CHAUFFAGE
Install Magazine 978 – septembre 2021
Opportunités pour le biogaz en Flandre
Potentiel inexploité de la chaleur verte
Biogas-E est la plateforme pour la fermentation anaérobie en Flandre. La production de biogaz, épuré ou non en méthane, constitue une étape importante dans la valorisation des flux de déchets, et peut ainsi contribuer à une économie circulaire. Elle peut par ailleurs être utilisée pour rendre la chaleur et la cogénération plus écologique, dans le but d’accélérer la transition énergétique. Malheureusement, ce potentiel reste en grande partie inexploité. Lors d’un webinaire, dans le cadre du forum flamand virtuel sur la fermentation 2021, Biogas-E est revenu sur les possibilités de la chaleur verte.
La chaleur verte reste méconnue
Les orateurs de cette première session furent Sam Tessens (Biogas-E), Hartwin Leen (Kelvin Solutions) et Mieke Decorte (European Biogas Association). Dans le panel d’orateurs qui a suivi, on trouvait également Dirk Focroul (Fluxys) et Thomas André (Group Op De Beeck). Nous vous en avons résumé les principales conclusions.
Un premier point est que la chaleur verte reste méconnue en Flandre. Si on interroge les gens sur la part actuelle d’énergie verte en Flandre, ils la surestimeront fortement. La raison est très simple : on pense avant tout à l’électricité verte. Le chauffage n’est pas pris en considération, alors que la part de celui-ci dans la consommation totale d’énergie est beaucoup plus grande. La part d’énergie renouvelable dans le chauffage est toutefois regrettablement basse, et encore, une bon pourcentage de celle-ci est attribuée au chauffage au bois qui, comme on le sait, présente d’autres inconvénients. Le biométhane a démontré que le gaz naturel pouvait être remplacé. Passer au gaz renouvelable constitue donc une manière efficace de rendre plus écologique un certain nombre d’applications. Il s’agit d’une alternative potentielle pour, par exemple, des industries avec des processus à hautes températures ou une cogénération, qui désirent réduire leur empreinte écologique. Reste à voir si cela constituera la solution à long terme, mais cela ne peut être un motif pour négliger ce gain rapide en termes d’émissions. Même si le gaz renouvelable n’est peut-être pas une solution pour 2050, il constitue certainement une étape sur le chemin menant à une Europe carboneutre.
Pour profiter pleinement de ce potentiel, un cadre légal adapté est toutefois nécessaire. Aujourd’hui, le cadre légal en Flandre impose que le biogaz produit soit également consommé localement, par exemple dans une cogénération. Les possibilités de commercialisation sont donc fortement limitées. Il serait préférable de pouvoir également acheminer le biogaz vers d’autres utilisateurs. Cela peut se faire directement par injection dans le réseau de gaz, ou indirectement au moyen d’un réseau de chaleur. Le transport via le réseau de gaz possède l’avantage par rapport à un réseau de chaleur de générer moins de pertes par transmission, ce qui permet de surmonter de plus grandes distances. Il est par ailleurs possible d’utiliser l’infrastructure existante. Ceci est toutefois difficilement intégrable dans les règles actuelles.
Autre obstacle légal : l’utilisation de gaz vert n’est pas valorisée dans le niveau E. Le fait de pouvoir gagner ou non des points E constitue cependant un facteur important dans les décisions relatives au processus de construction. Le budget est enfin surtout consacré à des techniques qui donnent des point E. En permettant par exemple à l’utilisation du gaz vert d’entrer en ligne compte pour la part obligatoire d’énergie renouvelable, un marché pour le gaz vert se créera de lui-même. Il s’agit d’une mesure qui coûte peu aux pouvoirs publics, mais qui peut améliorer la rentabilité de l’installation de biogaz.
Quelle est la quantité de biogaz disponible ?
Le biogaz n’est pas une solution pour la problématique énergétique. Selon le scénario, il pourrait à peine garantir de 10 à 20% de la consommation actuelle de gaz naturel. Il est donc sensé de l’intégrer dans des applications où il apporte une plus grande valeur ajoutée, ou encore lorsqu’il existe peu d’alternatives, comme les poids lourds ou les processus à hautes températures dans l’industrie. La production de biogaz n’est pas tant une source d’énergie supplémentaire, mais bien une manière de valoriser les flux de déchets et ainsi contribuer à une économie circulaire. La production de biogaz constitue également un soutien supplémentaire aux zones rurales et aux entreprises agricoles.
Afin de mieux cartographier le potentiel du biogaz en Flandre, Biogas-E a réalisé une étude approfondie. Première constatation : certains types de matières premières sont encore à peine mises à profit, comme les engrais d’origine animale ou les résidus des récoltes agricoles. Il y a naturellement également un coût relatif à la collecte et à la récupération. Sur base de l’étude, la Flandre a été répartie en trois zones : une première zone comprend d’une part, grosso modo, les provinces de Flandre orientale et occidentale et de l’autre, la Campine anversoise et limbourgeoise. On y trouve beaucoup d’élevages, et on peut donc disposer d’engrais en masse. Une deuxième zone comprend le Brabant flamand et le sud du Limbourg. On y trouve également beaucoup de zones agricoles, mais moins d’élevage, de sorte que les sources seront plutôt ici des résidus végétaux. L’axe Bruxelles-Malines-Anvers, enfin, est fortement urbanisé ; on y trouve donc peu de matières premières. Sur le plan technique, on peut intégrer le même type de digesteur dans les trois zones ; la taille des installations individuelles différera toutefois selon la disponibilité plus ou moins grande des matières premières.
Cette étude tient uniquement compte des flux de déchets issus de l’agriculture, mais à côté de cela, il y a également un potentiel énorme pour le biogaz issu du traitement des eaux usées.
Le gaz vert dans la vision d’avenir de l’Europe
Le biogaz joue également un rôle clé dans le Green Deal européen. On parle beaucoup d’hydrogène, mais la production de celui-ci doit encore être mise en route. Pour le biogaz, on dispose par contre déjà d’une capacité de production considérable, qui ne fait qu’augmenter. Le chemin vers le gaz vert passe donc avant tout par le biogaz et le biométhane. Pour 2030, l’UE veut arriver à 11% de gaz vert, répartis en 3% d’hydrogène et 8% de biométhane. Pour 2050, on prévoit une capacité de production de 125 GW. Tout le gaz en Europe devra alors être renouvelable, avec une part de biogaz estimée à 30-40%, le reste étant de l’hydrogène vert. Dans cette vision également, la production de biogaz est essentiellement une question de traitement des déchets, qu’il s’agisse de résidus issus de l’agriculture et de l’élevage ou bien de l’épuration des eaux usées. L’importance des cultures énergétiques est réduite au profit d’une conception plus circulaire de l’agriculture.
Par Alex Baumans













