BATHROOM EXPERIENCE
Install Magazine – juillet 2026
Expression formelle pure
Le Belge Bertrand Lejoly a conçu la nouvelle collection de salle de bains D-Neo pour Duravit. Après des noms aussi prestigieux que Philippe Starck, Sieger Design, Norman Foster et Cecilie Manz, il a rejoint le club restreint des designers de Duravit. Il est en outre le premier Belge a créer une collection pour le fabricant. Il a œuvré en 2013 comme « Head of product design » auprès de l’architecte belge Vincent Van Duysen. Et il a depuis franchi le pas et créé son propre studio de design à Anvers.
Qui est Bertrand Lejoly ?
Bertrand Lejoly est originaire de la région germanophone –plus précisément d’Eupen- et il a étudié la conception de produits à Liège. Après ses études, il a débuté sa carrière à Aix-la-Chapelle dans un bureau de design très orienté sur le secteur sanitaire. « Ma première conception fut un robinet. Ce fut également ma première connexion avec le secteur. Avant que je ne travaille pour Vincent Van Duysen, j’ai habité sept ans à Milan et travaillé auprès de l’architecte et designer Matteo Thun. Ce dernier est entre autres un des fondateurs du Memphis Group. C’est là que j’ai eu ma première expérience avec Duravit il y a douze ans, lorsqu’en tant que designer, j’ai conçu pour Matteo Thun une collection de salle de bains. Je suis toujours resté en contact avec Duravit. Il y a deux ans, ils m’ont proposé de participer à un pitch pour une nouvelle collection. J’ai remporté le pitch, et là, les choses ont vraiment commencé », raconte Bertrand Lejoly.
Pourquoi un designer belge maintenant ?
« C’est absolument fortuit. Duravit travaille avec un nombre limité de designers. La première collection design dans les années ’80 était signée Sieger Design. Suivirent ensuite –entre autres- Philippe Starck, Phoenix Design et la Danoise Cecilie Manz. Lorsqu’ils m’ont téléphoné pour me dire que j’avais remporté le présentation, il n’était alors pas certain du tout que la collection allait sortir. C’est un processus de deux ans, mais je savais que quand ils s’engageaient dans quelque chose, ils le faisaient à fond. Ce projet a constitué le départ de mon propre studio de design. »
Que contenait le briefing de Duravit ?
« Il y a 20 ans, Duravit a démarré avec une ligne accessible : basique mais toutefois reconnaissable en termes de design et simple à produire. Duravit sent également la pression internationale en faveur d’un design démocratique ; c’est pourquoi l’entreprise désire proposer une collection avec un design fort à un prix abordable pour un large public. Tel était le message principal de Duravit. »
Cela constitua-t-il un défi ?
« Le défi consista à extraire le meilleur en termes de design et de langage formel en tenant compte des limites. Vous n’avez naturellement pas la liberté que vous voudriez avoir, notamment à cause de la tolérance entre le meuble et la céramique. Il y a toujours une certaine marge. Cette collection a une tolérance de 8 mm alors que les séries les plus chères ont une tolérance quasi nulle. Il s’agit de détails qui ne sont pas visibles pour le consommateur. Le lavabo a un bord très fin. C’est d’ailleurs assez fantastique d’avoir pu réaliser un bord aussi fin pour un tel prix. C’est amusant de constater que Duravit ait réussi à produire celui-ci. À l’origine, j’avais dessiné un bord encore plus petit, mais les possibilités techniques sont naturellement différentes. Les développements techniques durent entre plusieurs mois et un an, et ils évoluent dans une certaine direction. Cela se traduit par une collaboration d’un an durant laquelle vous êtes impliqué dans toutes les étapes et vous discutez de tout. »
Quelles étaient vos idées derrière le concept ?
« Ma première idée fut l’interprétation d’un bord aussi fin que possible, de façon à ce que le concept apparaisse à la fois nouveau et moderne. Il n’y a pas de lien direct entre les différents éléments de la collection –entre les lavabos et le WC par ex. Ce n’est pas nécessaire. Dans la série, les éléments peuvent différer quelque peu tout en étant unis harmonieusement, afin de créer un ensemble fluide. Pour chaque élément, je suis à la recherche de la forme parfaite, dans les limites des possibilités et de ce qui n’existe pas encore. Tant de choses existent déjà dans le monde sanitaire, mais je crois qu’il y a encore une marge au sein de laquelle de nouvelles choses sont possibles. La recherche de ce qui n’existe pas encore fait d’ailleurs partie de notre travail. Mais vous devez également toujours contrôler cela, car parfois, vous retomber inconsciemment dans ce qui existe déjà. »
La robinetterie D-Neo est-elle un concept relativement robuste ?
« Dans le segment le meilleur marché, on trouve surtout des robinets basiques. Dans cette collection, nous désirons apporter plus de caractère et de personnalité. L’idée consistait à jouer avec les proportions et les surfaces. J’ai opté pour un lavabo rectangulaire. On retrouve ces surfaces planes au niveau du bec et de la poignée du robinet. J’aime les formes pures, mais cela devait rester raffiné et chaleureux. »
Que trouvez-vous important dans une salle de bains ? La couleur ou le blanc ?
« La salle de bains doit être un endroit chaud et accueillant, un refuge dans lequel vous pouvez vous exprimer. Quand je suis en voyage, j’accorde une attention toute particulière à la salle de bains de ma chambre d’hôtel. Je trouve ainsi important que les éléments de base soit présents, avec de préférence une bonne douche fonctionnelle à la place d’une baignoire. L’environnement doit ensuite être hygiénique et chaud. Je me rappelle encore très bien de la salle de bains de ma grand-mère. Elle habitait dans une ferme, et la salle de bains était située à côté de l’étable. La salle de bains était un espace blanc, froid et purement fonctionnel. Je m’en rappellerai toujours. C’est pourquoi j’estime que la chaleur est aussi importante dans une salle de bains. Pour moi, l’esthétique est également une fonction. Je me sens généralement mieux dans un bel environnement. Selon moi, un blanc cassé, chaud, constitue la base à partir de laquelle vous pouvez jouer à l’aide d’accessoires et de meubles. Je pense que j’ai appris cela chez Vincent Van Duysen. Ses intérieurs ont toujours été pour moi une source d’inspiration. »
Quels projets pouvons-nous attendre aujourd’hui de votre part ?
« L’an passé, j’ai entamé un projet pour Serax. Ensemble, nous avons lancé ‘Cose’, une série d’accessoires de salle de bains. Il s’agit d’une collection qui ne se limite nullement à la salle de bains. Les accessoires de différentes formes peuvent en effet être intégrés dans des espaces divers et offrir de multiples fonctionnalités. En ce moment, je travaille à une collection pour le Belge Vincent Sheppard, que nous vous présenterons volontiers en septembre à Paris. Avec l’entreprise wallonne Bodart & Gonay –réputée pour ses foyers intérieurs-, nous lançons une collection complète de barbecues extérieurs, avec des fours, des plaques de cuisson et des accessoires. Je viens également de démarrer avec mon propre studio de design. Je trouve ça super, parce que jusqu’ici, j’ai eu l’occasion de tout réaliser pour les autres. Maintenant, je veux également le faire pour moi-même, à ma manière. J’essaie de concevoir des choses intemporelles. Les concepts intemporels sont là pour la vie. Atteindre cela est la chose la plus difficile. »
Texte: Ingrid Allaerts
Photos: Duravit en Serax













