FÉDÉRATION
Install Magazine 998 – mai 2024
De l’ATTB à Climafed
Nouveau nom et nouvelle structure pour l’association
C’est en 1973 que l’Association pour les techniques thermiques des bâtiments en Belgique (ATTB) a été créée en tant qu’association des fabricants de chaudières. À l’origine, il s’agissait d’une association sectorielle spécialisée qui s’occupait essentiellement de la collecte de données du marché relative à le vente de chaudières. L’association a ensuite progressivement intégré un nombre de plus en grand de spécialités (évacuation des gaz de fumées, installations hydrauliques, énergies renouvelables…), et son rôle à évolué vers celui d’une plateforme d’information et de représentation de l’ensemble du secteur. Dans l’intervalle, nous nous sommes pleinement engagés dans la transition énergétique. L’ATTB veut assumer sa responsabilité en la matière, ce qui nécessite également une organisation adaptée. Afin de mettre cela en évidence, l’ATTB a procédé à une réforme en profondeur pour devenir Climafed.
Des techniques aux applications
La structure originelle de l’ATTB se composait de sections qui regroupaient à chaque fois une spécialisation technique (chaudières, évacuation des gaz de fumées, appareils de mesure…). Cela avait tout son sens dans le cadre du concept de base de l’association en tant qu’observatoire du marché. Dans un monde dans lequel on pense de plus en plus en termes d’écosystèmes et de solutions globales, l’association avait besoin d’une structure adaptée. Cela allait de pair avec une compréhension plus large de l’objectif de l’association : agir en tant que représentant et porte-parole du secteur dans le but de soutenir la transition énergétique. C’est ainsi qu’est né Climafed.
Au lieu de penser en termes de techniques, Climafed est organisé en fonction d’applications et de projets spécifiques. Il y a trois grands domaines d’application : ‘Nouvelles constructions résidentielles et rénovations énergétiques majeures’, ‘Remplacements résidentiels et rénovations’ et enfin ‘Projets collectifs et non résidentiels’. Le choix de cette répartition a été induit par le fait que chaque section requérait une approche spécifique. Certaines solutions indiquées en construction neuve ne conviennent pas toujours en rénovation. Les grands projets exigent d’autres techniques que le marché résidentiel. Au sein de chaque section, on a à chaque fois recherché une approche globale, en se limitat donc pas uniquement au chauffage, mais en englobant aussi le refroidissement, la ventilation, l’hydraulique et également le service et l’assistance. Les recommandations et les prises de position de l’association se baseront également sur cette logique. On évite ainsi une approche technique unilatérale pour tendre, au contraire, vers une solution globale.
Nécessité d’une action climatique urgente
Le nouveau nom a été présenté à l’occasion d’un événement qui s’est déroulé au siège de Buildwise à Zaventem. L’invité d’honneur de la soirée était Jean-Pascal van Ypersele. Il a clairement expliqué les effets du réchauffement climatique et ce à quoi il pourrait conduire si nous n’agissons pas. Le lien entre le taux de CO2 dans l’atmosphère et les températures à la hausse est indéniable. Ces données forment également la base de l’objectif de réchauffement d’1,5°C et de neutralité carbone d’ici 2050. Cette dernière est nécessaire si l’on veut restreindre le réchauffement et en maîtriser les conséquences.
Le rôle du chauffage
Le panel d’orateurs de clôture a permis à une série de représentants du secteur (Patrick Bougard, Christophe Leroy, Patrick O, Walter Van Dael, Alain van Langeraert et Yves Vanpoucke) de débattre avec Jean-Pascale van Ypersele à propos des défis de la transition énergétique. La consommation énergétique des bâtiments joue ici un rôle crucial. Le parc immobilier belge existant est très ancien : il est donc impératif de rattraper le temps perdu. De nombreuses habitations datent encore d’avant la Seconde Guerre Mondiale. Les chiffres diffèrent selon les régions: 28% en Flandre, 53% en Wallonie et même 70% pour Bruxelles. Arriver à la neutralité carbone pour tous ces bâtiments constituera un vrai défi !
En outre, le secteur n’a pas eu beaucoup de chiffres positifs à communiquer. L’électrification est la méthode la plus indiquée pour faire baisser les émissions du chauffage des bâtiments. Autrement dit, il faut passer aux pompes à chaleur. Toutefois, la progression escomptée du marché des PAC s’est arrêtée. Ce phénomène ne se limite pas à la Belgique, mais est au contraire répandu dans toute l’Europe occidentale. Au cours des dernières années, les fabricants ont fortement investi dans l’augmentation des capacité de production afin de pouvoir répondre à l’évolution du marché à la hausse. Mais maintenant que le marché ralentit, ces nouvelles lignes de production atteignent à peine les volumes prévus.
Des choix politiques nécessaires
Climafed appelle donc à des choix politiques clairs pour la décarbonisation du secteur du chauffage, avec une date butoir pour les combustibles fossiles. Dans le même temps, il faut également trouver un meilleur équilibre entre le prix des combustibles fossiles et celui de l’électricité. Dans ce domaine, la Belgique est l’un des plus mauvais élèves européens. Il en résulte que le passage à la PAC est à peine rentable. Un glissement des taxes vers les combustibles fossiles est donc la première condition à la réussite de la transition énergétique.
Le groupe d’experts a également mentionné d’autres conditions préalables. Le processus de transition vers les énergies renouvelables doit être plus simple pour le client final ; celui-ci se perd encore trop souvent dans un labyrinthe de règlements et de systèmes de primes. Climafed s’adresse ici en premier lieu aux gestionnaires de réseaux de distribution, qui jouent aujourd’hui un rôle plutôt passif en tant que fournisseurs de primes. Ils pourraient devenir plus actifs et guider le projet de rénovation de façon à ce que le client final n’ait plus à s’en soucier. On évoque également des modes de financement alternatifs, par exemple avec des remboursements en fonction des économies d’énergie réalisées afin d’abaisser le seuil d’investissement. Il a également été suggéré de réorganiser le concept de chauffage actuel, basé sur la chaudière individuelle. Plutôt que d’essayer de remplacer chaque chaudière par une pompe à chaleur individuelle, il est peut-être plus judicieux de passer à des réseaux de chaleur, en particulier dans les milieux urbains.
Il s’agit de mesures facilement implémentables et peu coûteuses. Climafed plaide depuis des années pour une « zone basse émission pour chaudières ». Remplacer simplement les anciennes chaudières par des modèles plus récents permet d’enregistrer rapidement des gains pour un investissement minimal. Sans être la solution définitive, cela peut en effet constituer un solide pas en avant. Une possibilité d’activer le marché de la location est d’autoriser l’indexation du loyer en fonction de l’étiquette énergétique. Cette mesure a déjà été introduite à titre temporaire lors de la crise énergétique qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Une version permanente pourrait très certainement être appliquée.
Climafed attend donc les prochaines élections avec impatience et espère que les nouveaux gouvernements adopteront des politiques positives en faveur de la transition énergétique.
Par Alex Baumans
Photos: Climafed











