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Install Magazine 994 – novembre 2023

Ambitions européennes pour l’hydrogène vert

La hausse des prix reste problématique

Le message du « Renewable Hydrogen Summit », une initiative de la « Renewable Hydrogen Coalition », était sans ambiguïté : l’UE vise à devenir leader sur le marché des techniques de production d’hydrogène vert. En effet, ce dernier joue un rôle crucial dans la décarbonation de secteurs difficilement électrifiables ; comme le transport maritime, l’aviation et certaines branches industrielles. En outre, notre propre capacité de production accroît l’indépendance énergétique de l’Europe. La Commission européenne a l’ambition claire de développer cette technologie et de la maintenir en Europe en tant que secteur stratégiquement essentiel.

Made in Europe

Maroš Šefčovič, vice-président exécutif de la Commission européenne, a souligné l’importance que l’UE attache à l’hydrogène vert. C’est la solution pour la décarbonation des secteurs difficilement électrifiables ; elle est donc cruciale dans l’ambition de l’UE à devenir le premier continent neutre en carbone. En outre, l’invasion de l’Ukraine a clairement montré que la politique énergétique n’est pas seulement liée au climat, mais aussi à la sécurité. La production d’hydrogène vert revêt une importance stratégique et doit donc être solidement ancrée. La Commission parle donc de critères non liés au prix lorsqu’il s’agit d’appels d’offres et de décisions d’investissement et l’ancrage en fait partie. Choisir la solution la moins chère est intéressant à court terme mais peut s’avérer coûteux car cela crée une dépendance à l’égard de fournisseurs externes, principalement de la Chine. Au cours des débats, il a été répété à plusieurs reprises qu’il ne fallait pas répéter les erreurs commises dans la démarche de l’industrie des panneaux PV. Il faut éviter que l’argent des contribuables européens soit utilisé pour renforcer les capacités d’autres pays qui ferment ensuite leurs portes aux produits européens.

Gros bâton, petite carotte

Les objectifs sont peut-être ambitieux, mais l’industrie a fait remarquer que la Commission européenne est bien capable d’imposer des obligations, mais qu’il y a relativement peu de mesures de soutien en retour. La comparaison a été faite avec les États-Unis où trois milliards de dollars ont été alloués à des projets d’hydrogène vert alors que le plafond d’investissement dans l’UE est d’environ un milliard de dollars. Ceci est d’autant plus important que l’hydrogène vert présente encore un handicap de prix important par rapport aux solutions fossiles, hydrogène gris issu du gaz naturel compris. Les capacités de production d’installations d’électrolyse se renforcent, mais il y encore et toujours une pénurie de clients. Lorsqu’une initiative se développe, elle reste souvent bloquée dans la phase de planification car les coûts sont mal estimés. Les entreprises trouvent moins coûteux de payer une compensation pour les émissions supplémentaires que de passer à l’hydrogène vert. Il est nécessaire de créer un marché pour l’hydrogène vert capable de soutenir la chaîne de valeur. Ou pour le dire dans la métaphore bien connue : l’industrie a demandé à la Commission une fourniture de carottes.

Obstacles administratifs et autres

La lenteur et la fragmentation administratives sont une autre plaie séculaire. Les aides disponibles sont réparties entre différentes agences et formules, qui ne sont généralement pas cumulables. Il n’est pas facile pour l’industrie de s’y retrouver ; d’autant qu’un refus signifie que toute la procédure peut recommencer. La Commission en est consciente. Kerstin Jorna de la DG Grow suggérait l’idée d’un point de contact unique pour les mesures d’accompagnement au sein de la Commission européenne. Le demandeur pourrait s’y adresser. Un dossier ne serait alors soumis et évalué qu’une seule fois. L’administration vérifierait alors en interne quelle mesure de soutien convient le mieux à la demande. Si un tel système était introduit, il accélérerait considérablement le processus.

En outre, les projets doivent encore obtenir une licence. Les procédures diffèrent d’un État membre à l’autre ; elles ont toutes en commun d’être lentes à très lentes. Il faut facilement un an ou deux avant que tout soit bouclé. Entre-temps, les conditions du marché peuvent avoir changé de sorte que le projet initial n’est plus pertinent. Une simplification administrative s’impose.

Six millions d’ingénieurs

Enfin, le secteur, comme bien d’autres, est aux prises avec une pénurie de main d’œuvre. L’hydrogène vert est un secteur d’avenir qui peut fournir des emplois de qualité et ainsi compenser la disparition de branches d’industries plus anciennes. Mais il faut alors qu’il y ait suffisamment de travailleurs qualifiés disponibles. Dans d’autres régions du monde, l’immobilisme n’est pas d’actualité. Selon la députée européenne Tsvetelina Penkova, six millions d’ingénieurs chinois sont annuellement diplômés. L’Europe doit pouvoir offrir quelque chose en regard. Devenir un leader de l’hydrogène vert peut attirer des talents extra-européens, ce qui renforce en même temps l’image internationale.

Des secteurs difficiles à électrifier

Le grand absent du sommet était le secteur gazier traditionnel. Le choix stratégique semble être fait : si l’hydrogène vert devient disponible à grande échelle, il sera destiné en priorité aux secteurs difficiles à électrifier ou comme matière première pour l’industrie chimique. L’aviation et le transport maritime en particulier comptent sur l’hydrogène pour devenir neutres en carbone. Pour l’aéronautique, cela concerne le carburant d’aviation durable, tandis que dans le transport maritime, on constate une tendance vers des navires fonctionnant au méthanol vert. Il n’est pas question d’injection dans les réseaux de gaz existants.

Par Alex Baumans

www.renewableh2.eu