PORTRAIT D'ENTREPRISE  
Install Magazine 984 – mai 2022

La durabilité comme fondement

La vision de Grohe sur la circularité

La circularité et la durabilité sont devenus des mots à la mode, pas un jour ne se passe sans que quelqu’un en parle. Ces termes risquent donc de perdre leur sens. Pour découvrir ce que signifie réellement la circularité dans le secteur sanitaire, nous avons demandé au fabricant GROHE comment l’entreprise traduisait cela dans la pratique. Thomas Fuhr, leader fittings Lixil International et Co-CEO de GROHE, nous a répondu.

La durabilité dans les gênes

Pour GROHE, la durabilité n’est pas un phénomène de mode. Le concept est ancré dans les gênes de l’entreprise qui a une longue tradition dans ce domaine. Il en va de même pour Lixil, le groupe auquel la marque appartient. Lixil s’est fixé un certain nombre d’objectifs en matière de durabilité et de responsabilité sociétale, comment notamment :

-permettre à plus de personnes d’accéder à l’eau potable et aux équipements sanitaires

-économiser l’eau et promouvoir un usage durable de l’eau

-favoriser une culture inclusive dans l’entreprise

Si ces lignes de force forment le cadre des initiatives en développement durable de GROHE, le fabricant ne veut faire aucune concession en termes de qualité ou d’hygiène. Le client doit bénéficier du même confort et de produits de qualité qui font sa renommée.

L’utilisateur comme élément-clé

« Pour avoir un véritable impact sur le durabilité en tant que fabricant de sanitaires, il faut d’abord s’adresser à l’utilisateur », déclare Thomas Fuhr. « Certes, nous consommons de l’énergie et des matériaux à la production et nous faisons aussi des efforts à ce niveau. Mais la consommation n’est que marginale par rapport à un robinet ou une douche durant toute la durée de vie. Voilà pourquoi nous nous consacrons à des solutions qui permettent à l’utilisateur d’économiser de l’eau et/ou de l’énergie sans perdre en confort. »

« Les mitigeurs sont un bel exemple : lors de l’activation de la commande en position neutre, ils ne délivrent que de l’eau froide. Ce n’est qu’en ouvrant largement le mitigeur que l’eau chaude arrive. Un mitigeur à monocommande traditionnel fournit de l’eau mixte en position neutre. Ce qui n’est finalement pas nécessaire et c’est un gaspillage que nous voulons éviter. La robinetterie électronique est un autre exemple qui permet d’économiser de l’eau, certainement dans les toilettes publiques. L’idée d’économies à long terme est aussi à la base des robinets de cuisine GROHE Blue. Une eau de robinet fraîche et filtrée, éventuellement pétillante, peut remplacer l’eau en bouteille. C’est plus économe en énergie et aucun plastique ne se retrouve dans l’environnement. Ces effets ne sont pas ponctuels mais ils durent tout au long de l’utilisation du produit. »

« Les systèmes intelligents jouent de plus en plus un rôle, voyez les écrans ou les systèmes de contrôle indiquant la consommation. Cela permet de conscientiser les utilisateurs quant à leur comportement qu’ils peuvent adapter. »

Verdisation de la production

GROHE fait des efforts pour verdir la production. « Cela commence par une analyse approfondie de la consommation d’énergie », poursuit Thomas Fuhr. « En tant que fabricant, nous savons ce que nous consommons au total mais le compteur général ne nous dit pas où va l’énergie et ce qu’il est possible d’améliorer. Pour cela, il faut un système de gestion de l’énergie détaillé. Parfois, une approche simple peut donner des résultats significatifs. Nous utilisons par exemple de l’air comprimé à la production. Pour optimiser la consommation, nous avons un jour arrêté la ligne pour écouter s’il y avait des fuites et où. Nous avons déployé toute une série de mesures similaires pour réduire la consommation d’énergie. Nous avons complété cela avec des investissements dans l’énergie verte et nous avons aujourd’hui une production neutre en carbone. »


La circularité signifie également l’évitement de déchets ou leur recyclage s’il y en a. GROHE a actuellement un taux de recyclage global de plus de 90%, voire 99% dans certaines catégories. En avril de cette année, nous avons franchi une nouvelle étape avec l’élimination complète de plastique à usage unique dans les emballages.

« Ce fut un vrai challenge », souligne Thomas Fuhr. « Lorsque nous nous sommes fixés cet objectif, nous avions des doutes quant à sa faisabilité. Nous n’avons pas baissé les bras et nous avons systématiquement analysé ce qui était faisable. Nous avons notamment pris contact avec des organismes de recherche pour étudier des alternatives. Nous avons aussi consulté nos collaborateurs car ils connaissent bien la production. Il en est ressorti que, dans certains cas, l’emballage en plastique n’était pas nécessaire. Le résultat est idéal : on économise des coûts et on épargne l’environnement. La solution ne doit pas toujours être hautement technologique, une approche intelligente permet déjà d’aller loin. »

Une question d’approche

Ce dernier point illustre la philosophie fondamentale de GROHE: se lancer et essayer d’aller le plus loin possible. Bien souvent, on peut aller étonnamment loin comme le montre l’exemple de l’emballage en plastique qui, contre toute attente, a été totalement éliminé. « De nombreuses solutions sont disponibles », continue Thomas Fuhr. « Le tout est de les appliquer. Voilà pourquoi il est important de commencer dès le départ avec les ressources que l’on a. Lors du lancement d’un projet, il n’y a peut-être pas de solution pour tout mais en commençant par ce qui est faisable, on travaille progressivement pour atteindre l’objectif final. Il est important d’impliquer les collaborateurs car cela fait jaillir des idées pour éliminer les goulots d’étranglement. Ce mouvement crée une dynamique qui conduit à un accroissement d’échelle et un gain d’efficience, et finalement une baisse des prix. Quand nous avons lancé le projet d’emballage sans plastique, les alternatives étaient deux fois plus chères. Entretemps, le prix est pratiquement similaire. Un projet de développement durable doit être perçu comme un marathon, pas comme un sprint. »

Cradle to Cradle

Dans le cadre de sa philosophie, GROHE a lancé les quatre premières séries de robinet certifiées Cradle to Cradle: Eurosmart S-size, BauEdge S-size, la barre de douche Tempesta 100 et le robinet de cuisine Eurosmart. Un beau défi pour l’équipe R&D, non seulement en termes d’utilisation de matériau que de construction. Les produits doivent être démontables en fin de vie afin de séparer et de récupérer les différents matériaux. L’expérience acquise avec ces quatre premières séries est mise à profit pour les futures quatre prochaines séries Cradle to Cradle.

La circularité consiste aussi à fermer la boucle. D’après Thomas Fuhr, on peut aller très loin : « Mon idéal, c’est une maison sans raccordement au réseau d’eau potable, où tout est recyclé selon le principe du zéro déchet. Cela paraît ambitieux mais il existe déjà des techniques qui rendent cela possible. Il s’agit de les mettre en pratique. »

Par Alex Baumans

Photos: GROHE

www.grohe.be