FÉDÉRATION
Install Magazine 1002 – février 2025
Le marché du chauffage stagne
Climafed en appelle à une politique clairvoyante
Les chiffres de Climafed (anciennement ATTB) ne mentent pas. La marché des systèmes de chauffage est clairement au point mort. Le net recul de 2023 a certes été stoppé, mais la reprise se fait également attendre. Le marché s’est stabilisé sur le faible niveau de 2023 ; et rien n’indique qu’une amélioration rapide de la situation se profile à court terme. Cela signifie également que les objectifs climatiques s’éloignent plus que jamais, notamment parce que les consommateurs se tournent surtout vers des solutions traditionnelles. Climafed invite dès lors les politiques à donner les impulsions nécessaires pour accélérer la transition énergétique.
Il s’agissait en outre cette année de la dernière présentation avec Emile Vanden Bosch en tant que secrétaire de Climafed. Après 65 ans d’activité dans le secteur à différents postes, il a passé le flambeau à Hans Van Der Perre, qui s’occupera désormais du soutien à l’association.
Un marché conservateur
Climafed, l’association des fournisseurs de matériel HAVC, présente comme chaque année les chiffres du marché. En 2024, les résultats furent moins négatifs que l’année précédente, marquée par une baisse sans précédent. Le marché s’est stabilisé, mais nous nous situons encore largement en dessous du niveau des années passées.
Il s’est en outre produit un glissement favorable aux énergies fossiles. Le premier semestre de 2023 avait vu les pompes à chaleur progresser fortement, avant qu’elles n’enregistrent un recul par la suite ; et la chute des ventes s’est poursuivie en 2024. Tous les types de PAC ont été touchés (-40%, de 50.500 unités à 30.500), mais la plus forte baisse concerne les appareils monoblocs. Même les chauffe-eau thermodynamiques ont enregistré des résultats décevants (baisse de plus de 50%, de 37.700 à 16.000 unités), alors que ce type d’appareils se révèle d’une installation aisée et bénéficie d’un retour sur investissement très court.
Les chaudières ont par ailleurs connu une reprise, aussi bien les modèles au sol que les versions murales d’ailleurs (+99%, de 152.000 à 165.000). La plus forte augmentation est toutefois à mettre à l’actif des chaudières à mazout (+25%). L’importance du mazout a diminué d’année en année, ce qui contribue à limiter les chiffres absolus (de 9.800 unités à 12.000 en 2024). Cette augmentation est liée aux mesures annoncées par le gouvernement wallon visant à interdire progressivement l’utilisation du mazout. Apparemment, les consommateurs ne croient guère aux alternatives et préfèrent installer une solution traditionnelle tant qu’ils le peuvent. Les motivations économiques jouent effectivement également un rôle : le mazout est bon marché, et le remplacement d’une chaudière est souvent plus facile et moins coûteux que l’installation d’une pompe à chaleur.
Inverser cette image négative
En général, on peut dire que les considérations économiques l’emportent sur les considérations écologiques. La situation dans la construction n’est globalement guère réjouissante. En construction neuve, la PAC représente un choix pratique et pertinent, mais le nombre de constructions neuves diminue d’année en année. La rénovation souffre également. Le taux de rénovation a diminué d’environ 0,5%, alors qu’il devrait être d’au moins 3% pour atteindre les objectifs climatiques. De plus, en 2024, les pluies persistantes ont causé de grands retards dans de nombreux projets de construction, ce qui a des répercussions sur les ventes de systèmes HVAC.
Climafed déplore également que le gouvernement ne donne pas de signal clair en ce qui concerne la transition énergétique. Par exemple, le débat sur la réduction du taux de TVA pour les pompes à chaleur n’a pas été favorable au secteur. la réglementation a finalement été prolongée jusqu’à la fin du mois de juin, mais le message reste le même : les pompes à chaleur sont de plus en plus chères. L’agitation de la fin de l’année autour de l’impact environnemental global d’une pompe à chaleur a également donné une image négative. Climafed a immédiatement réagi afin de rétablir les faits, mais le doute s’est à nouveau installé. De fait, en atténuant ou en reportant les engagements, les consommateurs ont été amenés à croire que cela n’était pas si urgent que cela. Cependant, le calendrier de la transition énergétique se poursuit, tandis que le déploiement de systèmes durables diminue.
La nécessité d’une vision
Climafed insiste sur la nécessité d’une politique axée sur l’avenir. Les décisions d’achat sont la plupart du temps motivées par une vision à court terme, avec la situation économique actuelle comme base de l’évaluation du temps de retour sur investissement.
Toutefois, il s’agit de convaincre les ménages de l’importance d’un système de chauffage durable. Quiconque installe aujourd’hui une chaudière à mazout -par exemple- peut supposer qu’elle devra être remplacée avant la fin de sa durée de vie. Et même si on devait la conserver, cela ferait baisser la valeur du bien immobilier, car il faudrait la rénover en cas de vente. Recourir à des technologies éprouvées permet d’économiser de l’argent dans un premier temps, mais cela pèse sur le prix de vente à long terme. Une installation à l’épreuve du temps protège la valeur du patrimoine. Climafed contribue à la sensibilisation et demande au gouvernement d’élaborer une feuille de route pour aider les familles à moderniser le parc immobilier.
Fournir de l’information pertinente est essentiel dans ce contexte. Le cas d’une étude sur l’effet environnemental global d’une PAC a déjà été cité l’an passé. L’impact de la taxe carbone dans le cadre de l’ETS2 a également fait l’objet d’une large communication. Il ne fait aucun doute que son introduction rendra les combustibles fossiles plus chers. Il est toutefois inutile de verser dans l’alarmisme avec des scénarios catastrophes hypothétiques. Climafed se définit volontiers comme un vérificateur de faits dont le but est dissiper les mythes afin que les décisions puissent être prises sur la base de faits.
Cela nous renvoie à un vieux problème: les prix de l’énergie, ou plus précisément, le rapport entre le prix du gaz et celui de l’électricité. C’est là que les pouvoirs publics peuvent peser de tout leur poids pour rendre le chauffage des bâtiments plus durable. L’expérience acquise à l’étranger le prouve suffisamment. Reste désormais à lui emboîter le pas.
Par Alex Baumans











