FORMATION
Install Magazine 956 – décembre 2018
L’apprentissage dual est-il la solution ?
Réflexions à propos de la planification dans l’enseignement
Dans la planification de l’enseignement flamand, une place de plus en plus importante est accordée à l’apprentissage dual. Il s’agit d’une formule dans laquelle une partie de la formation n’est pas donnée à l’école, mais au sein d’entreprises. À première vue, cela présente des tas d’avantages. Les élèves font connaissance avec l’état de la technique et se forgent une expérience pratique valorisante. L’ancien professeur technique et conseiller coordinateur technique Eric Martens n’ignore pas ces points forts, mais il y ajoute quelques points d’interrogation. Il est de ce fait convaincu que l’école ne peut pas céder ses missions d’accompagnement et de formation.
Eric Martens a déjà vécu toutes sortes de choses dans l’enseignement professionnel, tout d’abord en tant qu’élève et étudiant, et ensuite dans le secteur même, tant dans l’enseignement de jour que du soir, et ce jusqu’à sa récente retraite. À partir de cette expérience, il observe les récentes évolutions dans paysage de l’enseignement. Bien qu’il soit critique par rapport à la formule de l’apprentissage dual, il est aussi convaincu de la nécessité d’une collaboration entre l’école et le secteur. Dans la formation, les élèves doivent pouvoir prendre contact avec la pratique quotidienne ; et inversement, les professeurs doivent être au courant de ce qui est réellement demandé aux diplômés. Cela ne peut se faire qu’au moyen de contacts intensifs avec le secteur. Les stages et autres collaborations constituent une autre nécessité, et ils doivent en ce sens être renforcés.
Cette collaboration doit toutefois se dérouler selon une vision dans laquelle chaque élément a sa propre mission. L’école assure la formation, et dans l’entreprise, les élèves apprennent les applications concrètes. Dans la vision de l’apprentissage dual, les élèves reçoivent également la formation professionnelle proprement dite sur le terrain ; et cela contrarie Eric Maertens. Il a à ce titre deux objections.
Les points faibles du système
Un premier point est qu’il n’y aucune garantie que l’élève reçoive bien une formation solide. « Naturellement, il existe de nombreuses entreprises au sein desquelles tout se passe correctement, mais nous savons tous qu’il y a également de mauvaises habitudes sur chantier. Lorsque l’école cède la formation à une entreprise, on ne sait pas si tout sera appris correctement. Comment peut-on parler d’objectifs et de normes finales, lorsqu’on n’a aucune prise sur ce qui se passe dans la formation ? », résume Eric Maertens. On peut ensuite se poser la question de savoir si les entreprises modernes ont bien l’occasion et suffisamment le temps pour s’occuper de la formation. Dans les grandes entreprises industrielles, on trouve souvent un système élaboré de formation pour le propre personnel. De telles sociétés peuvent gérer l’afflux de jeunes peu qualifiés. Le secteur de l’installation se compose toutefois en grande partie de petites entreprises, qui sont en outre confrontées à des marges plus serrées et à des contraintes de temps plus fortes. Ici, il est moins évident d’accompagner les jeunes de manière adaptée.
La deuxième que l’on peut se poser est de savoir si la formation ne sera pas trop axée sur les besoins spécifiques de l’entreprise. « Il s’agit d’un phénomène que nous connaissons dans l’industrie, où les élèves sont parfois uniquement formés pour devenir des collaborateurs de l’entreprise où ils se trouvent. », mentionne Eric Maertens. Et lorsqu’un élève reçoit sa formation dans une entreprise spécialisée dans une marque déterminée, ou seulement dans l’application d’une technique déterminée, cela restreint les possibilités de formation. Et c’est alors à l’école d’apporter une vision plus large.
Maintenant, on peut aussi invoquer le fait que dans l’enseignement, certains professeurs s’abritent derrière le programme scolaire pour ne pas parler de techniques innovantes, ou se justifient par le manque de moyens des instituts. Dans ces cas-là, on peut se permettre de secouer un peu les instituts scolaires afin qu’ils effectuent leurs missions correctement, en travaillant notamment avec des programmes scolaires innovants et ouverts. Les entreprises peuvent moins se permettre cela, et c’est bien pour cette raison que la formation ne fait pas partie de leurs missions de base.
Pour ce qui est de l’apprentissage dual, la recette provient des pays germaniques. Le système y fournit d’assez bons résultats. Eric Martens n’est toutefois pas convaincu que cela fonctionne mieux que nos systèmes de stage actuels. Le contexte industriel et économique y est par ailleurs totalement différent. Il plaide ainsi pour une amélioration de l’approche actuelle, qui doit peut-être mieux correspondre à notre situation. Il y a un rôle à jouer pour ceux qui réalisent les programmes scolaires et l’accompagnement pédagogique, par exemple pour que les orientations des diplômés soient plus en phase avec le marché du travail.
S’attaquer aux vrais problèmes dans le secteur
Eric Maertens perçoit par ailleurs des problèmes dans les arguments qui sont avancés en faveur de l’apprentissage dual. On salue en effet celui-ci comme une route toute tracée vers l’emploi. C’est sans aucun doute le cas, mais trouver un job pour les diplômés des orientations STEM est le moindre des problèmes pour le secteur. Le grand défi pour la formation professionnelle consiste précisément à trouver suffisamment de jeunes diplômés pour occuper tous les types de travail. Et en la matière, l’apprentissage dual peut se révéler contreproductif. Certains parents pourraient en effet se montrer réticents à l’idée que leurs enfants travaillent déjà sur le terrain à un âge relativement jeune.
Selon Eric Maertens, l’enthousiasme en faveur de l’apprentissage dual témoigne d’une vision obsolète de la profession. Dans la cadre du projet « Technique À l’École pour le 21e siècle », on a déterminé trois dimensions pour la formation professionnelle : manipuler, comprendre et donner du sens. La manipulation parle d’elle-même ; comprendre veut dire que l’élève a une compréhension des principes sous-jacents, et avec la signification, on traduit le fait que l’élève puisse situer les techniques dans un contexte social global, comme la transition énergétique. Si on se base sur le seul principe de la manipulation, alors on peut parfaitement laisser cette tâche aux entreprises. Mais au cours des dernières années, le fait de comprendre et donner du sens a pris de l’importance, et c’est ici que l’école a un rôle à jouer. Pour que la transition énergétique puisse réussir, les compétences des professionnels doivent aller au-delà du cintrage de tube ou du tirage de câble.
La formule a sa place
Devons-nous pour autant nous distancer de l’apprentissage dual ? C’est là aussi une vision réductrice pour Eric Maertens. La formule a sa place dans le paysage actuel de l’enseignement. Pour une partie des élèves certainement, il s’agit incontestablement d’une bonne solution, mais pour la plupart des autres, non. Cela dépend en effet beaucoup des circonstances spécifiques.
Par Alex Baumans
onderwijs.vlaanderen.be/nl/duaal-leren












