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Install Magazine 952 – août 2018

Le chauffage des bâtiments dans le système énergétique du futur

Troisième séminaire ‘Grand en Chaleur’ de Remeha

Il y a quelques années, le fabricant de matériel de chauffage Remeha a pris l’initiative de réfléchir avec quelques experts à la place de la chaleur dans le paysage énergétique de demain. Remeha a semble-t-il visé dans le mille : le séminaire ‘Grand en Chaleur’ en est aujourd’hui à sa 3e édition. Environ 125 professionnels furent conviés au Comic Station d’Anvers pour une série d’exposés stimulants.

Les limites du « tout-électrique »

Christophe Leroy (Remeha) a entamé les débats avec un regard sur la demande en électricité pour le chauffage et la mobilité. Dans l’optique de la transition énergétique, on se base habituellement sur le constat que le futur sera tout-électrique. L’électrification du transport est considéré comme un fait établi, et dans le cadre de la sortie du gaz, les Pays-Bas pensent concrètement à créer de nouveaux quartiers sans raccordement au gaz. Tout cela va accroître considérablement la consommation électrique. Si on se base sur un ménage moyen avec une pompe à chaleur et une voiture électrique, cela se traduit par une consommation annuelle de 11.250 kWh. Afin de pouvoir couvrir tout cela avec des panneaux PV, une surface de 75 m2 se révèle nécessaire, ce qui n’est pas évident pour une habitation moyenne. Si on ajoute à cela une deuxième auto, on aboutit à des surfaces de toiture irréalistes. On peut donc se demander si chaque ménage pourra couvrir ses besoins en énergie avec sa propre installation photovoltaïque.

Un autre problème est la disponibilité du courant vert. La production d’ énergie solaire est la plus élevée à une période où on en a le moins besoin. Et même si une quantité suffisante d’énergie durable devait être disponible sur une base annuelle, cela signifie que dans les périodes à fort ensoleillement, de l’électricité est massivement transmise au réseau, et tout aussi massivement extraite dans les périodes les plus sombres et les plus froides. Un système de stockage local peut permettre de lisser ces pics, mais le problème de base reste le même : plus on va recourir à de l’électricité verte, plus grandes seront les variations sur le réseau.

Christophe Leroy estime que les petites cogénérations ont un beau rôle à jouer en la matière. La production de chaleur et d’électricité s’y effectue en parallèle. Dans la mesure où la production est mieux adaptée à la demande, on évite les pics dans la demande et dans l’offre sur le réseau. À l’heure actuelle, les cogénérations fonctionnent avant tout avec des combustibles fossiles. Il existe cependant des méthodes, comme Power To Gas, pour rendre le réseau de gaz plus vert. Ce système présente deux avantages : il s’agit d’une méthode durable de production d’énergie, qui permet aussi de stocker les pics de production estivaux.

Le deuxième orateur fut la parlementaire européenne Kathleen Van Brempt. En tant que défenseur de la problématique climatique, cette dernière est satisfaite du fait qu’il y ait au moins un consensus dans l’UE sur la nécessité d’agir. Les avis divergent par contre sur le type d’action à mener. D’un point de vue social, elle a insisté sur le fait que personne ne devait être exclu de cette transition énergétique. Les investissement éco-énergétiques sont certes peut-être intéressants pour les propriétaires issus des classes moyennes, mais nous devons aussi nous assurer que chacun puisse profiter de ces avantages. Les système de tiers-payant ou d’aide à l’investissement, financé par la plus-value du bien immobilier, peut ici offrir une solution.

Des rénovations financièrement accessibles

Johan Albrecht, économiste environnemental à l’Université de Gand est quant à lui revenu sur les aspects financiers. Il a analysé les raisons pour lesquelles le degré de rénovation restait faible. On construit tout d’abord de moins en moins de nouvelles habitations. Le parc immobilier belge est ancien : un tiers des habitations date d’avant 1945. La plupart des maisons ne sont donc pas adaptées aux besoins des logements modernes, tant en termes de taille que de standards techniques. Les prix des logements sont toutefois tels que seul un nombre limité de ménages dispose encore des moyens nécessaires pour entamer des rénovations profondes. Si on se base sur un prix d’achat de 250.000 euros, suivi par un coût de rénovation de 100.000 euros, on estime que 5% seulement des familles peuvent financer cela. Johan Albrecht plaide donc pour une transparence du marché accrue en termes de coûts escomptés. Cela démotiverait les acheteurs potentiels à investir dans des logements qui, concrètement, n’ont plus à être rénovés, ce qui entraînera la disparition du marché des logements les moins appropriés. Nous devons miser sur une rénovation optimale en termes de coûts là où cela est justifié, le tout accompagné d’une démolition et reconstruction des habitations les moins performantes.

Des solutions potentielles

Jan Deklerk (Remeha) a ensuite présenté les solutions techniques du fabricant. Une première constatation est que la transition énergétique devra majoritairement se dérouler avec les techniques actuelles. On peut certes espérer l’une ou l’autre révolution technologique, mais nous devrons probablement nous débrouiller avec ce dont nous disposons. Il n’existe par ailleurs pas de moyen miracle. Des facteurs connexes, comme l’évolution du marché, le développement technique et les mesures politiques détermineront à quoi ressemblera précisément le mix de techniques et de vecteurs énergétiques. À moins que des mesures radicales soient prises, comme une interdiction des appareils à combustible, les techniques disponibles actuellement joueront encore un rôle en 2050.

L’impact de la numérisation

La conclusion est revenue à Rik Vera, qui a schématisé l’impact du monde numérique sur la gestion de l’entreprise. Les nouveaux moyens de communication ont généré une révolution dans l’approche de la clientèle. Les entreprises qui réussissent à en faire le meilleur usage possible, disposent d’une avantage . De fait, si un consommateur n’est pas satisfait de son expérience avec un fournisseur, il en changera à la première occasion. Comme l’exprime Rik Vera, tout tourne autour de la CEX, soit la Customer Experience. Celui qui sera capable d’offrir au client une meilleure CEX que prévue est appelé à se développer ; et celui qui ne le fait, à rencontrer des problèmes.

Par Alex Baumans

Illustrations: Remeha

www.remeha.be