POMPES À CHALEUR
Install Magazine 1007 – mai 2026
L’aquathermie ouvre une nouvelle ère au domaine récréatif De Lilse Bergen
Le domaine récréatif De Lilse Bergen (Gierle) utilise désormais l’énergie thermique de l’eau de son étang pour chauffer les deux blocs sanitaires du camping du domaine provincial et produire l’eau chaude sanitaire. Cette intervention récente réduit de moitié les frais de chauffage, diminue les émissions de CO2 et la dépendance aux énergies fossiles.
Lors de la reprise du site par la Province d’Anvers en 2021, le bureau d’études Sweco a été chargé d’élaborer un plan directeur pour les bâtiments et l’approvisionnement énergétique. Avant d’envisager l’aquathermie, les experts ont analysé d’autres pistes pour remplacer les installations au mazout. « Elles dataient du siècle dernier et leur maintien n’était pas compatible avec une gestion climatiquement neutre », déclare le coordinateur local Wim Janssens.
Des alternatives peu favorables
« Le chauffage par pompes à chaleur et panneaux solaires dans une zone forestière n’a rien d’évident. Un boiler solaire est inadapté en raison de l’ombre portée par les arbres », déclare la députée Mireille Colson (N-VA). « Installer des panneaux solaires sur l’étang aurait présenté un risque pour les activités nautiques, comme le pédalo ou la voile. »
« Les micro-éoliennes n’offrent pas un rendement suffisant et peuvent générer des nuisances sonores et autres perturbations dans un lieu de détente », ajoute Wim Janssens. « Quant à la géothermie, elle se heurtait à un obstacle majeur : les blocs sanitaires se trouvent au milieu des emplacements à l’année. Creuser un champ de captage aurait nécessité le déplacement temporaire des installations de 250 campeurs, ce qui n’était pas envisageable. De plus, le champ BEO exige de maintenir un équilibre thermique pour la régénération du sol. Or, au camping, la demande concerne quasi exclusivement du chauffage. Compenser ce déséquilibre aurait nécessité des techniques supplémentaires. »
L’équilibre préservé
L’étang de loisirs, dont la profondeur atteint 14 mètres, joue désormais un rôle central dans la gestion durable et décarbonée du domaine. Deux échangeurs de chaleur extraient la chaleur de l’eau de l’étang via un circuit fermé reliant les échangeurs et la pompe à chaleur, dans lequel circule un mélange eau-glycol. Parallèlement, De Lilse Bergen accroît sa production d’électricité avec des panneaux photovoltaïques installés sur le toit des bâtiments.
« Les échangeurs de chaleur sont entièrement immergés. Situés à 3 mètres de profondeur et à une vingtaine de mètres des berges, ils n’ont aucun impact visuel, même lorsque le niveau de l’eau baisse jusqu’à un demi-mètre à certaines saisons », explique Jan Denayer d’Extraqt, le bureau d’études ayant réalisé l’analyse de faisabilité et accompagné le projet. « Grâce à l’énorme masse d’eau de cet étang de 10 hectares, l’installation aquathermique n’a aucune influence notable sur la température globale de l’eau. L’extraction de chaleur se poursuit même en présence de neige ou de glace. Dans le pire des cas, le refroidissement local atteint à peine 0,1 à 0,2° C à proximité des échangeurs et ne se propage pas, même lors de vent violent ou de mouvements de l’eau. Cela ne poserait pas non plus de problème avec un étang plus petit. »
Plus l’eau de l’étang est chaude, plus le système gagne en efficacité. « En été, la température de l’eau oscille entre 21 et 24° C. C’est la période où la fréquentation touristique est la plus élevée. » Des bouées signalent l’emplacement des échangeurs de chaleur aux baigneurs, tandis qu’un dispositif anticollisions protège les embarcations. « Les poissons se déplacent eux aussi en toute tranquillité car nous n’utilisons pas de filtres. Nous utilisons du monopropylène glycol dans le circuit de tuyauterie. Ce fluide est non toxique et biodégradable, il n’y a donc aucun danger en cas de fuite. »
« Nous chauffons l’eau à 45° C », précise Wim Janssens. « Cela nécessite beaucoup moins d’énergie que de la porter à 65°C. En revanche, cela implique la mise en place d’un système de contrôle de la légionellose. Le traitement de l’eau sanitaire comprend donc une désinfection par électrolyse. Il s’agit d’un processus chimique sécurisé, fonctionnant en circuit fermé. »
« Une source d’énergie invisible, efficiente et résiliente. »
« L’étang fournit de la chaleur même en présence de neige et de glace. »
Aide européenne
La province d’Anvers, avec le soutien du Fonds européen de développement régional (FEDER), a investi 500.000 euros dans ce projet, dont 200.000 euros ont été consacrés au système d’aquathermie. « Ce montant couvre la rénovation du local technique ainsi qu’un nouveau système de récupération des eaux grises qui, combiné à l’aquathermie, représente une puissance de 120 kW. » Le domaine mise aussi sur la récupération et le stockage des eaux de pluie. « Cela nous permet de ne pomper de l’eau souterraine pour la chasse d’eau des toilettes qu’en dernier recours. C’est essentiel compte tenu de la sensibilité de l’étang à la sécheresse. »
L’aquathermie ouvre des perspectives intéressantes pour d’autres domaines provinciaux dotés de plans d’eau. Le plan directeur du Zilvermeer (Mol) identifie cette technologie comme une piste prometteuse pour un vaste ensemble de bâtiments. La province d’Anvers soutient également une étude portant sur les sites patrimoniaux du Château de Westmalle et du Heilige Geestgebouw à Lier. Aucun projet n’est toutefois planifié pour de nouvelles installations aquathermiques. « Le domaine De Lilse Bergen est véritablement un projet pilote. »
Extraqt
Extraqt est née du mémoire de master qui a valu à Jan Denayer et Sebastian Baes le Scriptieprijs flamand en 2020. Avec le professeur Stijn De Jonge, ils ont fondé l’entreprise pour mettre leurs idées et leur expérience en pratique. « Nous sommes arrivés au bon moment car l’intérêt pour les projets de chauffage innovants et durables, y compris pour les sites patrimoniaux, est croissant. Nous travaillons généralement avec des composants provenant d’un fournisseur allemand et nous intervenons le plus souvent comme entrepreneur principal, en collaboration avec un partenaire installateur pour la mise en œuvre effective. Au domaine récréatif à Lille, nous avons travaillé avec DR Technieken (Tielen), qui a coordonné l’ensemble des travaux, ainsi qu’avec notre partenaire de confiance Eco-Technix (Rotselaar). »
« Ce que nous faisons n’a rien de sorcier, mais chaque mission nous apporte des enseignements utiles pour les projets suivants. On peut citer en exemple la manière la plus esthétique d’immerger des échangeurs de chaleur dans un étang ou le recours au soudage par électrofusion pour éviter les fuites », explique Jan Denayer. « Pour chaque projet, nous concevons une configuration optimale de l’échangeur de chaleur pour obtenir un flux thermique maximal le long des plaques. »
« Dans l’étude de faisabilité du domaine récréatif à Lille, nous avions examiné la possibilité d’utiliser la riothermie. Nous avons finalement conclu que cette option n’était pas pertinente pour une installation à petite échelle, car elle nécessite la surveillance d’un grand nombre de paramètres dans la pratique. »
Par: Koen Mortelmans

















