CHAUFFAGE  
Install Magazine 987 – novembre 2022

L’hydrogène dans le paysage futur du chauffage

La vision de BDR (Remeha/DeDietrich)

L’hydrogène est en général perçu comme un élément crucial dans la transition énergétique. Dans les plans récents de la Commission européenne visant à se passer des combustibles fossiles, l’hydrogène est une des priorités. Près de 3 milliards d’euros ont été dégagés pour développer l’industrie de l’hydrogène. Dans quelle mesure l’hydrogène peut-il contribuer à concrétiser ces ambitions, et a-t-il une place dans le chauffage des bâtiments du futur? Au cours d’une soirée d’information, le fabricant d’équipements de chauffage BDR (Remeha/DeDietrich) a tenté d’apporter une réponse à ces deux questions.

Vecteur d’énergie verte

La première oratrice fut Isabel François du Waterstof Industrie Cluster, une association belgo-néerlandaise des entreprises et centres d’excellence qui désirent favoriser le marché de l’hydrogène. Elle a débuté en rappelant que l’hydrogène n’était pas quelque chose de nouveau. Il est utilisé depuis plus de 100 ans dans divers processus industriels, et il existe déjà un réseau de canalisations pour hydrogène, qui est jusqu’à présent certes limité à quelques grands utilisateurs industriels. Dès lors, si ce réseau doit jouer un rôle dans le chauffage des bâtiments, il devra être considérablement étendu. Mais en tout cas, nous sommes en terrain connu: nous possédons en effet déjà pas mal d’expérience en matière de transport et de traitement de l’hydrogène.

Ce qui est toutefois nouveau, c’est ce qu’on appelle l’hydrogène vert. Jusqu’à présent, la majorité de l’hydrogène était extrait du gaz naturel, selon un processus qui libère beaucoup de CO2 . Résultat, on qualifie ce gaz qui en résulte d’« hydrogène gris ». L’hydrogène vert est par contre obtenu sur base d’énergie renouvelable. L’hydrogène bleu représente une forme intermédiaire. Lors de la production de ce dernier, du CO2 est également émis, mais celui-ci est ensuite absorbé, de manière à ce qu’il ne finisse pas dans l’atmosphère. L’économie de l’hydrogène a donc deux facettes : d’un côté, le remplacement des combustibles classiques, et de l’autre, un verdissement de la production d’hydrogène.

Il est ensuite important de se rappeler que l’hydrogène n’est pas une source d’énergie, mais un vecteur d’énergie. Il ne se trouve pas sur terre à l’état naturel ; il doit donc être produit. L’énergie qui est nécessaire pour le produire, peut alors ensuite être libérée, par exemple par combustion ou à l’aide de piles à combustible. Il s’agit donc également d’un moyen de stocker et de transporter de l’énergie verte. L’idée consiste à produire de l’hydrogène avec de l’énergie solaire ou éolienne, là où les conditions sont favorables, et de transporter ensuite le gaz vers l’Europe. Parmi les pays producteurs potentiels, citons notamment au Chili ou à l’Australie, mais aussi à l’Afrique du Nord. La Commission européenne a d’ailleurs pour ambition de travailler avec un mix de pays politiquement stables. L’expérience du gaz russe a servi de leçon.

Il est toutefois encore impossible de dire aujourd’hui à quoi ressemblera précisément le marché de l’hydrogène. Nous ne pouvons actuellement faire que des estimations sur l’approvisionnement futur. WaterstofNet se base néanmoins sur le fait que la Belgique ne pourra couvrir que 20% de ses propres besoins; nous restons donc fortement dépendant des importations. Cela ne devrait cependant pas constituer un obstacle majeur, car selon les plans du gouvernement fédéral, notre pays devrait devenir une plaque tournante des importations d’hydrogène, grâce à notre position privilégiée dans le transit du gaz naturel liquide.

De l’hydrogène dans les chaudières à gaz

La génération actuelle de chaudières gaz peut être relativement facilement convertie en vue de l’utilisation d’hydrogène. Il existe toutefois quelques différences fondamentales entre l’hydrogène et le gaz naturel. La capacité énergétique par volume est ainsi trois plus petite que pour le gaz naturel. Cela signifie que le bloc gaz doit être adapté afin d’autoriser de plus grands débits de gaz. Par ailleurs, dans le cas de l’hydrogène, la flamme est invisible, ce qui fait que les systèmes actuels de surveillance de la flamme ne sont plus valables. D’autres méthodes, comme la détection infrarouge, sont dès lors indiquées. L’énergie d’inflammation de l’hydrogène est aussi beaucoup plus basse, ce qui nécessite donc un mécanisme d’allumage spécifique. D’autres petites adaptations sont encore nécessaires, comme une protection anti-retour de flamme. Toutes ces techniques sont déjà connues ; il suffit de les mettre en pratique. De plus, les chaudières modernes peuvent supporter un mélange d’environ 20% d’hydrogène sans problème. Pour des concentrations plus élevées, il convient toutefois de recourir à des composants spécifiques. Et à ce moment-là, il est plus censé de passer à une solution 100% hydrogène.

La vision de BDR (Remeha/DeDietrich)

BDR (Remeha/DeDietrich) pense clairement que l’hydrogène a sa place dans le paysage belge du chauffage. Il faut naturellement investir dans l’électrification et les pompes à chaleur là où c’est possible. En construction neuve ou pour des rénovations profondes, la PAC constitue un choix évident. Il y a toutefois des cas où une telle rénovation n’est pas réalisable, et même parfois exclue, dans des bâtiments classés par exemple. Passer à l’hydrogène vert constitue dès lors une bonne manière de rendre le chauffage carboneutre.

Le fabricant est en tout cas prêt à franchir le pas. La plupart des chaudières dans la gamme peuvent déjà fonctionner avec un mélange de 20% d’hydrogène. Les premières chaudières 100% hydrogène tournent par ailleurs déjà dans un projet pilote. Pour le plus long terme, BDR (Remeha/DeDietrich) travaille à une kit de conversion pour faire basculer les chaudières actuelles ‘H2-ready’ à l’hydrogène. L’ensemble de l’opération ne devrait prendre que quelques heures. Fort de son expérience en matière de passage du gaz à faible valeur calorifique vers le gaz à haute valeur calorifique, BDR (Remeha/DeDietrich) s’attend à peu de problèmes.

C’est pourquoi BDR (Remeha/DeDietrich) appelle les autorités à définir les conditions-cadres pour la conversion. Des projets pilotes doivent ainsi être lancés afin d’établir les bonnes procédures et les contrôles adéquats, de façon à ce que tout soit prêt lorsque l’hydrogène vert arrivera sur le marché. L’hydrogène présente d’autres dangers pour la sécurité que le gaz naturel, surtout en matière de risque d’incendie. Une formation et une certification de l’installateur adaptées s’imposeront donc, sur base de ce qui existe déjà pour le gaz naturel. D’où la nécessiter de mener des projets pilotes.

Une législation doit également encore être définie pour le stockage et le raccordement à un réseau d’hydrogène. Il est par ailleurs important de procéder à une évaluation correcte dans le software PEB. À l’heure actuelle, l’hydrogène n’est pas considéré comme une possibilité à part entière, parce que le gouvernement estime que ce vecteur énergétique devrait de préférence être utilisé dans d’autres secteurs (que le bâtiment), dont la décarbonation est moins aisée. Étant donné que dans le chauffage, les décisions d’achat sont en grande partie motivées par le score de performance énergétique, ceci constitue un obstacle considérable. Un autre élément est, comme on l’a mentionné, la certification spécifique de l’installateur. Tant qu’il ne satisfera pas à ces exigences, l’hydrogène n’aura aucune chance dans l’environnement bâti.

En ce qui concerne la distribution, il est déjà possible de définir aujourd’hui quelles sont les parties du réseau de gaz qui conviennent au transport de l’hydrogène, et de voir quelles sont les adaptations nécessaires pour les autres. Un mélange de 20% max. constituerait déjà une première étape vers une conversion à 100%.

BDR (Remeha/DeDietrich) est en tout cas convaincu que l’hydrogène a un rôle à jouer dans le secteur du chauffage. La technique est déjà prête. Reste maintenant aux autorités à définir le cadre adéquat pour donner une chance à l’hydrogène.

Par Alex Baumans

Photos: BDR (Remeha/DeDietrich)

www.remeha.be

nl.dedietrich-heating.be