CHAUFFAGE  
Install Magazine 1001 – novembre 2024

La qualité de l’eau mérite plus d’attention

Plus l’efficacité des installations de chauffage augmente, plus les conditions-cadres deviennent également strictes. Certains aspects qui étaient autrefois ignorés, revêtent aujourd’hui une importance capitale. La qualité de l’eau en est un. Elle est a longtemps été négligée, surtout dans les installations résidentielles. Une bonne qualité de l’eau représente toutefois une nécessité absolue pour le bon fonctionnement d’une installation moderne. Afin d’évoquer cette problématique, Install Magazine a réuni autour de la table Yves Desplenter (Fernox), Yves De Meuter (Vaillant) et Dirk Peytier (entreprise d’installation Peytier) pour un podcast. Voici quelques conclusions de cet entretien.

Nécessité d’une prise de conscience

Le fait que les trois participants représentent diverses composantes du secteur est révélateur. La qualité de l’eau n’est pas un problème de niche ; elle concerne tout le monde. L’actuelle génération d’appareils de chauffage (avant tout les pompes chaleur, mais également les chaudières) fonctionne de manière très efficace, à condition que toutes les conditions-cadres soient remplies. Si ce n’est pas le cas, cela entraîne des pertes de rendement et parfois des dysfonctionnements. Le fabricant de l’appareil de chauffage est alors souvent blâmé, car c’est son appareil qui est tombé en panne. Les véritables causes se situent toutefois ailleurs.

Le problème de la qualité de l’eau a en fait toujours existé, mais il est resté longtemps dans l’ombre. À l’époque des chaudières surdimensionnées et du mazout bon marché, une petite perte d’efficacité n’avait guère d’importance. Les puissances élevées permettaient d’avoir toujours chaud, et personne ne s’inquiétait des coûts de chauffage. Une pompe à chaleur dimensionnée avec précision possède cependant moins de réserve. Le volume d’eau est en outre 3 à 6 fois inférieur que dans une chaudière classique. Un peu de boue ou de dépôt de calcaire peut dès lors se révéler rapidement fatal. Les pompes ont connu une évolution similaire. Les circulateurs modernes affichent certes un rendement plus élevé, mais ils produisent également un champ magnétique puissant. Ils sont dès lors plus sensibles à la présence de magnétite dans les conduites.

Cette magnétite est un produit de corrosion. Les processus de corrosion sont une conséquence directe de la mauvaise qualité de l’eau, et plus précisément d’une eau affichant un taux d’acidité inadapté et/ou trop d’oxygène dissous. Celle-ci attaquera alors directement certains composants, et la magnétite qui en résulte pourra causer des dégâts dans toute l’installation.

Les nouveaux développements entraînent également de nouveaux dangers. Si les températures d’eau inférieures accroissent le rendement d’une pompe à chaleur, elles augmentent dans le même temps le risque de prolifération bactérienne. Cette dernière entraîne la formation de boue qui, à son tour, cause également des engorgements.

Surveiller l’eau de remplissage

Le manque d’attention porté à la qualité de l’eau a conduit à un certain nombre de mauvaises habitudes, notamment en matière de gestion de la qualité de l’eau de remplissage. « Toutefois, la règle empirique « plus c’est noir, mieux c’est » ne s’applique pas à l’eau de l’installation », explique Yves De Meuter. De par son expérience pratique, Dirk Peytier cite également quelques exemples de remplissage irréfléchi. Afin de réaliser des travaux de peinture, un radiateur doit être démonté. Ensuite, l’installation est à nouveau remplie, sans que personne ne se soucie de l’impact de ce remplissage sur la qualité de l’eau. Dans ce cas, il s’agit encore d’eau potable, mais pour économiser de l’argent, on utilise parfois d’autres types d’eau, comme de l’eau de pluie, des eaux d’exhaure ou même de l’eau de ruisseau. À la question de savoir s’il faut de préférence utiliser de l’eau déminéralisée comme eau de remplissage, Yves Desplenter répond de manière nuancée. « L’eau déminéralisée n’a de sens que dans les nouvelles installations, lorsque tout est encore pur. Dans une installation existante, il importe d’éliminer d’abord toute la saleté. »

Nécessité d’un suivi

Les effets d’une mauvaise qualité de l’eau ne se manifestent que progressivement. Il y a, comme on l’a dit, des pertes de rendement. Peu à peu, des petits dysfonctionnements vont apparaître, jusqu’à ce que quelque chose finisse par tomber en panne. Il est donc important de contrôler régulièrement la qualité de l’eau, de façon à pouvoir intervenir avant qu’il ne soit trop tard. Dans ce contexte, tant Yves De Meuter que Dirk Peytier plaident pour une obligation d’entretien pour les pompes à chaleur. Ou comme Yves De Meuter l’exprime: « Vous entretenez bien votre voiture ; or, sur une année, une pompe à chaleur tourne beaucoup plus d’heures qu’une voiture. » Actuellement, il existe des réglementations détaillées pour l’installation et l’entretien des chaudières, mais rien n’est réglementé pour les pompes à chaleur. Il conviendrait donc d’élaborer une réglementation similaire pour les pompes à chaleur. Idéalement, celle-ci devrait comprendre un contrôle de la qualité de l’eau.

Techniquement, le contrôle de la qualité de l’eau requiert peu d’effort. Fernox possède des bandelettes de test qui permettent d’évaluer rapidement la qualité de l’eau de remplissage. «Lorsqu’on nettoie un séparateur de boues, les effluents sont tout simplement éliminés aujourd’hui », ajoute Yves Desplenter. « Il serait plus sensé de profiter de l’occasion pour effectuer une analyse rapide de la qualité de l’eau. »

Utiliser les connaissances disponibles

S’il y a bien une chose que tout le monde autour de la table veut bien faire comprendre à l’installateur, c’est qu’il doit prendre conscience du problème. De nombreuses connaissances sont disponibles en la matière. Il y a tout d’abord les prescriptions de montage et d’utilisation des fabricants. Des organisations comme Buildwise ou Techlink ont également rédigé des documents qui reprennent les causes et solutions. Last but not least, il existe des spécialistes de la qualité de l’eau comme Fernox qui possèdent près de 60 ans d’expérience en la matière. Des solutions existent. Il convient dès lors de découvrir les problèmes à temps et d’appliquer ensuite le bon remède. L’enjeu principal est la sensibilisation à la qualité de l’eau. La transition énergétique est en effet également une transition des connaissances.

Par Alex Baumans

Photos: Fernox

www.fernox-nl.be