POMPES À CHALEUR
Install Magazine 997 – avril 2024
L’industrie soucieuse du recul des ventes de pompes à chaleur
Les chiffres de l’EHPA indiquent une première diminution en dix ans
Le marché européen de la pompe à chaleur était jusqu’à présent en constante progression. Celle-ci était plus ou moins importante d’une année à l’autre, mais la tendance générale restait constante. En 2022, la crise énergétique a même généré un boom inédit. Mais un changement s’est manifesté l’an passé : pour la première fois en dix ans, on a en effet enregistré un recul. Ceci est particulièrement préoccupant, étant donné que les objectifs climatiques européens étaient précisément censés être en phase d’accélération. La fédération sectorielle EHPA est revenu sur ces chiffres.
Recul estimé de 5%
L’EHPA est l’association européenne de l’industrie de la pompe à chaleur ; elle publie chaque année les chiffres de vente de 21 pays européens. Les données actuelles sont basées sur les données d’à peine 14 pays, mais ces derniers représentent environ 90% du marché. Ces données chiffrées fournissent donc déjà une bonne image de la tendance en la matière, et l’EHPA les a trouvés suffisamment inquiétants pour les rendre publics. Le constat est donc celui d’un renversement de tendance : le marché s’est partout retrouvé au point mort. À première vue, il y a encore quelques exceptions, comme la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne, mais à y regarder de plus près, il s’agit bien d’un effet statistique. Ces hausses sont en grande partie la conséquence de commandes passées en 2022, qui n’ont pu être livrées qu’en 2023. D’ailleurs, si on jette un coup d’œil au quatrième trimestre de 2023, on observe partout un recul des ventes ; et cette tendance semble se confirmer en 2024.
Les motifs sont connus: inflation, taux d’intérêt plus élevés, et surtout un prix du gaz qui chute à nouveau à des niveaux d’avant la crise, et qui rend le passage à la PAC économiquement moins attractif. L’EHPA insiste donc une fois de plus sur le fait que tous les coûts externes doivent être retirés du prix de l’électricité. En l’état actuel des choses, la période d’amortissement est, dans certains pays, si longue qu’une pompe à chaleur ne pourra pratiquement jamais être rentable. Par ailleurs, on pourrait également valoriser d’autres avantages de la PAC, comme la possibilité d’équilibrer les réseaux électriques. Un rapport de max. 2 à 1 entre l’électricité et le gaz est une nécessité absolue pour rendre tout son attrait économique à la PAC.
Engagement en faveur de la PAC
L’industrie se tourne également vers le monde politique pour que ce dernier s’engage clairement en faveur de la pompe à chaleur. Au cours des dernières années, l’Union européenne -essentiellement- a inlassablement posé la même question à l’industrie : êtes-vous prêts pour une transition massive vers la pompe à chaleur ? Et l’industrie a à chaque fois répondu par l’affirmative, libérant même plus de 7 milliards d’euros pour accroître la capacité de production. De plus, près de 60% des pompes à chaleur présentes sur le marché européen proviennent également d’Europe. Mais, en raison de la stagnation du marché, ces investissements sont aujourd’hui en net recul, ce qui génère des pertes d’emploi. Et à cela, il faut encore ajouter les conséquences sur le reste de la chaîne de valeur, comme la distribution et l’installation. Si le monde politique omet d’instaurer les conditions appropriées, le secteur va irrémédiablement reculer, et l’UE perdra toute chance de jouer les premiers rôles en matière de technologie de PAC.
Par Alex Baumans
Graphiques: EHPA








