tandis qu’un dosage élevé peut attaquer l’installation.
Une autre approche est le filtrage au point de puisage. Cette méthode est assez fastidieuse dans la mesure où il faut régulièrement remplacer les filtres. Cette technique est donc plus indiquée pour la protection locale de patients très sensibles.
Il y a enfin la désinfection UV. Dans cette technique, l’eau s’écoule à travers des lampes UV. Le rayonnement perturbe l’ADN des bactéries, ne leur permettant pas de se propager. Ici également, on combat les bactéries en un point unique : si des germes pathogènes traversent cette barrière saines et sauves, elles peuvent coloniser l’installation en aval sans être inquiétées. Cette méthode est donc également plus indiquée pour une protection locale.
Des installations bien conçues
Le facteur le plus important dans la lutte contre la légionellose reste toutefois une bonne conception de l’installation. Il est d’une importance cruciale que l’eau soit renouvelée régulièrement. La légionelle est une bactérie qui se reproduit relativement lentement ; en utilisant régulièrement une installation, ces bactéries sont dès lors éliminées avant d’atteindre des concentrations dangereuses. Un bon rinçage constitue par ailleurs une condition nécessaire à une désinfection efficace. Que l’on applique une méthode chimique ou thermique, lorsqu’une partie de l’installation n’est pas rincée, le traitement n’a alors pas d’effet. La solution peut alors venir d’une bonne conception non surdimensionnée, avec un tracé simple. Il existe par ailleurs de plus en plus de solutions en technique d’installation permettant d’éviter toute stagnation dans l’installation de distribution et lors de la production d’ECS.
Par Alex Baumans
Figures: Atic












