SANITAIRE  
Install Magazine 1001 – novembre 2024

Dégâts dus à des ruptures de canalisation

La plupart des sinistres peuvent être évités

Les fuites dans les conduites d’eau potable peuvent entraîner de nombreux dégâts. VdS, le centre d’expertise allemand sur la sécurité et la prévention, organise tous les deux ans une journée d’étude à ce sujet, afin de mieux répertorier les causes et conséquences. Si les conclusions concernent bien entendu la situation en Allemagne, un certain nombre d’entre elles sont également pertinentes pour la Belgique. De fait, pour une conduite qui fuit, les frontières n’ont que peu d’impact.

Un problème sous-estimé

Les dommages dus aux fuites d’eau potable passent généralement sous le radar. Des données issues des assurances, il ressort toutefois qu’en Allemagne, il s’agit de la cause la plus importante de dommages dans les bâtiments (49% de tous les dossiers de dégâts). On y porte toutefois moins d’attention qu’aux dommages causés par les incendies et les catastrophes naturelles. Ceux-ci se produisent moins souvent, mais le montant des dégâts est à chaque fois plus important, et il s’agit naturellement également d’événements plus spectaculaires. L’impact des fuites de conduites d’eau potable ne doit toutefois pas être sous-estimé. En 2023, les dommages de ce type se sont en effet élevés à 6,7 milliards d’euros en Allemagne. Et pourtant, l’an passé, l’hiver fut encore assez doux, avec relativement peu de canalisations et d’armatures endommagées par le gel. Pour le premier semestre, le compteur affiche déjà 562.000 cas de dégâts. Et le montant annuel moyen des dommages ne cesse d’augmenter.

Il s’agit d’un fait marquant, car en principe, les fuites dans les systèmes d’eau potable peuvent être évitées à 100%. Une installation qui est bien conçue, bien exécutée et utilisée comme il se doit, ne doit en principe jamais fuir, du moins pas durant la durée de vie estimée des composants. Où se situe dès lors le problème ?

Un facteur de risque : l’installateur

L’ IfS de Kiel a essayé d’apporter une réponse à cette question. Ce centre d’expertise destiné aux experts allemands en assurance, a pour mission de déterminer les causes des sinistres. L’institut conserve des analyses détaillées des sinistres qui lui ont été soumis. Point préalable important : leur banque de données n’est pas représentative à100% des sinistres globaux. Elle concerne en effet des cas litigieux pour lesquels un expert a dû intervenir pour établir une responsabilité. De nombreux cas standards sont en effet réglés sans intermédiaire.

La bonne nouvelle est que les défauts liés aux produits et aux matériaux sont extrêmement rares. Les produits défectueux ne représentent que 9% des cas. Les rappels de produit dus à des défauts de fabrication sont donc également très rares dans le secteur sanitaire. Et lorsque la cause est attribuable à un produit défectueux, il s’agit alors surtout de matériel non agréé qui est vendu via des canaux parallèles. Certains de ces composants n’ont rien à faire dans une installation d’eau potable, comme des accessoires en zinc massif. Le recours à du matériel conforme permet de garantir la sécurité, pour autant que celui-ci soit correctement placé.

Mais c’est justement là que les choses se gâtent souvent. Pas moins de 38% des dommages examinés sont causés par des erreurs de montage. Il peut s’agir d’erreurs de montage évidentes, comme des canalisations qui ont été percées ou sciées par mégarde. On retrouve également des raccords mal ou non sertis dans les statistiques, malgré toutes les précautions des fabricants. Un constat éloquent: dans de nombreux cas, il s’agit d’erreurs qui sont explicitement mentionnées dans le manuel de montage. Par exemple, des boilers électriques de cuisine destinées à une utilisation sans pression qui sont mal raccordés, et qui sont dès lors quand même mis sous pression. Les monteurs ont aussi parfois recours à la force brute, ce qui a pour effet d’endommager les raccords filetés ou les joints d’étanchéité.

À l’institut IfS, on utilise expressément le terme ‘monteur’ de façon assez neutre : il s’agit habituellement de la personne qui a monté le composant en question. Il n’est pas toujours possible de savoir de qui il s’agit exactement, notamment parce que les cas examinés sont des litiges liés à l’assurance. Les parties impliquées restent en outre souvent assez discrètes sur le sujet. Il est en tout cas établi que le montage a été effectué avec des compétences limitées. Il ressort des données de l’IfS qu’en termes d’erreurs, on distingue peu de différences entre les occupants et les professionnels, ce qui nous amène à nous demander dans quelle mesure il s’agissait réellement de ‘professionnels ‘. Quelle que soit la qualité d’un produit, elle ne pourra jamais compenser les lacunes d’un monteur. Le message est dès lors très clair : la pose d’une conduite d’eau potable doit être effectuée avec professionnalisme. Il serait donc préférable que seuls de véritables professionnels puissent travailler sur l’installation.

Quand la cause du dommage est l’utilisation

Le mauvais usage est une cause proche de la précédente. Cela représente environ 30% des cas examinés. Les robinets de façade antigel qui gèlent quand même représentent un exemple classique. Lorsque cela se produit, c’est qu’il y a eu une erreur dans l’utilisation, par exemple un tuyau d’arrosage qui est resté sur le robinet, empêchant le système d’aération de fonctionner. Une fois de plus, la conclusion est qu’il est possible d’éviter de nombreux problèmes en lisant le manuel d’instructions. Les méthodes de nettoyage à l’aide de détergents inadaptés font également partie de cette catégorie.

On emploie également parfois des matériaux dans des applications pour lesquelles ceux-ci ne sont pas adaptés. Les possibilités offertes par les flexibles munis d’une gaine en acier inoxydable stimulent clairement la créativité. Ces flexibles de raccordement ont toutefois leurs limites, et surtout, ils ont une durée de vie limitée. Conserver les flexibles originaux en cas de remplacement d’un vieux robinet est source de problèmes.

La sensibilisation est donc nécessaire. L’utilisateur doit savoir comment se servir de l’installation et comment l’entretenir correctement. Cela suppose qu’il prête attention à l’installation et qu’il remarque à temps l’usure, par exemple.

Des compteurs intelligents comme solution

Une des raisons pour lesquelles les fuites peuvent causer de grands dégâts tient dans le fait qu’il faut en général attendre que toute l’eau soit évacuée avant que le problème ne soit visible. Et à ce moment-là, il est souvent déjà trop tard. Ce phénomène joue plus en Allemagne, où l’on donne la préférence aux conduites encastrées, ce qui rend la détection des fuites plus compliquée. On a toutefois entretemps développé des appareils intelligents qui sont montés sur le compteur et qui peuvent détecter à temps les habitudes de consommation suspectes. Fruit de la collaboration entre le fabricant Beulco et la compagnie d’assurances Provinzial Versicherung, un projet pilote a été mis sur pied dans plusieurs administrations publiques allemandes. Dans ce cadre, des compteurs intelligents ont été raccordés aux compteurs d’eau. Ces appareils n’avaient qu’une fonction de mesure ; et aucune autre robinetterie spécifique ou vanne n’y étaient raccordés. Cela signifiait également que les travaux d’installation étaient limités et que le système pouvait être déployé à grande échelle.

La principale constatation est que la question des fuites d’eau n’est pratiquement pas abordée par les gestionnaires de bâtiments. D ans un des cas, le concierge a même dû chercher un moment avant de trouver les compteurs d’eau. Et souvent, ce même gestionnaire était tout surpris de découvrir quelles étaient les points de puisage raccordés à tel ou tel compteur. En suivant de près la consommation, un certain nombre de fuites chroniques furent toutefois détectées. Exemple classique : les espaces sanitaires peu utilisés. Prenons, là, le cas d’un robinet à flotteur qui commence à fuir. Sans surveillance de la consommation, cela peut prendre pas mal de temps avant que quelqu’un ne s’en préoccupe. Dans un cas particulier, le mur était déjà très humide, mais personne n’avait remarqué quoi que ce soit. Une fois le projet terminé, les participants étaient globalement satisfaits de l’installation des compteurs et se sentaient mieux protégés contre d’éventuels dommages.

Une des conclusions principales est qu’un suivi est indispensable : se contenter d’installer des compteurs et ensuite espérer que les utilisateurs pourront se débrouiller, ne rime pas à grand-chose. C’est ce qui est ressorti de l’enquête ultérieure : plus l’utilisateur accorde de l’attention au système (consultation des valeurs, réglage des valeurs de consignes, mises à jour du logiciel), plus élevé est le taux de satisfaction.

Des niveaux d’alarme correctement réglés : voilà un facteur crucial dans l’utilisation efficace d’un système de surveillance : un niveau d’alarme réglé trop pointu entraîne trop de fausses alarmes, ce qui poussera les utilisateurs à désactiver le système de monitoring. Dans le cas inverse, les interventions interviendront trop tard. De tels aspects doivent donc être abordés préalablement entre l’utilisateur et le fournisseur de l’appareil.

Vouloir, c’est pouvoir

Si il y a bien une chose à retenir de la journée d’étude, c’est que la clé réside dans la prise de conscience. À partir de là, tous les sinistres peuvent être évités. Il importe d’opter pour des produits fiables, installés par des professionnels, et ensuite utilisés et entretenus correctement. Dans le cas d’installations plus importantes, il existe des système de surveillance capables de détecter précocement les anomalies. Il également capital de convaincre les utilisateurs de faire appel à des professionnels et d’appliquer efficacement les solutions techniques disponibles.

Par Alex Baumans

www.vds.de/bildungszentrum