FÉDÉRATION  
Install Magazine 951 – juin 2018

Conversion à des techniques pauvres en carbone

Le congrès des 80 ans de l’Atic

L’Atic, l’association belge des techniciens HVAC existe depuis 80 ans. Pour célébrer cela, l’association a organisé fin avril un congrès scientifique en collaboration avec Rehva, la coupole européenne qui regroupe les associations de techniciens HVAC. Diffuser de la connaissance fait en effet partie des objectifs de base de l’Atic. Cette occasion était donc toute indiquée pour donner une plus grande tribune aux chercheurs belges. Le congrès s’est déroulé dans le cadre stylé du Trainworld à Schaarbeek.

Le rôle des techniques HVAC dans la problématique climatique

Le thème central du congrès était le rôle potentiel des techniques HVAC dans la réduction des émissions de CO2 afin de lutter contre le réchauffement climatique. Celal Sengör, un géologue et spécialiste turc dans l’évolution du climat à long terme, a rappelé à l’audience l’importance du problème. Il a donné un aperçu de lien sous-jacent entre les mouvements du continent et le niveau des océans. Son message central fut le suivant : un changement climatique inattendu pourrait survenir rapidement. Une étude récente a démontré que la calotte glaciaire du Groenland avait déjà fondu une fois dans le passé. Vu que la glace continentale disparaît à un rythme élevé, il n’est pas impensable que nous nous dirigions à nouveau vers une telle situation, ce qui pourrait avoir une influence majeure sur le niveau de la mer. Il pointe par ailleurs le fait qu’en raison du changement climatique, les sources d’énergie renouvelable pourraient être moins stables que ce que l’on croît habituellement. Des profils météorologiques changeants peuvent en effet modifier la disponibilité des énergies éolienne et hydraulique. Le potentiel de l’énergie solaire va toutefois continuer à augmenter au fur et à mesure que le climat se réchauffe.

Le concours des étudiants Rehva

Le congrès fut aussi l’occasion d’annoncer le vainqueur du concours des étudiants organisé par Rehva. Les étudiants en HVAC dont le travail de fin d’études a déjà été récompensé au niveau national, peuvent postuler pour un prix au niveau européen. Ce vainqueur peut alors concourir à une épreuve au niveau mondial, avec des candidats désignés par des coupoles et des associations professionnelles issues des Etats-Unis, d’Inde, du Japon, de Corée du Sud…

Parmi les dix travaux de fin d’études nominés, le premier prix est revenu à Kristian Martin (Finlande) pour son étude sur l’impact de la commande à la demande du chauffage et de la ventilation dans des bureaux et des bâtiments scolaires. Dans la mesure où l’offre d’énergie renouvelable varie, il est censé de commander la demande énergétique des bâtiments en fonction de la disponibilité d’électricité verte. Kristian Martin est ensuite revenu sur la manière dont on pouvait faire varier les valeurs de consigne du chauffage, du refroidissement et de la ventilation, afin de bénéficier d’électricité verte bon marché. Il en a conclu que cela était possible sans effet marquant sur le confort. En chauffage, il est apparu qu’un système de commande décentralisé avec des têtes thermostatiques intelligents offre un potentiel d’économie supérieur.

Workshops

Le congrès se présenta sous la forme d’une série d’ateliers parallèles au cours desquels furent traités différents thèmes, comme la conception des installations HVAC, la performance énergétique, le comportement des utilisateurs, le commissioning, le climat intérieur, le concept de « smart grid readiness »… Le tout à travers des méthodes de conception, des simulations et des cas pratiques. On s’est également rendu compte de manière intéressante que le secteur HVAC peut apprendre pas mal de choses des autres disciplines.

Un des problèmes auxquels les bureaux d’études et les concepteurs sont confrontés, consiste à convaincre les investisseurs à s’impliquer dans des projets innovants. D’après Wim Zeiler (Royal Haskoning), cela est notamment dû à une différence de communication entre le monde des ingénieurs et celui de la finance. En présentant le rendement d’une intervention, non pas comme un chiffre précis, mais comme un profil de risque, l’investisseur potentiel peut mieux évaluer si un investissement est intéressant ou non.

On peut aussi chercher des liens avec d’autres technologies. On travaille ainsi par exemple à des intelligences artificielles (AI) autonomes avec reconnaissance faciale, notamment pour les caméras et les voitures autonomes. Si des données d’installations sont présentées de manière intelligible pour de telles AI (on évoque ici plus précisément les diagrammes appelés « carpets plots »), on peut utiliser ces systèmes pour la détection d’erreur et l’optimalisation.

Les défis

Au cours du débat de clôture, on est revenu sur les défis du secteur HVAC dans la transition vers une économie pauvre en carbone. Mené à bien par Indra Dewitte, le débat a permis aux orateurs suivants d’intervenir : Alex Polfliet, Andries Gryffroy, Atze Boerstra, Jarek Kurnistki et Peter Wouters. Nous vous en résumons quelques points.

La complexité des systèmes doit ainsi rester gérable pour l’utilisateur. Le citoyen lambda ne sait en effet pas toujours à quoi sert toute cette technologie et si elle va apporter des améliorations. Les systèmes intelligents peuvent constituer une solution. Peu de gens savent comment fonctionne précisément un smartphone, mais comme l’interface est conviviale, tout le monde peut s’en servir. Les futurs systèmes HVAC complexes ont besoin de telles solutions. Sur le plan organisationnel, on attend beaucoup des ESCO et autres instances coordinatrices (gestionnaires de réseau de distribution, coopératives…). Confier la réalisation des projets à des spécialistes permet d’éviter pas mal de soucis à l’utilisateur, qui ne doit dans ce cas pas se plonger dans des détails techniques.

Les autorités doivent faciliter et rendre plus attractifs les choix écologiques de citoyens. La législation est une force motrice dans tout le processus de transition énergétique, mais elle doit être utilisée intelligemment. Un excès de règles peut en effet avoir un effet démotivant. Il n’est de plus pas conseillé que les gouvernements opèrent des choix techniques. De fait, lorsque les exigences sont aussi neutres que possible sur le plan technologique, le marché peut jouer, ce qui encourage l’innovation.

Le spécialiste HVAC du futur devra également posséder d’autres compétences. Il restera naturellement toujours une place pour des profils strictement techniques ; quelqu’un doit bien concevoir les installations. Mais cette conception ne peut toutefois plus être dissocié du reste. Elle doit être intégrée avec d’autres techniques. Les relations avec le client occupent par ailleurs une place de plus en plus importante. Les installations doivent être conçues en fonction des besoins de l’utilisateur. Les techniciens ne pourront plus compter uniquement sur eux-mêmes, mais ils devront mieux communiquer. Cela fait effectivement beaucoup pour une seule personne. On s’attend donc à ce que les bureaux d’études attirent d’autres profils que les purs techniciens, afin de pouvoir couvrir tous les aspects.

Reste encore à régler la question du déficit de main-d’œuvre qualifiée dans tous les domaines du secteur. Ce dernier doit se donner comme mission de se forger une meilleure image auprès du grand public. La transition énergétique ne pourra s’opérer que si on dispose de suffisamment de techniciens.

Par Alex Baumans

www.rehva.eu

www.atic.be