FÉDÉRATION  
Install Magazine 1004 – septembre 2025

Plus de pragmatisme s’impose pour le gaz vert

La Renewable Gas Conference examine la faisabilité des objectifs de 2030

Organisée début juillet à Bruxelles, la Renewable Gas Conference est une initiative d’Eurogas, l’association européenne du secteur gazier. Elle avait pour thème ‘From ambition to action: delivering on the EU’s 2030 targets for renewable gases’. Diverses parties prenantes ont examiné les ambitions de l’UE. La demande d’une approche plus pragmatique était le fil rouge des débats. La méthode actuelle de l’UE, qui consiste à formuler des objectifs ambitieux tout en imposant une multitude de réglementations irréalisables, ne produira pas les résultats escomptés.

Le besoin de scénarios crédibles et réalistes

Le premier semestre de 2025 a déjà apporté son lot de changements. L’UE maintient son engagement en faveur de la transition énergétique mais le paysage géopolitique a changé. Il ne reste plus grand-chose des anciennes certitudes. Des aspects comme la sécurité d’approvisionnement, l’autonomie et surtout l’accessibilité financière ont soudainement pris plus d’importance. Comme l’a déclaré Cristiano Signoretto, président d’Eurogas : « Si nous voulons maintenir la transition énergétique, nous devons nous baser sur des scénarios crédibles et raisonnables », et il en voyait trop peu. Les perspectives de l’UE tablent sur une forte baisse de la consommation de gaz dans les années à venir, mais rien ne laisse présager une telle évolution. Au contraire, si nous voulons à nouveau développer notre industrie, notamment dans le domaine de la défense, la demande énergétique va augmenter, ce qui est difficilement conciliable avec une baisse de la consommation de gaz.

Cristiano Signoretto a identifié trois points d’attention spécifiques au développement du secteur du gaz vert. Tout d’abord, il est primordial de créer une demande stable en gaz vert. Sans utilisateurs, il ne peut y avoir de production. Deuxièmement, il convient de limiter autant que possible les restrictions au commerce international. Le secteur du gaz naturel est fortement intégré au niveau européen, sa valeur ayant été démontrée lors de la crise ukrainienne. Il doit en être de même pour le gaz vert. Enfin, et c’est peut-être le plus important, la réglementation doit être applicable. Il a évoqué les règles relatives à l’hydrogène vert, qu’il a qualifiées de fortement inspirées par l’idéologie, rendant pratiquement impossible l’élaboration d’un business case dans le cadre réglementaire.

Transition énergétique ou évolution?

Dans son analyse des tendances, Roland Kuchler (entreprise de l’énergie SEFE) a également plaidé pour une approche moins dogmatique. Il trouve le terme ‘transition énergétique’ chargé de sens. Une transition implique en effet que le point d’arrivée soit déjà connu, alors qu’en réalité, la question reste ouverte. Il préfère parler d’évolution énergétique, qui reflète l’adaptation du système énergétique aux circonstances changeantes. Si on observe les tendances dans le paysage énergétique, on constate que la consommation de gaz est restée globalement stable au cours de la dernière décennie. Les émissions globales de gaz à effet de serre diminuent certes d’année en année, mais cela concerne principalement d’autres secteurs que celui du gaz. Les combustibles fossiles connaissent un regain d’intérêt à l’échelle mondiale. Par rapport à l’année dernière, les investissements dans la production sont en hausse et, de manière générale, nous nous éloignons de plus en plus des accords de Paris sur le climat.


Roland Kuchler a également plaidé en faveur de méthodes alternatives pour réduire les émissions, comme le captage et le stockage de carbone (Carbon Capture and Storage – CCS). Plusieurs projets sont en cours dans ce domaine, et le potentiel semble important en Europe. La question est donc de savoir si la combinaison du gaz et du CCS constitue une étape intermédiaire ou une solution définitive pour une industrie neutre en carbone.

Soutien limité au sein de l’industrie

Les différents panels et débats avec des représentants de l’industrie ont révélé que le soutien à la prise en charge des coûts du verdissement est pratiquement inexistant dans le secteur. Les associations des secteurs de l’acier et des engrais ont fait valoir que l’industrie européenne est déjà mise à rude épreuve, notamment en raison des prix élevés de l’énergie en Europe. Si des coûts supplémentaires liés à la décarbonation viennent s’y ajouter, cela ne fera qu’entraîner une perte de marchés d’exportation et une désindustrialisation accélérée. Si une grande partie de la chaîne de valeur se trouve hors Europe, il sera difficile de développer notre propre technologie verte. Selon les panels, il faut abandonner l’approche actuelle de l’UE qui consiste à identifier un problème, à fixer une série d’objectifs, puis à considérer que l’affaire est réglée. Nous devons au contraire faire des efforts concrets pour lever les nombreux obstacles et réglementations qui entravent actuellement le développement du gaz vert. De plus, une condition préalable fondamentale n’est pas encore remplie. L’ensemble du secteur du gaz vert, en premier lieu l’hydrogène, repose sur la promesse d’une électricité verte abondante et abordable. Dans la pratique, c’est encore peu le cas.

Une approche européenne pour le biométhane

Pour le biométhane, une approche à l’échelle européenne est préconisée. Plusieurs pays ont certes pris des mesures pour soutenir le biométhane, mais celles-ci sont très fragmentées. Il en résulte que certains pays disposent d’un secteur bien développé, tandis que la production de biométhane ailleurs en est encore à ses balbutiements. Le potentiel du biométhane pour rendre divers processus plus écologiques n’est pas suffisamment pris en compte. Une approche européenne est nécessaire pour exploiter ce potentiel. Le biométhane est encore trop souvent perçu comme un moyen de redynamiser l’économie locale. Cela s’explique également par les liens étroits entre la production de biométhane et l’agriculture. Cette approche présente certes des avantages, mais elle laisse des opportunités inexploitées. En fixant des objectifs d’utilisation du biométhane, par exemple pour son incorporation dans le réseau de gaz naturel, tout en ouvrant les frontières aux producteurs de l’UE, on peut donner un élan considérable au secteur. La concurrence accrue va améliorer l’efficience et accélérer la diffusion des technologies innovantes, ce qui entraînera à son tour une baisse des prix. Bien entendu, des mesures de protection doivent être mises en place pour éviter que les nouveaux venus ne soient évincés. Cependant, il ne peut être question que les acheteurs de biométhane soient condamnés à dépendre uniquement d’une poignée de producteurs locaux.


Malgré toutes ces critiques, le ton général est optimiste. Le potentiel de gaz vert existe, il s’agit maintenant de mettre en place les structures adéquates pour l’exploiter pleinement.

Par : Alex Baumans

Photos: Eurogas

www.eurogas.org