FÉDÉRATION
Install Magazine 995 – février 2024
Deuxième Energy Transition Congress
Transition énergétique : opportunités et obstacles
Organisation commune d’Edora, ODE et Techlink, l’Energy Transition Congress s’est déroulé au mois de décembre dernier à Bruxelles. Avec quelque deux cents participants, cette deuxième édition peut être qualifiée de succès. Cette année, le congrès s’est davantage penché sur la politique que sur les aspects techniques. Sur fond de COP28, de procès Climat et d’année électorale 2024, ce choix s’est révélé judicieux. Les différents niveaux politiques (européen, fédéral, régional et local) ont successivement été abordés dans une série de discours d’ouverture et de tables rondes, dont nous dégageons certains axes stratégiques.
Ambitions et moyens
Les ambitions sont particulièrement élevées. La VEKA a estimé qu’un million de pompes à chaleur résidentielles et 70.000 PAC non résidentielles supplémentaires seraient nécessaires pour satisfaire aux exigences de l’arrêt Climat. Cela signifie donc que le secteur de la construction doit fournir d’énormes efforts. Eric Piers, président de l’association sectorielle Techlink, estime que l’ensemble de la filière des équipements techniques de bâtiment se voit attribuer un rôle clé ; non seulement les fabricants, mais aussi les grossistes, les entreprises d’installation et les sociétés de maintenance. La transition énergétique ne peut devenir un moteur pour la création d’emplois que si les gens sont réellement prêts à exercer ces emplois. Eric Piers est obligé de constater que le vivier de profils adéquats est désormais épuisé, et que l’afflux de personnel qualifié en provenance des écoles est insuffisant. Sans afflux extérieur en provenance d’autres secteurs, nous ne nous en sortirons pas.
Réseaux de chaleur
Si on observe la manière dont la décarbonation des bâtiments doit être atteinte, on constate que les solutions collectives sont de plus en plus populaires. Certes, les pompes à chaleur individuelles resteront importantes, mais on envisage également l’option des réseaux de chaleur en tous genres, surtout dans les centres urbains. Il n’y a en principe aucune contradiction entre des réseaux de chaleur d’une part, et des pompes à chaleur de l’autre. Il est parfaitement possible, et même souhaitable dans de nombreux cas, d’alimenter un réseau de chaleur à l’aide d’une pompe à chaleur, en recourant par exemple à de la chaleur résiduelle ou à l’aquathermie. L’utilisateur peut par exemple également utiliser des pompes à chaleur booster pour l’eau chaude sanitaire. Les réseaux de chaleur permettent d’exploiter les économies d’échelle, et une grande partie de la complexité technique et de l’investissement initial est prise en charge par le gestionnaire de réseau. Ce dernier est plus à même de réaliser cette tâche que des ménages individuels.
Renforcer les infrastructures
Les réseaux de chaleur requièrent toutefois beaucoup d’efforts en matière d’infrastructure, ce qui n’est précisément pas le point fort de la Belgique. Toutefois, afin d’éviter de connaître la même situation qu’aux Pays-Bas, les infrastructures doivent impérativement être renforcées, non seulement par le biais de le pose de réseaux de chaleur, mais aussi par l’adaptation du réseau électrique. Chez nos voisins néerlandais, le réseau électrique est effet aujourd’hui si saturé que l’on ne peut quasiment plus rien ajouter. Ou comme Pieter Vingerhoets d’Energyville l’a exprimé: “Nous n’avons pas besoin de ‘Ventilus’ mais bien de ‘Ventili’. La saga Ventilus nous apprend cependant qu’effectuer des travaux d’infrastructure dans notre pays n’est pas une mince affaire. »
La pose de réseaux de chaleur est logée à la même enseigne. Différents acteurs, dont la Ville de Charleroi, en appellent à plus de dynamisme en matière de soutien à de tels projets. Si on doit attendre que tous les aspects soient examinés et que chacun ait exprimé son avis, il est souvent trop déjà trop tard. Les projets urbanistiques constituent ainsi une bonne occasion pour commencer à installer un réseau de chaleur. L’ensemble de l’espace urbain devant de toute façon être réaménagé, poser quelques canalisations en plus dans le sol ne représentera dès lors qu’un coût marginal. Mais, dans ce cas, il convient de pouvoir décider à temps d’intégrer ces travaux dans le projet global.
Information et guichet unique
La table ronde relative aux administrations locales a mis en avant le besoin d’information. Les communes centrales ont la possibilité de faire appel à des experts, mais pour les communes plus petites, ceci ne constitue pas vraiment une option. Il en résulte que les pouvoirs publics sont mal informées de toutes les possibilités existantes. Des interfaces efficaces se révèlent donc nécessaires entre les centres d’expertise, le secteur et les différents pouvoirs publics. On y travaille, mais le chemin est encore long. Outre les autorités, les clients finaux ont également besoin d’une telle information. Les villes et autorités locales ont ici un rôle important à jouer. C’est ce que confirme l’expérience de Malines. Cette ville disposait d’un Point Énergie, qui ne servait à l’origine qu’à accorder des prêts énergie. Mais étant donné les besoins du citoyen, ce rôle a été progressivement étendu, et le Point est devenu une Maison Énergie, soit un guichet unique dédié à la rénovation, avec un éventail plus large de services financiers et de conseils techniques.
Le prix
Et il y a enfin le coût de tout cela. Tous ceux qui sont liés de près ou de loin à l’énergie verte sont à ce titre d’accord : tant que les solutions vertes ne seront pas plus économiquement attractives que les combustibles fossiles, la percée n’aura pas lieu. Un tax shift se révèle donc nécessaire en défaveur des combustibles fossiles. Le prochain système d’échange de quotas d’émission (ETS) inclura également les combustibles pour le transport et le chauffage, ce qui pourrait déjà constituer un début de redressement. Le coût des quotas d’émission est principalement supporté par les producteurs et les distributeurs, mais ces derniers le répercutent en fin de compte sur les clients.
Il existe par ailleurs une marge de manœuvre fiscale pour augmenter les taxes sur les combustibles fossiles. On a calculé qu’en Belgique, 13 milliards d’euros d’aide sont chaque année alloués -directement ou indirectement- aux combustibles fossiles. L’avantage fiscal accordé au diesel professionnel en un an est du même ordre que le prix d’achat total du contrat F-35. Ces systèmes ne peuvent bien entendu pas être stoppés de manière hâtive, et il faut permettre aux acteurs concernés de trouver des alternatives. Il n’en demeure pas moins que la percée de l’énergie verte dépend avant tout de la fiscalité ; il s’agit donc d’une question politique. Une matière sur laquelle il faudra se pencher en cette année électorale.
Par Alex Baumans
Photos: Techlink














