CHAUFFAGE  
Install Magazine 981 – février 2022

L’ambition climatique : une cacophonie typiquement belge 

Toutes les autorités de notre pays ont la bouche pleine d’objectifs climatiques, mais ces plans sont-ils réalistes ? Comment rendre nos maisons neutres énergétiquement ? Et comment produit-on de l’électricité verte ? Selon Yves Vanpoucke, directeur de Remeha, il est urgent d’avoir une approche réaliste à large spectre. « Si nous voulons réaliser nos ambitions climatiques, nous devons impliquer tout le monde. »

Ces dernières semaines, on a beaucoup palabré au sujet des ambitions climatiques belges. Le sommet sur le climat de Glasgow a fait comprendre une fois de plus à nos hommes et femmes politiques qu’il est midi moins cinq. Nos autorités se pointaient mutuellement du doigt et posaient l’un à l’autre des questions complexes aux grandes attentes, car c’est comme ça que cela marche en Belgique. Quelques ambitions ont vite-vite été mises sur papier pour ne pas faire mauvaise figure à Glasgow. Mais si l’on analyse les ambitions climatiques concrètes et les plans associés, l’on ne peut que conclure que le surréalisme belge est toujours au top. L’architecte a dessiné les plans avant la rénovation. Seulement, la cuisine est dans la salle de bain et la baignoire est au grenier. C’est du « je m’en foutisme ». Parce que ça aussi c’est du belge. 

Nous excellons dans l’ambition : en 2030, nous n’achèterons que des voitures électriques. Les chaudières au mazout et au gaz seront au rebut et toutes les maisons passeront à la pompe à chaleur. Personne ne remet en cause le fait que l’électrification et la décarbonisation sont cruciales. Mais comment franchir cette étape ? Notre climat n’est pas propice à une production d’énergie optimale avec le soleil et le vent. La Belgique ne pourra pas produire suffisamment sa propre électricité verte. Et que fait le gouvernement ? Il construit des usines à gaz. C’est un summum d’hypocrisie. 

Est-ce un plaidoyer pour le nucléaire ? Absolument pas, car cette production apporte aussi sa part de déchets. Mais quelles sont les alternatives ?  

Chers gouvernements, gardez vos ambitions abordables 

Vous marquez également peu de réalisme et manquez d’égards par rapport à vos sujets. Les politiciens fortunés et les yuppies verts marchent dans leurs baskets véganes vers un avenir neutre énergétiquement. Leurs voitures électriques ont fière allure sur l’allée de garage de leur maison à trois façades entièrement rénovée et isolée. Mais qu’en est-il des jeunes familles ? Qu’en est-il des parents célibataires de deux étudiants adolescents ? Qu’en est-il de la génération plus âgée qui doit se contenter d’une maigre pension ? Comment contribuent-ils aux objectifs climatiques ? Aujourd’hui, un million de citoyens dépendent du tarif social. Chaque jour, ils se demandent s’il reste encore à manger au fond de la marmite. Ils ne se soucient pas des objectifs climatiques. La durabilité ne devrait pas être une affaire d’élite. Et cela le devient quand même peu à peu. 

Solutions dans le secteur de la construction 

Une partie de la solution climatique réside sans aucun doute dans le secteur de la construction. À l’époque, le gouvernement était assez intelligent pour inventer le niveau E. Aujourd’hui, chaque maison neuve est pratiquement neutre énergétiquement (BEN). Les nouvelles technologies comme les réseaux de chaleur, les pompes à chaleur et les systèmes collectifs comme la géothermie ouvrent des portes. C’est un pas dans la bonne direction, mais il reste hélas encore peu à gagner en construction neuve.  

La marge bénéficiaire réelle se situe sur le marché de la rénovation et du remplacement. Bien que le Belge semble toujours s’appuyer sur des sources d’énergie classiques. Au cours des douze derniers mois, 220 000 chaudières murales à gaz, 9 700 chaudières de chauffage au sol et même 15 400 chaudières au mazout ont été vendues dans notre pays. En comparaison : seules 13 200 pompes à chaleur ont été vendues au cours de la même période. 

Peut-on reprocher à nos compatriotes d’opter encore pour le gaz et le mazout ? Nous avons actuellement l’une des factures d’électricité les plus chères d’Europe. Nos prix du gaz sont encore relativement abordables. Un tax shift ? C’est possible, mais la facture doit rester payable.  

Obliger les rénovateurs/ceux qui remplacent à opter pour une pompe à chaleur est absurde. Vous n’obtiendrez jamais un rendement suffisant dans une vieille maison mal isolée. Et transformer une vieille maison en une maison presque neutre énergétiquement est presque inabordable pour un jeune couple qui doit le faire sans le soutien financier de papa et de maman. 

Le chauffage hybride peut être une solution sur le marché du remplacement. Combinez votre chaudière gaz ou fioul existante avec une pompe à chaleur ! Pendant les mois les plus froids, vous pouvez profiter du rendement de votre chaudière à gaz ou au mazout. Pendant l’été, lorsque le chauffage est à peine nécessaire, faites usage de la pompe à chaleur. Un chaleureux appel à nos autorités : imaginez une subvention de bon sens pour les appareils hybrides. Vous atteindrez vos ambitions climatiques plus rapidement qu’avec votre approche actuelle. 

A long terme, je crois aussi en l’hydrogène vert. Aujourd’hui, il est déjà possible d’importer de l’hydrogène vert depuis l’étranger. Pourquoi ne pas acheminer l’H2 par le réseau gazier existant ? Les appareils de chauffage à l’H2 (100 % H2 ou jusqu’à 20 % d’adjuvant) existent déjà et ont été testés. L’industrie est prête à ce sujet. Mais il reste à attendre que les Fluvius et les Fluxys sautent dans le train en marche. L’H2 cependant, peut générer d’énormes profits. L’installation à elle seule nécessite beaucoup moins de travail que l’installation d’une pompe à chaleur et vous pouvez simplement raccorder une chaudière à hydrogène aux radiateurs existants. 

Optez pour une approche réaliste 

Nous pouvons conclure que nos autorités ont travaillé sur des ambitions claires. Les objectifs étaient bien formulés, mais les fondamentaux n’ont pas été pris en compte. Les gouvernements ratent la cible sur plusieurs fronts (p. ex : rendre l’hybride obligatoire dans les nouvelles constructions). Il est important de ne pas oublier que ces objectifs touchent l’industrie, les familles et une très grande partie de la population.  

Mesdames et messieurs nos gouvernants, pensez à des solutions à long terme. Tout le monde ne peut pas rénover en cinq ans une vieille maison récemment achetée. Les prix des maisons explosent déjà en flèche. Tout le monde ne peut pas s’offrir une voiture électrique. Tout le monde n’a pas 25 000 euros pour isoler sa maison. N’optez pas pour l’écofondamentalisme, optez pour l’écoréalisme. Croyez-moi, je ne suis pas un climato-sceptique. Je suis très heureux de contribuer à un avenir plus vert. Mais je veux impliquer tout le monde. Tous ensemble. Parce que ça aussi c’est typiquement du belge. 

Par Yves Vanpoucke (Remeha)

Photos: Remeha

www.remeha.be