ÉVÉNEMENTS
Install Magazine 999 – septembre 2024
Du gaz vert dans le paysage énergétique de demain
Congrès d’Eurogas
Tout le monde s’accorde à dire que l’électrification est la méthode la plus efficace pour rendre notre économie carboneutre. Une électrification complète n’est toutefois pas réalisable dans la pratique : ce constat fait également l’unanimité. Notre futur approvisionnement énergétique se composera donc d’un mélange d’électricité verte et de molécules vertes. En ce qui concerne ces dernières, il s’agit surtout de gaz vert. Les avis divergent par contre sur le type de gaz et sur la manière dont il sera utilisé. Un congrès d’Eurogas, l’association du secteur gazier européen, a tenté d’apporter plus de clarté à ce sujet.
Le fromage de la transition énergétique
La Renewable Gas Conference d’Eurogas a réuni des experts du secteur de l’énergie et des représentants de la Commission européenne. La question centrale fut la suivante : quelles seront les applications du gaz vert dans une économie carboneutre. Le rôle du gaz vert étant cependant extrêmement complexe, nous nous limiterons ici à un certain nombre de points clés.
Le besoin de gaz vert est double: tout d’abord, certaines applications, comme l’aviation ou la navigation, peuvent difficilement être électrifiées. Un certain type de combustible vert représente une bonne solution pour décarboner ces domaines. Ensuite, le gaz vert permet de garantir une certaine stabilité dans l’approvisionnement énergétique. L’énergie solaire et l’énergie éolienne sont sujettes à des pics et des chutes de production importants. Au fur et à mesure que la capacité du solaire et de l’éolien augmente, l’offre excédentaire grimpe de façon exponentielle lors des pics. Le stockage à court terme et la régulation de la demande ne peuvent dans ce cas qu’apporter une réponse partielle à ce problème. Produire du gaz vert -et avant tout de l’hydrogène- permet de stocker cette surproduction à long terme et ensuite de l’utiliser pour compenser les chutes.
En tant que représentant du secteur de l’électrolyse, Jens Wulff compare cela avec du laitage. L’électricité verte est comme le lait : à certains moments, elle est disponible en abondance tout en étant difficilement conservable. L’hydrogène vert est par contre comme le fromage : une densité énergétique beaucoup plus grande et une durée de conservation nettement supérieure. Tout comme nos ancêtres ont commencé à fabriquer du fromage pour passer l’hiver, nous avons besoin d’hydrogène pour le stockage saisonnier de l’énergie verte.
Les applications du gaz peuvent également nous permettre d’éviter toute congestion du réseau. Aux Pays-Bas, où la congestion est un problème aigu, il existe des entreprises qui passent au gaz lors des crêtes de production, afin d’éviter la congestion du réseau. Aujourd’hui, ces entreprises utilisent encore le gaz naturel à cette fin, mais le remplacer par du gaz vert leur permettrait d’avoir des réseaux plus stables, sans émissions fossiles supplémentaires.
Mettre à profit le potentiel du biométhane
L’hydrogène vert a beau être au centre de l’attention, le secteur du biométhane a quand même lancé un appel pour exploiter le potentiel de ce gaz. Le biométhane possède un certain nombre d’avantages : il s’agit d’une forme de captation de carbone, dans la mesure il est créé sur base du CO2 qui est déjà présent dans l’air. Il s’agit en outre d’un sous-produit de processus et d’activités indispensables, tels que le traitement de l’eau et l’agriculture. Dans les zones rurales, la production de biométhane peut améliorer la viabilité des communautés locales, dans la mesure où celles-ci disposent de leur propre source d’énergie verte. Actuellement, l’utilisation du biométhane est très inégale dans l’UE : certains pays misent pleinement sur gaz, tandis que dans d’autres pays, cette solution décolle à peine. Dans le cadre du REpowerEU, l’UE a établi des valeurs-cibles pour le biométhane. L’industrie espère que ces objectifs permettront d’exploiter pleinement le potentiel du biométhane.
Par Alex Baumans









