ÉVÉNEMENTS  
Install Magazine 994 – novembre 2023

Le creux de la croissance

Seizième colloque de la Plateforme Pompes à Chaleur

2023 semblait être l’année de la percée définitive de la pompe à chaleur. Grâce à la flambée des prix du gaz et à diverses mesures politiques, la pompe à chaleur allait enfin détrôner la chaudière à gaz. Les chiffres de vente record laissaient au départ espérer le meilleur, mais la réalité s’est avérée tout autre. Les chiffres de ventes ont chuté partout en Europe. Dans notre pays, le marché semble se diriger vers la stagnation, ce qui est encore un bon score par rapport aux pays voisins. L’ambiance du seizième symposium de la Plateforme Pompes à Chaleur était donc prudemment optimiste.

Cadre unique

Le colloque WPP se déroule traditionnellement dans un bâtiment équipé d’une pompe à chaleur. Cette fois-ci, il s’agissait du centre NOA de Renson pour la vie en plein air à Kruisem. Ce bâtiment offrait non seulement un cadre impressionnant, mais aussi la possibilité de tenir des sessions parallèles dans les différents pavillons du jardin. L’avantage d’une pompe à chaleur en tant que système de chauffage respectueux de l’environnement ne pourrait être mieux souligné.

Des chiffres décevants

La pompe à chaleur est peut-être omniprésente et va de soi, comme l’était le slogan de cette édition, mais la véritable percée des ventes n’a pas encore été réalisée. La présentation de Thomas Nowak de l’EHPA, l’association du secteur européen des pompes à chaleur, a démontré qu’il s’agit d’un phénomène général : le marché est également déclinant en France, en Allemagne et en Pologne. Les causes sont connues : l’inflation et la hausse des taux d’intérêt ralentissent l’activité du bâtiment. S’il y a moins de constructions et de rénovations, moins d’appareils de chauffage sont également nécessaires. Plus importante encore est l’évolution du prix du gaz, qui se rapproche désormais du niveau d’avant l’invasion russe de l’Ukraine. Du coup, investir dans une pompe à chaleur est devenu beaucoup moins intéressant, et l’empressement pour se débarrasser du gaz a diminué. Si l’on regarde l’Europe, le rapport entre le prix des énergies fossiles (principalement le gaz) et celui de l’électricité est le facteur le plus déterminant du succès de la pompe à chaleur. Il n’est pas besoin de le dire, mais en Belgique, ce ratio est particulièrement défavorable.

Cela signifie que l’avenir s’annonce également sombre pour la décarbonisation des bâtiments. Pour atteindre les objectifs, la modernisation du parc immobilier doit s’accélérer, alors que c’est aujourd’hui le contraire qui se produit. Le consensus était donc qu’un ajustement urgent des prix de l’énergie était nécessaire, afin que l’option la moins nocive pour l’environnement devienne également l’option la plus intéressante économiquement. Si nous poursuivons sur cette voie, nous manquerons presque certainement les objectifs européens de décarbonisation du secteur du bâtiment pour 2030.

Ce ne sera pas la faute du secteur lui-même. Si l’on considère les investissements en capacités de production en Europe par les constructeurs majors, on parle d’un total de plus de cinq milliards d’euros d’ici 2025. Il serait dommage que ces investissements se réduisent en raison d’un marché décevant. En outre, c’est de l’argent qui crée des emplois en Europe. La capacité du secteur de l’installation reste préoccupante, mais tout indique qu’il ne s’agit que d’un problème temporaire. Les professionnels sont très intéressés pour faire le pas et les fabricants lancent sur le marché des systèmes aisés à installer de sorte que moins d’heures de travail sont nécessaires pour installer un appareil. Bref, le secteur du chauffage est prêt, il ne reste plus qu’à créer les bonnes conditions cadres sur le marché.

Pompes à chaleur dans les bâtiments existants

Un autre thème central du symposium était l’utilisation des pompes à chaleur en rénovation. La pompe à chaleur est la technologie la plus souhaitable pour les nouvelles constructions. Mais pourtant, le marché le plus intéressant est celui de la rénovation ; d’autant plus que les nouvelles constructions en Belgique sont pratiquement à l’arrêt. Marek Miara, de l’institut de recherche Fraunhofer ISE, a relégué au rang de mythe l’affirmation selon laquelle les pompes à chaleur ne sont pas adaptées aux bâtiments existants. Des projets de recherche sont en cours à l’échelle européenne dans différents types d’habitations. Ils démontrent que les pompes à chaleur peuvent offrir un confort suffisant avec des rendements élevés, tout en conservant l’installation de chauffage existante. Il existe également des solutions pour les immeubles à appartements. Le défi consiste désormais à traduire ces techniques en concepts d’installation applicables en pratique.

Dans ce contexte, Buildwise s’est posé la question de savoir dans quelle mesure un chauffage à basse température est réellement nécessaire pour une installation de pompe à chaleur. D’accord il est évident qu’un meilleur rendement est obtenu à un régime à basse température. En revanche, les pompes à chaleur des nouvelles générations sont capables d’atteindre des températures plus élevées, dans le cas du propane même jusqu’à 70 °C. En outre, dans les habitations plus récentes et raisonnablement isolées, la demande de chaleur est limitée et des régimes de chauffage plus faibles peuvent généralement suffire, y compris pour les radiateurs. Souvent, les températures de chauffage très élevées ne sont requises que dans quelques pièces spécifiques, généralement la salle de bain. Il peut alors être utile de n’aborder que ces situations ; avec par exemple un chauffage d’appoint électrique direct ou en installant un autre élément chauffant, le reste de l’installation étant maintenu. Pour estimer la puissance des radiateurs existants à différents régimes de température, Buildwise a développé un outil web : Powerheat. Il donne immédiatement un aperçu du niveau de confort et indique clairement s’il existe un risque de déficit dans certaines pièces.

Outil Web comme fil guide

Le client final se pose encore de nombreuses questions. Pour apporter une certaine clarté, VEKA a publié un outil Web intitulé « Mon habitation est-elle prête pour une pompe à chaleur ? » En fonction des caractéristiques de l’habitation, du degré d’isolation et de la consommation d’eau chaude sanitaire, des conseils de base sont dispensés. À savoir si une pompe à chaleur a un sens, si une installation hybride est recommandée ou si des conditions extra (généralement une isolation supplémentaire) doivent être préalablement remplies. Les résultats peuvent ensuite être utilisés pour demander un devis à un professionnel. L’outil contient également des liens vers des incitations, des maisons énergétiques et des installateurs certifiés.

La conclusion est que la pompe à chaleur évolue rapidement, passant d’un produit de niche à un produit grand public. Les limitations existantes en termes d’options d’application et de capacité disparaissent de plus en plus. Le secteur est prêt, maintenant, à la politique énergétique d’avancer.

Par Alex Baumans

warmtepomp.ode.be