FÉDÉRATION
Install Magazine 947 – février 2018
Le gaz dans le mix énergétique de demain
Deuxième Gaday de gas.be à propos de l’avenir de l’approvisionnement énergétique
À quoi ressemblera le mix énergétique dans une société pauvre en carbone ? Et le gaz jouera-t-il un rôle ? Telles étaient les questions centrales posées lors du deuxième Gasday, un événement de gas.be qui a attiré environ 180 personnes intéressées. Le défi n’est pas négligeable: comment aboutir à un approvisionnement qui soit durable, qui offre une sécurité de livraison et qui, par ailleurs, reste encore accessible financièrement? Il n ’existe pas de solution miracle ; il s’agira d’un mélange de différentes sources. Selon toute probabilité, le gaz en fera encore partie pendant tout un temps.
Lire dans le marc de café
Il est difficile de faire des prévisions, surtout lorsque cela concerne l’avenir. Cette boutade a parfaitement été exprimée dans l’exposé introductif de Samuele Furfari (ULB). Ce dernier est un vétéran de la politique énergétique européenne. Il a aussi remarqué qu’à travers les années, de réputés instituts scientifiques ont à maintes reprises manqué le coche. Et nous aboutissions à chaque fois à des situations que personne n’avait prévues. Il a alors fait référence aux prix actuels du mazout. Habituellement, ces derniers grimpent dès que des problèmes se manifestent dans le Moyen-Orient. Pourtant, alors que la région est depuis des années dans la tourmente, le mazout reste relativement bon marché, ce qui contredit tous les scénarios précédents. Il ne faut donc pas trop rapidement opter pour une solution déterminée. Dans le passé, des mesures drastiques ont déjà été prises, basées sur des prévisions qui se sont révélées plus tard infondées. La solution de prudence consiste donc à laisser la porte ouverte à tout un éventail d’options.
Après cette introduction générale, une série d’experts sont revenus sur différents aspects de la problématique. En voici quelques grands axes.
Spécificité du secteur du chauffage
Bien qu’on parte rapidement du constat qu’à terme, tout sera électrique, il semble que les applications gaz soient d’une toute autre envergure que les applications électriques. Si nous observons la demande en énergie finale en Belgique, l’électricité représente 19%, alors que le gaz naturel représente pour sa part 29%. Il faut encore ajouter à cela qu’un quart de l’électricité est produite sur base du gaz naturel. Remplacer tout cela par des énergies renouvelables nécessitera une énorme capacité supplémentaire.
À côté de cela, les deux réseaux de distribution affichent un profil de consommation tout à fait différent. Là où le réseau électrique tournait en 2016 à une puissance relativement constante de 14 GW, le réseau de gaz naturel a quant à lui connu de fortes variations. En plein cœur de l’été, la puissance exigée en gaz était équivalente à celle exigée pour l’électricité ; durant la saison de chauffe, les besoins ont toutefois augmenté considérablement pour atteindre 57 GW. Même en se basant sur une baisse de la consommation de gaz pour le chauffage, il ne sera pas évident de mettre en place un réseau électrique qui puisse gérer ces variations. Une transition totale vers l’électricité ne sera donc pas pour demain.
Dans quelle mesure l’électricité est-elle verte ?
La durabilité de l’électricité dépend de son mode de production. En rapport avec cela, nous devons faire attention à l’impact de la sortie du nucléaire. Si les émissions moyennes par kWh augmentent fortement, une électrification du transport et du chauffage conduira plutôt à une hausse de la production totale de CO2, et non à une diminution. Complication supplémentaire : les émissions de CO2 de la production d’électricité varient dans le temps. Il n’est donc pas correct de prendre la consommation totale sur base annuelle et de multiplier celle-ci par une valeur moyenne. On doit au contraire se focaliser sur le moment où est consommée l’électricité, et sur ce que sont alors les émissions par kWh. Les systèmes de chauffage électriques comme les PAC afficheront inévitablement la consommation la plus élevée lorsque l’offre d’énergie renouvelable est la plus basse. La part relativement élevée d’électricité grise doit être prise en compte si on observe l’impact environnemental total.
Autrement, il y aussi des méthodes pour rendre l’approvisionnement en gaz plus écologique, en utilisant tout d’abord du biogaz sur base de déchets agricoles ou d’autres biomasses. En France et en Allemagne, ces techniques sont déjà appliquées à grande échelle, alors qu’elles n’en sont qu’à leurs premiers balbutiements chez nous. Notre législation stimule par ailleurs essentiellement l’utilisation du biogaz pour la production d’électricité. Il est toutefois parfaitement possible de produire du biométhane qui puisse être injecté dans le réseau de gaz naturel, élargissant ainsi le champ des applications.
Du gaz vert pour du stockage énergétique
L’énergie éolienne et solaire thermique est confrontée à quelques problèmes fondamentaux. La production est irrégulière, et les pics de production correspondent rarement aux pics de consommation. Plus on installe de puissance de production, plus croît également la surcapacité. Sans stockage, on doit aussi arrêter la production, un phénomène connu sous le nom de « RES curtailment ». Avec les techniques Power-to-Gas, il est toutefois possible de stocker de l’énergie excédentaire sous forme de gaz, de façon à ce qu’il y ait moins de « RES curtailment ».
Le principe Power-to-Gas se déroule en deux étapes. On utilise tout d’abord de l’électricité verte pour produire de l’hydrogène gazeux par électrolyse. Cet hydrogène est alors méthanisé à l’aide de CO2. Ce méthane synthétique constitue une forme intéressante de stockage d’énergie, parce que la quantité d’énergie ne diminue pas avec le temps. De plus, la capacité de stockage est nettement plus élevée que celle des batteries, sans que des interventions techniques spéciales au réseau existant ne se révèlent nécessaires. Par kilomètre de réseau de gaz, on peut stocker entre 250 et 1.800 kWh, simplement en faisant varier la pression. En ce moment, Fluxys possède une capacité de stockage de 8 TWh en gaz, pour seulement 0,005 TWh en électricité. Si le stockage d’électricité dans des batteries peut être pertinent pour surmonter une période d’un jour ou d’une nuit, le gaz permet de son côté d’envisager du stockage saisonnier, dont l’excédent de l’été est utilisé en hiver. La gaz est par ailleurs un vecteur énergétique polyvalent : il peut être utilisé dans des centrales électriques, dans des installations de cogénération, pour des applications de chauffage ou encore dans le transport.
Des applications mobiles
Le passage au gaz naturel est une des méthodes les plus efficaces pour réduire les émissions du secteur des transport. Il ne s’agit à ce titre pas que du CO2, mais avant tout d’émissions encore plus nocives comme les particules fines ou le soufre. Par rapport à l’électrification, ces investissements et reconversions techniques sont limités, tout en représentant une bonne alternative au diesel dans les bus et les camions. Dans la navigation également, le mazout lourd est de plus en plus remplacé par du gaz naturel.
Le gaz va encore rester indispensable un moment
La conclusion est que le gaz peut encore jouer un rôle pendant une certaine période dans l’approvisionnement énergétique. Plus les bâtiments vont passer à des alternatives comme les réseaux de chaleur ou les PAC, plus le réseau de gaz classique pour le chauffage va perdre en importance. Par contre, le gaz offre des possibilités intéressantes à court terme pour contribuer à réduire les émissions de toute une série d’applications. On pense ici surtout au transport, mais le secteur du chauffage affiche également un énorme potentiel de modernisation. Le gaz peut aussi être utilisé comme méthode de stockage pour l’électricité verte. Une politique réfléchie doit miser sur une combinaison de vecteurs énergétiques, et le gaz en fait partie.
Par Alex Baumans
Les différents types de gaz renouvelable.











