BATHROOM EXPERIENCE
Install Magazine – août 2026
Les nombreuses facettes de la robinetterie
La robinetterie a évolué ces dernières années, passant du statut d’élément fonctionnel à l’inévitable finition chromée à celui d’une des composantes design les plus importantes de la salle de bains. Les innombrables possibilités en termes de formes et de couleurs reflètent une grande variété de goûts et de personnalités. Et avec de nouvelles douches et de nouveaux robinets, une salle de bains existante se refait un nouveau look en un clin d’œil. Les fabricants continuent entretemps à lancer de nouveaux designs, tout en opérant des choix importants en matière de durabilité.
La couleur comme première préoccupation
Dans le passé, les consommateurs étaient surtout attentifs à la forme du robinet, qui était ronde ou carrée, alors qu’aujourd’hui, les maîtres d’ouvrage et les utilisateurs ont surtout une couleur spécifique à l’esprit lorsqu’ils choisissent une robinetterie. Les couleurs naturelles et les teintes métallisées douces, telles que or champagne, rosé, bronze ou laiton patiné, sont à ce titre de plus en plus populaires ; les versions or vif ou de couleurs plus prononcées et saturées perdent généralement de leur intérêt. Même dans la quête de caractère et de personnalité, la crainte qu’une couleur frappante devienne ennuyeuse avec le temps n’est jamais loin du Belge plutôt conservateur, et l’intemporalité reste par conséquent un critère central pour pratiquement tous les aspects de la salle de bains. La robinetterie noire reste dans cette optique, et sans surprise, un incontournable, bien que des options de plus en plus variées et une sensibilisation croissante à la facilité d’entretien entraînent le déclin de la prédominance de ces dernières années.
On note une évolution équivalente dans le choix des matériaux. Bien que de nouveaux coloris soient introduits chaque année, tant en matière de robinetterie laquée que de robinets PVD, le marché s’oriente de plus en plus vers cette dernière solution. La durabilité, la résistance aux rayures et le profondeur des couleurs que permettent le procédé de ‘physical vapor deposition’, sont ici déterminantes. Il faudra certes attendre encore un peu pour voir apparaître un robinet PVD totalement noir, mais de nombreux fabricants y travaillent et, année après année, de nouvelles versions de plus en plus sombres, en ‘gun metal’ ou en anthracite, sont lancées sur le marché. En d’autres termes, il semble que ce ne soit plus qu’une question de temps avant que la production n’acquière la stabilité suffisante pour que des robinets PVD noirs soient également mis sur le marché à des prix raisonnables.
Le design recherche les extrêmes
Le fait que la couleur soit la première préoccupation ne signifie pas que personne ne soit attentif au design du robinet. À l’occasion du Salone Internazionale del Bagno 2024 de Milan, on a par ex. remarqué que certains fabricants repoussaient les limites. Dans le haut de gamme, cela se traduit par des robinets imprimés en 3D entièrement personnalisables ; dans la gamme plus commerciale, il s’agit de robinets de lavabo ultrafins, ronds et parfois hauts, d’un côté, ou simplement de modèles carrés très robustes, de l’autre. Les différents robinetiers associent ensuite également un corps cylindrique à un bec presque plat et horizontal.
Les robinets minces et ronds sont généralement les plus appréciés des consommateurs. Et bien que la plupart des fabricants ne dépassent pas, en terme de finesse, ce qu’une cartouche de 28 mm disponible dans le commerce autorise, il y en a certains, ici et là, qui s’aventurent dans un travail sur mesure plus fin. Une question centrale est ici celle de l’impact de la saleté et du dépôt de calcaire sur l’utilisation, l’entretien et la durée de vie du robinet.
Comme si la large gamme de couleurs et de designs n’offrait pas suffisamment de possibilités d’individualisation de la salle de bains par le biais de la robinetterie, des efforts sont également déployés dans les segments légèrement supérieurs pour offrir une personnalisation supplémentaire.
Chez certains fabricants et dans le cas de certains modèles de robinets, le client a par exemple la possibilité d’ajouter une texture – stries, rainures, creux, etc. – à un bouton, une poignée ou un autre détail ; dans d’autres cas, les tablettes, les plaques de recouvrement, les poignées ou tout autre insert peuvent même être réalisés dans un matériau différent. Pensons au verre, au bois, à la pierre naturelle ou à des matériaux composites, avec un large éventail de designs, issus d’une offre étendue ou directement fourni par le client. Une option intéressante pour le marché des projets commerciaux et plutôt luxueux, tels que les hôtels ou les restaurants étoilés, consiste par ailleurs à faire graver un nom ou un logo sur les robinets.
Économies d’eau et d’énergie: la nouvelle norme
L’économie d’eau est déjà à l’agenda du secteur sanitaire depuis un certain temps, mais sous l’influence de la récente crise énergétique et de la problématique croissante de la sécheresse, la prise de conscience du grand public est également en nette progression ces dernières années. Les développements visant à économiser l’eau et l’énergie ont donc pris de l’ampleur. Les technologies ne sont, en soi, pas nouvelles, mais sont désormais bien plus utilisées. Presque chaque robinet ou douche est par exemple aujourd’hui équipé d’un limiteur de débit et d’un aérateur, établissant ainsi lentement une nouvelle norme à 9l/min pour les douchettes et de 5l/min pour les robinets de lavabo. Certains robinets de lavabo sont même limités à 4l/min, ou dans le secteur public à 1,9 l/min, sans toutefois nuire au confort. Le débit inférieur garantit avant tout une diminution de la consommation d’eau – à condition du moins que le robinet ne reste pas ouvert plus longtemps en conséquence, d’où l’importance d’un confort optimal-, mais il contribue également à limiter la consommation d’énergie dans le cas d’une demande d’eau chaude. Une autre technique qui est devenue presque standard de ce point de vue est le démarrage à froid des robinets de lavabo. Alors qu’autrefois il fallait que le levier d’un mitigeur soit totalement écarté pour obtenir de l’eau froide, les robinets de lavabo sont aujourd’hui conçus de manière à ce que cette fonction soit déjà assurée en position neutre, généralement centrale. On retrouve cette fonction aussi bien sur les robinets classiques que sur les robinetteries murales et les robinets munis d’un levier placé sur le corps. En partant du constat que les utilisateurs positionnent intuitivement le robinet au milieu, y compris pour des tâches quotidiennes simples comme le brossage des dents ou le lavage des mains, la technologie du démarrage à froid fait en sorte que la production d’eau chaude ne soit pas inutilement activée à ces moments-là. En d’autres termes, l’énergie n’est consommée que lorsque l’utilisateur choisit consciemment de demander de l’eau chaude. Associée à un débit plus faible, cette fonction permet de réaliser d’importantes économies.
Commande aisée
En termes de fonctionnement, la technologie de démarrage à froid n’est pas la seule à avoir gagné en importance ces dernières années. Sous l’influence de la crise du coronavirus, les robinets de lavabo électroniques se sont imposés depuis longtemps dans le secteur public, mais on remarque également que certains particuliers commencent à réfléchir à l’utilité d’une robinetterie électronique en raison de la prise de conscience croissante de la nécessité d’économiser l’eau. Si les robinets classiques demeurent la norme, la robinetterie de lavabo électronique prend tout son sens pour ceux qui laissent le robinet couler pendant qu’ils se lavent les mains ou les dents.
Malgré quelques tentatives effrénées, la robinetterie électronique ne s’est par contre pas encore imposée dans la douche. La valeur ajoutée est peu importante, alors que les coûts et la complexité de l’installation grimpent ! Dans la douche, la robinetterie encastrée classique bénéficie encore d’un plus grand pouvoir d’attraction, et la possibilité de placer les robinets devant la douche reste un atout intéressant. Là encore, les poignées restent le premier choix, les boutons-poussoirs et les boutons rotatifs arrivant méritoirement en deuxième position. Des solutions ont été développées au cours des dernières années afin que les boutons et les panneaux soient aussi attractifs que les autres options, mais aussi afin que- entre autres- le contrôle du débit et la commutation entre les différents types de jets et la douche de tête et la douchette soient plus fluides.
Utilisation durable des matériaux
Aujourd’hui, les technologies d’économie d’eau et d’énergie étant plus ou moins au point, et le confort d’utilisation atteignant également un niveau élevé, l’attention technique des fabricants se tourne progressivement vers l’utilisation durable des matériaux. Les normes environnementales de plus en plus sévères constituent à ce titre une impulsion importante, car elles restreignent l’utilisation de certains matériaux ; et par ailleurs, de moins en moins de sites sont encore autorisés à chromer des produits. Ce sont surtout les grandes marques de robinetteries qui cherchent des alternatives sans chrome, nickel ou plomb, telles que les matières synthétiques et/ou l’aluminium (recyclé). Les premières options sont maintenant sur le marché, mais en général, le développement de ces alternatives durables est encore en cours ; la recherche d’options appropriées en termes d’hygiène, de forme, de couleur et de finition étant les principaux moteurs et, pour l’instant également, les principaux obstacles.
Une autre manière pour les fabricants d’investir dans l’utilisation de matériaux durables, consiste à accorder une attention toute particulière à l’efficacité de la production et du design, afin d’utiliser et de gaspiller le moins de matière possible. Le recours à des matériaux purs, comme le laiton non traité et recyclable, en combinaison avec des machines CNC extrêmement précises, est une des méthodes pour y parvenir ; d’autres fabricants choisissent la voie de l’impression 3D pour éviter les excédents et résidus de matières premières. Le désavantage de l’impression 3D est que sa production se révèle jusqu’à présent encore fort onéreuse, n’offrant ainsi de solutions que pour le haut de gamme. À l’avenir, les espoirs reposent donc principalement sur les nouveaux matériaux, ou du moins sur les matériaux alternatifs.
À contrario, un design intemporel contribue également de manière importante à la lutte contre le gaspillage et la surproduction. Plus un robinet reste longtemps en service, moins il faudra consacrer de temps, d’énergie et de matière à la production d’un substitut.
Texte: Elise Noyez

























