BATHROOM EXPERIENCE
Install Magazine – octobre 2026
Les salles de bain circulaires
Si nous voulons réduire notre empreinte écologique, il faut alors se débarrasser du modèle économique linéaire actuel où les matières premières sont transformées en des produits qui finissent à la décharge. Cette approche n’est fondamentalement pas durable. Il faut passer à une réflexion circulaire où les déchets redeviennent une matière première. C’est le concept du Cradle to Cradle qui vise à utiliser le moins de nouvelles matières premières possible et à donner une nouvelle vie aux matériaux existants. Comment appliquer cela dans la salle de bain?
La consommation est le facteur décisif
Si on se penche sur les flux d’énergie d’une habitation, on remarque rapidement qu’une grande partie de l’eau et de l’énergie sont dédiées à la salle de bain. La douche et les toilettes sont les plus gros consommateurs d’eau et la salle de bain est l’endroit le plus chauffé, à une température relativement élevée. Bien qu’elle soit l’une des plus petites pièces de l’habitation, la salle de bain est l’endroit où on consomme le plus au mètre carré. La consommation d’énergie et d’eau liée à la fabrication des meubles et des sanitaires est, elle, unique et ne représente qu’une fraction de la consommation totale d’une salle de bain pendant son cycle de vie. Si on vise la circularité, il faut donc d’abord accorder de l’attention à une moindre consommation avant de s’intéresser aux matériaux.
Concept circulaire
Un premier point est une construction compacte pour économiser en chauffage. Bien entendu, tous les éléments utiles doivent être intégrés. Ils varient en fonction des habitudes et du nombre d’utilisateurs, mais la sobriété est le premier geste d’une salle de bain circulaire.
Un second point est la lumière naturelle. Elle crée une ambiance agréable dans la salle de bain et évite de devoir toujours activer l’éclairage artificiel. Cela peut sembler évident mais, en particulier dans les appartements, les zones humides sont parfois cachées au centre du bâtiment, il n’y a pas de lumière ni souvent de ventilation naturelle. L’éclairage et la ventilation sont actuellement efficients mais ils consomment de l’énergie au fil du temps.
Un troisième point est la préparation d’eau chaude. C’est un des plus gros consommateurs d’énergie d’une salle de bain. La préparation d’eau chaude pour se laver ou prendre une douche exige énormément d’énergie et l’eau part à l’égout à une température encore élevée. Il est important d’éviter les pertes de transport ou d’arrêt en gardant une longueur de tuyau aussi courte que possible et en isolant bien les conduites. De plus, mieux vaut ne pas garder de trop grandes quantités d’eau à température. Pour bénéficier d’un confort suffisant, un stockage s’avère parfois nécessaire et le dimensionnement optimal du volume de stockage est alors une priorité. Enfin, il faut utiliser les énergies renouvelables autant que possible pour la préparation d’eau chaude. Il peut s’agir de panneaux photovoltaïques, de collecteurs solaires ou de chaudières à pompe à chaleur.
N’oubliez pas l’entretien
L’entretien est un autre consommateur caché. Cela peut sembler négligeable mais si on utilise de l’eau et des détergents chaque semaine pour le nettoyage, cela peut revenir finalement assez cher. Les appareils faciles à entretenir, de préférence avec des surfaces résistantes à la saleté, sont à privilégier. Les toilettes sans brides sont un développement intéressant dans le domaine de la porcelaine sanitaire. Elles sont plus faciles à nettoyer et évitent l’utilisation du canard wc ou autre détergent : autant de produits chimiques en moins dans les eaux usées et moins de flacons en plastique dans le sac poubelle.
Choix des matériaux
Une fois que tout est optimisé pour une consommation la plus faible possible, on peut s’intéresser aux matériaux circulaires. A cet égard, il faut s’immerger dans l’activité des fabricants. L’industrie est de plus en plus consciente de l’importance de la durabilité et fait des efforts pour réduire l’empreinte écologique. La production neutre en carbone devient la norme : s’agit-il d’une utilisation effective de l’énergie verte ou les émissions sont-elles compensées autrement ? Les deux sont des étapes dans la bonne direction mais mieux vaut éviter les émissions.
Un autre aspect est le transport impliqué dans le processus global. Les producteurs locaux sont à privilégier à condition que les matières premières et les sous-traitants soient aussi locaux. Une production à 100 km ne veut rien dire si les pièces proviennent de l’autre bout du monde.
Il y a aussi les emballages. Le fabricant fait-il de son mieux pour éviter les déchets d’emballage ? Le matériau d’emballage est-il recyclable ou s’agit-il de plastiques jetables ? Il y a un élan pour éviter les plastiques jetables dans l’emballage et certains fabricants arrivent à s’en passer complètement.
Enfin, qu’en est-il de la durée de vie des produits ? Un lavabo ou un robinet défaillant ou qui perd de sa brillance au bout de quelques années est à proscrire. D’un point de vue circularité, il est préférable d’opter pour des appareils qui durent toute une vie. Ils sont plus chers mais le coût est unique. Parfois, il faut faire des compromis : l’utilisation de matériaux de qualité ou d’épaisseurs de paroi plus importantes peut créer un déséquilibre énergétique pendant la production. Mais face à cela, il y a un produit qu’il ne faudra pas remplacer rapidement. De manière caricaturale : un meuble en carton est facile à fabriquer et ne coûte pas grand-chose en transport. Mais il est assurément moins durable que du bois massif, par exemple. Les produits sanitaires durables nous amènent au point suivant.
Réemploi et recyclage
Le cas le plus complet en recyclage consiste à réutiliser de vieux appareils. Pour la robinetterie, c’est plus délicat car les pièces mécaniques ne seront plus dans leur meilleur état et de nombreux modèles ne sont pas équipés des techniques permettant d’économiser de l’eau. Les lavabos ou autre porcelaine sanitaire peuvent en revanche durer plusieurs générations. Pour les toilettes, la consommation est à surveiller. Et l’évier traditionnel a son charme mais à chaque vidange, 12 litres d’eau partent à l’égout. Comme toujours, il faut considérer la situation dans son ensemble. Si on utilise un système de recyclage de l’eau, la situation devient déjà moins problématique.
Alors que l’intérêt pour la circularité et le réemploi augmente, des entreprises spécialisées font leur apparition et récupèrent les anciens matériaux pour leur donner une seconde vie. Les architectes d’intérieur sont également convaincus du charme des produits déjà utilisés. Certains fabricants intègrent du matériel récupéré dans des meubles ou autres éléments. Celui ou celle qui veut réutiliser du matériel peut faire appel à des spécialistes.
Le recyclage peut se faire de plusieurs manières. De plus en plus de fabricants s’efforcent de fermer la boucle de récupération des matériaux. Pour certains aspects, c’est relativement simple. Les métaux comme le cuivre ou le laiton peuvent être fondus et réutilisés ; dans d’autres cas, il faut plus de créativité. On peut citer l’exemple des panneaux sandwich fabriqués à partir de PET recyclé. Le matériau est broyé, fondu puis transformé en des panneaux qui peuvent être utilisés dans la salle de bain. Outre la circularité du matériau, il y a l’avantage d’utiliser des flux locaux. Les bouteilles PET issues de la collecte sélective peuvent servir de nouvelle matière première, et cela permet d’économiser du transport.
L’eau chaude de la douche contient encore énormément d’énergie. Cela a poussé les entreprises à développer des échangeurs thermiques qui peuvent récupérer cette chaleur pour notamment préchauffer l’eau chaude sanitaire. Ces systèmes ne peuvent cependant pas être appliqués partout et l’effet est limité. Une autre possibilité consiste à recueillir l’eau de la douche et du bain et à la réutiliser après une filtration et une éventuelle épuration. Ce peut être intéressant mais c’est assez fastidieux dans la pratique car il faut prévoir un réservoir tampon et en principe la pompe correspondante et sans doute aussi un système d’appoint.
Quiconque veut fermer la boucle du cycle de l’eau peut le faire de manière plus pratique au niveau d’une maison ou dans un immeuble d’habitation au niveau du bâtiment. Des systèmes compacts peuvent purifier l’eau de pluie et/ou les eaux grises pour obtenir une qualité d’eau potable ou proche de la qualité de l’eau potable. Une évacuation séparée des eaux grises et des eaux noires est recommandée. Les eaux noires ont une charge polluante très importante et sont plus difficiles à traiter. Un système centralisé permet d’intégrer d’autres flux comme l’eau de pluie pour devenir ainsi partiellement voire totalement indépendant de l’approvisionnement en eau potable.
La salle de bain démontable
L’utilisation de matières premières recyclées n’est qu’un aspect de la circularité car le produit en question doit aussi être recyclable. À cet égard, mieux vaut utiliser le moins de matériaux différents possible, mais si vous le faites, veillez à ce qu’ils puissent être ultérieurement démontés ou séparés. C’est un défi auquel Repeat a été confronté : pour rendre ses panneaux totalement recyclables, l’entreprise a décidé de réaliser tous les composants avec du PET recyclé, y compris les systèmes de profilés permettant d’emboîter les panneaux entre eux. L’emballage est aussi réalisé dans ce matériau. Il est donc possible de travailler sur un chantier sans produire de déchets : le matériel résiduel, les panneaux endommagés, tout peut être collecté et transformé en de nouveaux panneaux.
Concevoir en vue d’un réemploi, c’est aussi concevoir de la démontabilité. Dans une salle de bain traditionnelle, de nombreux éléments durent longtemps et peuvent être réutilisés mais il n’est pas évident de les récupérer en bon état. Démonter un wc ou une baignoire est faisable. Des éléments comme des carrelages peuvent être récupérés mais les retirer du mur proprement est un travail fastidieux. Mieux vaut donc prévoir la démontabilité dès la conception.
Les techniques de montage modernes évoluent dans ce sens. L’utilisation de systèmes pré-muraux facilite le démontage des appareils ultérieurement, non seulement des éléments devant le mur mais aussi la technique d’installation derrière le mur. En termes de revêtement mural, nous constatons une grande popularité pour des systèmes de panneaux pouvant être finalisés comme souhaité. Ils sont actuellement utilisés en rénovation car ils peuvent être placés devant le revêtement mural existant. De telles propriétés offrent des opportunités de réutilisation ultérieure. Ces panneaux sont aujourd’hui fixés au mur. Peut-être verra-t-on un jour des versions démontables en vue d’être réutilisées.
Une telle approche du démontage et du réemploi signifie une autre vision de la salle de bain. À quelques exceptions près comme les armatures de douche ou les armoires, les éléments de la salle de bain sont fixés à l’habitation. Ce qui complique le remplacement ou les modifications. Si on vise une salle de bain démontable, il faut alors réfléchir à d’autres concepts d’application, comme le leasing. Pour les habitations individuelles, ce n’est peut-être pas possible. Dans les collectivités comme les sociétés de logement ou l’horeca, où il y a un plus grand nombre d’espaces sanitaires identiques ou similaires, et des utilisateurs variables, une formule de ‘bathroom as a service’ peut s’avérer pertinente. Il pourrait en découler un système de restitution, à l’instar de l’électroménager.
Actuellement, les obstacles sont nombreux. Les problèmes techniques de récupération ont été évoqués. Il y a aussi des complications logistiques dues aux diverses combinaisons de matériaux (métal, céramique, plastiques, bois, …) et à la multitude de fournisseurs, chaque fournisseur ne pouvant reprendre qu’une partie du matériau. L’évolution générale dans le secteur sanitaire va vers plus d’intégration. Il n’est plus rare de trouver chez une seule marque de la robinetterie, les accessoires, les baignoires et les douches, la porcelaine, la technique d’installation et le revêtement mural. Si la tendance se poursuit, les problèmes logistiques diminueront et la restitution des matériaux usagés deviendra plus facile.
La salle de bain entièrement circulaire n’est peut-être pas encore pour demain mais plusieurs étapes tendent déjà vers plus de circularité. Au fur à et mesure que l’intérêt pour cet aspect grandira, la circularité ne sera plus une niche mais la chose la plus naturelle au monde.
Par Alex Baumans


















