FÉDÉRATION
Install Magazine 988 – février 2023
Des “linking technicians” aux “linking techniques”
Fusion entre la FEE et Techlink
Avec la fusion entre la FEE et Techlink, une nouvelle étape a été franchie dans l’intégration des associations sectorielles des techniques spéciales. Techlink regroupe en effet les installateurs électricité et CVC, alors que la FEE regroupe également pour ces techniques les fabricants, les grossistes et les entreprises de maintenance et de gestion de l’énergie. Les synergies résultant de cette fusion ne profiteront pas seulement aux membres, mais permettront également aux techniques spéciales de se faire entendre davantage dans le débat social. Ce secteur joue effectivement un rôle crucial dans la transition énergétique. Eric Piers, CEO de la fédération, apporte son éclairage.
Une fédération pour toute la filière
Alors que Techlink est née de l’intégration horizontale de diverses associations d’installateurs, la FEE est une fédération intégrée verticalement qui regroupe l’ensemble de la filière. La FEE comprend aussi bien les fabricants et importateurs de matériel, que les grossistes et entreprises de maintenance. Bien que l’accent soit essentiellement mis sur les installations électriques (avec notamment l’électronique, l’éclairage, l’électrotechnique, l’électroménager, la sécurité et les batteries), il y avait toutefois déjà des contacts avec le secteur CVC par le biais de l’association de grossistes Fesah, et naturellement, des entreprises de maintenance qui étaient actives dans plusieurs techniques.
L’idée d’une extension de la FEE est née après une réflexion stratégique en 2015, concluant qu’une fédération pour toutes les sections de techniques spéciales était nécessaire, notamment pour relever les défis de la transition énergétique. Une coopération entre Techlink et la FEE a débuté parallèlement afin d’étudier l’impact de l’Europese Green Deal sur notre secteur. Ce projet, Link 2030, met à jour les tendances technologiques et sociétales qui influencent notre profession. De ces deux initiatives est née l’idée d’une fusion, qui a été mise en œuvre en juin 2022.
Relier les techniques
Le nom de la fédération résultant de la fusion est Techlink, mais avec une interprétation différente de l’ancienne association d’installateurs: des “linking technicians”, on passe désormais aux “linking techniques”. En d’autres mots, l’organisation regroupe l’ensemble de l’écosystème des techniques multifonctionnelles. Eric Piers insiste sur le fait qu’il s’agit d’une véritable fusion, qui bénéficie aux deux parties dans les mêmes proportions; il n’est pas question qu’une association engloutisse l’autre.
La variété des membres constitue sans aucun doute un avantage, l’ensemble du secteur étant représenté, mais cela entraîne également un risque de conflits internes. Les intérêts des fabricants, grossistes, installateurs et entreprises de maintenance divergent parfois. Techlink est en ce sens unique parce qu’elle rassemble toute la filière, ce qui n’existe nulle part ailleurs en Europe. Eric Piers est d’ailleurs convaincu qu’il s’agit plus d’un atout que d’une faiblesse. Au final, tout le monde tire profit d’actions communes. Il souligne toutefois que Techlink n’adoptera une position commune que si elle est partagée par tous les membres, et non lorsque cette position ne concerne qu’une catégorie particulière.
Eric Piers indique également que Techlink n’est pas un club exclusif. D’autres associations complémentaires peuvent y adhérer. Le paysage des techniques spéciales est traditionnellement très fragmenté. Mais dans le contexte actuel, cela n’est plus envisageable: une intégration s’imposait.
Thought Leadership
Une des tâches essentielles de Techlink est d’appliquer le dit “thought leadership”. Ce qui signifie que la fédération doit devenir la référence par excellence en matière de techniques spéciales. Le monde de l’installation change à un rythme élevé, et ce n’est encore que le début d’une évolution qui va déboucher sur des installations intelligentes et multifonctionnelles. S’il n’est pas toujours évident pour le professionnel de s’y retrouver, alors que dire du client final. Techlink considère que sa mission consiste à rassembler les connaissances et à les transmettre au professionnel, qui peut ensuite à son tour assister le client final.
Techlink désire par ailleurs jouer le rôle d’expert auprès d’autres acteurs, comme les pouvoirs publics. “En tant que secteur, nous avons toujours été trop modestes”, explique Eric Piers. “L’importance des techniques dans le processus de construction ne va faire que croître. À l’avenir, on ne percevra plus le bâtiment comme une enveloppe qui doit être équipée de techniques. On se basera au contraire sur une combinaison de fonctions, traduites en techniques, autour de laquelle on placera ensuite une enveloppe de bâtiment. Le rôle joué en la matière par notre secteur est à ce titre crucial.
Attirer les -jeunes- talents
Un autre objectif est d’améliorer l’attractivité du secteur, notamment auprès des jeunes. Dans la fameuse guerre des talents, tout le monde pêche dans le même étang et celui-ci se vide. Techlink prend également diverses initiatives destinées à motiver les jeunes à opter pour une carrière dans les techniques d’installation. La présence des écoles lors du dernier Install Day en constitue d’ailleurs un exemple concret. L’opération sera probablement reconduite, mais en adoptant dès lors une formule plus structurée. Parmi les autres actions, citons les traditionnels camps d’été, avec la différence -toutefois- que les jeunes s’y familiarisent notamment avec le secteur des techniques d’installation. Et maintenant que les restrictions dues à la pandémie ont été levées, la fédération pense également à des formules de concours pour les écoles, au terme desquels les équipes victorieuses remporteraient par ex. le droit d’aller visiter une grande foire internationale des technologies.
Le grand défi consiste toujours ici à introduire la pratique quotidienne dans les écoles. La distance entre l’enseignement de jour et le chantier reste trop grande. Des formules telles que l’apprentissage sur le lieu de travail ou de l’enseignement à temps partiel dispensé par des professionnels dans les écoles permettraient de combler ce fossé. Avec Volta, Techlink essaie d’avancer dans cette voie. La structure bureaucratique de l’enseignement de jour représente toutefois un obstacle à de rapides adaptations. La logique d’entreprise constitue également un frein: les entreprises sont certes enclines à investir dans l’enseignement, mais elles doivent alors en tirer un certain profit. Consacrer du temps à des jeunes qui, ensuite, opteraient pour une autre carrière, est une perte économique pour une entreprise. Techlink travaille donc à des formules adpatées destinées à réunir toutes les parties concernées.
Bref, autant de défis à relever, mais grâce à l’union des forces, la fédération fusionnée Techlink est motivée et convaincue qu’elle peut contribuer à apporter une réponse à ceux-ci.
Par Alex Baumans












