FÉDÉRATION
Install Magazine 994 – novembre 2023
Construire une Flandre durable
Embuild Vlaanderen présente son rapport de vision
Chaque année, Embuild Vlaanderen, anciennement Vlaamse Confederatie Bouw, présente un rapport de vision aux politiques. À l’approche des élections en 2024, le rapport de cette année fait l’objet d’une attention particulière. Il faut dire que la situation n’est pas rose. Si tout le monde s’accorde à dire que la construction joue un rôle crucial dans la réalisation de la transition énergétique, l’activité fait néanmoins du sur place. Une raison suffisante pour Embuild Vlaanderen de demander aux partis politiques leurs plans pour le secteur de la construction.
Cinq objectifs
En vue des élections, le rapport de vision d’Embuild Vlaanderen avance cinq objectifs :
- Une norme de croissance ambitieuse pour les investissements publics
- Des procédures d’approbation efficientes
- Un logement durable et abordable pour chaque ménage
- Des emplois attrayants dans la construction
- Une filière de la construction tournée vers l’avenir
Lors de la présentation du rapport, Marc Dillen, directeur d’Embuild Vlaanderen, et Johan Albrecht, économiste de l’environnement, ont développé et complété ces objectifs avec des contributions vidéo de divers comités de partis en Flandre.
Investir dans l’avenir
Si on examine les investissements actuels dans l’infrastructure en Flandre, on arrive à environ 3,6% du produit régional brut. Un chiffre insuffisant pour réaliser la transition énergétique, d’autant plus que nous sommes confrontés à un retard dû à un sous-investissement systématique ces dernières années. Embuild propose donc d’augmenter progressivement les investissements pour atteindre 5% en 2034. Mais les investissements publics ne représentent qu’une infime partie de l’histoire. Quelque 96% des investissements pour la transition énergétique devront provenir du secteur privé. Il faut donc plutôt considérer les investissements publics comme un moyen d’activer le capital privé. À cet égard, Embuild fait l’éloge du guichet unique pour les primes qui a conduit davantage de particuliers à recourir aux mesures de soutien.
Un enchevêtrement de règles
Beaucoup craignent que les règles relatives à l’azote n’entraînent un gel des permis mais l’activité est déjà étouffée par un enchevêtrement de règles. Le message d’Embuild est clair: il faut planifier moins et permettre plus. Nous savons que le chemin pour obtenir un permis est long, mais en Flandre, il est souvent bouché. Des exigences supplémentaires affluent de divers côtés (PFAS, évaluation de l’impact environnemental, analyse de l’eau, patrimoine, aménagement du territoire…), sans parler des futures mesures environnementales européennes qui, selon Embuild, seront une bombe atomique pour la procédure. Johan Albrecht note également que la politique est très fragmentée entre les différents niveaux. Il est tellement difficile de savoir qui la met réellement en œuvre qu’on se demande s’il y en a une.
Ministre du logement abordable
L’abordabilité du logement est une autre préoccupation. Les responsables politiques considèrent cela comme une priorité mais dans la pratique, nous ne voyons pas les prix du logement baisser. C’est un phénomène typiquement flamand : un logement moyen est 60% plus cher en Flandre qu’en Wallonie (295.000 euros contre 175.000), alors que l’inflation et les prix des matières premières sont les mêmes dans les deux régions. Embuild souhaiterait voir un ‘Ministre du logement abordable’ dans le prochain gouvernement, ou au moins un observatoire qui évalue les mesures de construction en fonction de leur impact sur l’abordabilité. Aujourd’hui, toutes sortes de mesures sont prises par diverses instances, chacune ayant ses propres motivations, si bien que personne n’a la moindre idée des effets de ces mesures sur le coût total. Pourtant, un logement abordable nécessite une approche globale ; ni le marché ni le gouvernement ne pourront résoudre cela seuls. Une chose est sûre : le nombre de permis est en basse alors qu’il faut au contraire un mouvement de rattrapage.
Pénurie de main-d’œuvre
La pénurie de main d’œuvre dans le secteur de la construction est énorme et s’aggrave d’année en année. La transition énergétique génère une hausse de la demande, alors que le vieillissement de la population entraîne une augmentation des départs. Embuild estime qu’un afflux de 30.000 emplois sera nécessaire d’ici 2030 et même 50.000 d’ici 2050. Il ne s’agit en aucun cas de personnes peu qualifiées. Le besoin de travailleurs moyennement et hautement qualifiés augmente, et l’introduction des technologies intelligentes et de la numérisation ne va qu’accélérer le phénomène. La construction, c’est plus que couler du béton. Marc Dillen a suggéré qu’il serait peut-être préférable de parler d’ingénieur climatique plutôt que d’ingénieur en construction. Cela correspond mieux à la réalité et pourrait encourager davantage de jeunes à choisir ce secteur. Johan Albrecht a toutefois prévenu qu’il n’était pas facile d’augmenter le taux d’emploi. On y est parvenu en Allemagne et aux Pays-Bas mais les mesures ont suscité de nombreuses protestations et ont été sanctionnées électoralement.
Vision de la durabilité
La construction se fait de plus en plus à partir d’une vision de la durabilité. Cela va au-delà de la consommation d’énergie et inclut des aspects comme l’utilisation de l’espace, l’usage des matériaux et la circularité. Pour réaliser cette vision sur l’ensemble du cycle de vie, il faut partir de concepts intégrés comme ‘design, build, finance and maintain’, où les acteurs des phases d’un projet de construction se concertent dès le départ. Embuild préconise une réflexion à long terme pour les marchés publics. Lors d’appels d’offres, il faut regarder au-delà du prix et également prêter attention à la qualité. Un bâtiment durable, c’est aussi un bâtiment qui dure longtemps et qui peut s’adapter à d’autres fonctions.
Le monde politique est conscient de la nécessité de se concentrer sur les technologies vertes. Pour assurer notre prospérité future, il faut des secteurs tournés vers l’avenir et les technologies vertes en font indubitablement partie. Il s’agit de soutenir les pionniers pour qu’ils deviennent des leaders de marché. Il faut également s’efforcer de former les individus aux technologies afin qu’ils puissent occuper les emplois de demain.
Le prochain gouvernement, prévu en juin 2024, aura donc du pain sur la planche.
Par Alex Baumans









