BATHROOM EXPERIENCE
Install Magazine – octobre 2026
La douche remplace-t-elle le bain?
Tout est dans le nom. Jadis, la baignoire dans la salle de bain était un choix évident, voire unique. Mais ce temps est révolu. La douche semble être la nouvelle norme. Remplace-t-elle effectivement le bain? La baignoire est-elle condamnée (pardonnez-nous le ton dramatique)? Nous avons posé la question à plusieurs spécialistes du secteur. Comment perçoivent-ils les évolutions ?
Autour de la table
• Kris Dens, product manager chez Desco
• Bert De Ridder, architecte d’intérieur chez Helga Interieur & représentant AINB
• Raf Geudens, CEO d’Aquaconcept
• Hüseyin Kaya, product manager chez Geberit
• Annelies Lambert, product promotor chez Van Marcke
• Angeliki Seminck, agencement salles d’exposition chez Facq
• Inge Van Tieghem, sales manager chez Ideal Standard
Une question d’espace
Commençons par un constat : dans la construction de projets, où les espaces et certainement les salles de bain sont de plus en plus réduits, les offres de base reprennent toujours une baignoire en standard. « Il y a cette idée que la baignoire a un effet positif sur la valeur d’une maison ou d’un appartement », explique Bert De Ridder. « Dans la pratique, cependant, la baignoire est la première chose qui disparaît dans les projets de rénovation. »
Inge Van Tieghem: « Dans la construction d’un projet, c’est le client final qui choisit, il ne reste alors plus grand-chose de l’offre de base et on opte pour une douche. » Kris Dens confirme : « Quand il n’y a pas de place pour les deux, on choisit la douche dans 80% des cas. »
Annelies Lambert: « Une personne qui a de la place installe souvent une douche et une baignoire. Mais il est vrai que la baignoire, dans les projets de rénovation, doit souvent laisser sa place à la douche. Assurément auprès d’un public plus âgé qui considère la douche comme une solution à long terme et permettant de rester chez soi plus longtemps. » « Pour augmenter le confort, la douche peut être ultérieurement équipée d’un siège, de poignées, etc. », ajoute Angeliki Seminck. Raf Geudens: « Nous lancerons prochainement une solution qui permettra aux personnes moins mobiles de prendre place dans la douche sans l’assistance d’un fauteuil roulant et vice versa. »
Si le choix se porte sur le bain et la douche, il est important d’identifier les bons motifs. Bert De Ridder: « Parfois, les gens pensent avoir besoin d’une baignoire mais dans la pratique, elle est surtout utilisée comme cintre. Mieux vaut alors prévoir une bonne solution pour suspendre les vêtements et les essuies et abandonner la baignoire. » « Certaines personnes considèrent aussi la baignoire comme un accroche-regard », fait remarquer Annelies Lambert. « Les enfants et la détente sont les principales raisons d’installer une baignoire. »
Bert De Ridder: « On constate en effet que les baignoires sont installées dans un but de relaxation. La douche est réservée au quotidien ; le bain est consciemment dédié à la détente. Une baignoire balnéo n’est pas nécessaire – et c’est rare – mais le modèle doit être confortable. Voilà pourquoi il faut venir les découvrir dans une salle d’exposition. Fini le temps où on commandait une baignoire sur catalogue. »
Plus grand, c’est mieux?
Si la salle de bain est généralement réduite, c’est l’inverse avec les baignoires et les douches. Kris Dens: « Jadis, les douches de 80 x 80 cm et 90 x 90 cm étaient un standard; aujourd’hui, les plus vendues mesurent 140 x 90 cm et 160 x 90 cm. La baignoire est donc remplacée un-sur-un par une douche. » « Nous proposons même un format de 240 x 100 cm et la personnalisation neutralise les restrictions », déclare Inge Van Tieghem. D’après Annelies Lambert, une largeur de 100 cm est effet la nouvelle norme. « Dans le cadre d’un logement à vie, cela offre les avantages utiles. »
Le nouveau statut de la baignoire en tant qu’espace de détente et non un équipement pour se laver a fait exploser les formats. « Les gens cherchent quelque chose de plus grand, ils sont grands et ont des familles plus grandes », résume Kris Dens. « Au lieu des baignoires encastrées classiques de 160 ou 170 cm, les modèles à 180 et même 190 cm ont la cote. » Bert De Ridder voit lui aussi rarement des baignoires inférieures à 180 cm. « Mais il n’y a pas que le format qui compte », ajoute-t-il. « Il y a aussi les baignoires piccolo, plus petites mais confortables. C’est finalement la priorité. Et ici aussi, tout est une question d’essai. »
Parallèlement à l’évolution vers des baignoires plus grandes, les baignoires ilot gagnent en popularité. « Je peux m’imaginer que de nombreuses personnes en souhaitent», indique Hüseyin Kaya, « mais c’est avant tout une question d’espace et de budget. Tout le monde ne peut pas placer une baignoire ilot. En alternative, il y a la baignoire en semi ilot ou le modèle back to wall de plus en plus apprécié. »
L’acrylique est perdant
Les douches et les receveurs de douche évoluent en taille mais aussi en matériau. Annelies Lambert: « Le receveur de douche classique en acrylique renforcé à la fibre de verre n’est utilisé que comme solution économique. À la place, il y a le solid surface, avec ou sans texture, et les receveurs de douche autoportants avec une couche supérieure en acrylique. » « Chez nous, les receveurs de douche en composite marchent bien », ajoute Inge Van Tieghem. « Ils se placent facilement mais ils sont plus lourds et plus chers. Comme la demande est assez élevée pour le moment, même dans la construction de projets, nous avons développé une version composite plus abordable. »
« Un avantage supplémentaire des matériaux composites modernes est qu’ils sont antidérapants en standard », signale Inge Van Tieghem. « C’est différent avec l’acrylique. » Kris Dens: « En principe, on peut dire que plus c’est mat et plus il y a de relief, moins la surface est lisse. Mais plus il y a de relief, plus l’entretien est difficile. C’est une question de priorités. »
L’importance des détails
« Nous travaillons rarement avec des receveurs de douche », lance Bert De Ridder. « D’une part, parce que cela nous permet de travailler sur mesure et de pouvoir par exemple travailler un espace de 93 cm sans problème ; d’autre part parce nous avons été confrontés à des problèmes d’étanchéité dans le passé. » « De nombreux receveurs en composite peuvent être sciés sur mesure », poursuit Inge Tieghem. « Chez nous, cela a lieu à l’usine. » Annelies Lambert: « En ce qui concerne l’étanchéité, tout dépend de la compétence de l’installateur. Et cela s’applique aussi au placement du caniveau de douche par exemple. »
« Les fabricants sont très engagés dans l’étanchéité », ajoute Hüseyin Kaya. « Dans notre cas, nous travaillons avec un cadre de montage qui permet de bien poser l’étanchéité avant le placement de la plaque. » Kris Dens: « Nous appliquons un joint qui est collé au mur et sur le bac et qui garantit une étanchéité à 100% grâce à sa souplesse. » Pour les planchers en bois, Raf Geudens a la solution: « Le receveur de douche à un fond souple qui est collé tout autour avec un kit élastique. Lorsque le plancher sous-jacent bouge, les raccords restent intacts. Pour faciliter la tâche de l’installateur, le receveur est équipé d’une évacuation et il est déjà incliné. »
Comme le souligne Bert De Ridder, la personnalisation d’une douche carrelée occupe une place sur le marché. « Ce qui est bien, c’est que pour avoir plus de confort, on peut opter assez facilement pour un chauffage au sol, électrique par exemple. Il fut un temps où on l’intégrait dans les murs – les fameux murs câlins – mais c’est rare aujourd’hui. Nous l’installons encore dans les sièges intégrés. » « Dans les salles de bain avec un chauffage au sol, nous proposons de le prolonger jusqu’à la douche à l’italienne », ajoute Koen Verberckmoes de Dallmer. « Le maître d’œuvre bénéficie alors d’une expérience directe de son chauffage au sol qui lui offre un confort et un bien-être supplémentaires, et la puissance thermique est plus efficiente et donc le chauffage plus économe en énergie. Pour éviter que le dispositif anti-odeur de l’évacuation ne s’assèche trop vite, mieux vaut utiliser un caniveau de douche à isolation thermique. »
Vertical et varié
Si Bert De Ridder est fidèle au carrelage pour le revêtement mural, les spécialistes en salles de bain constatent que d’autres options trouvent leur voie sur le marché. Rik Dens: « De plus en plus de personnes veulent uniquement un revêtement dans la douche et ils se tournent vers les grands formats de revêtement mural. Ce peut être de l’acrylique mais aussi du stratifié ou un support en aluminium avec une impression personnalisée. Ce sont en principe des éléments que le sanitariste peut placer seul et ça plait. Le fait qu’il y ait peu voire pas de joints est un élément décisif chez de nombreuses personnes. » Raf Geudens: « Pour la même raison, nous voyons rarement un carrelage de mosaïque. » « Bien que la tendance aux petits carrelages soit de retour », fait remarquer Hüseyin Kaya.
La proposition la plus remarquable en matière de revêtement mural vient assurément d’Annelies Lambert: « Nous proposons un papier peint imperméable. Auparavant, il y avait le papier vinyle pour la salle de bain, qui pouvait aussi être placé dans la douche, selon un processus bien précis. »
La grande variété d’options et d’aménagements ne se limite pas au revêtement mural. Raf Geudens: « Jusqu’à il y a cinq ans, on ne choisissait que le chrome et le verre transparent pour les portes et les parois, mais les choses ont changé. L’encadrement suit aujourd’hui la tendance de la robinetterie, avec notamment des couleurs PVD – or, bronze et rosé – comme pilier. En ce qui concerne le verre, les versions fumées ou avec une impression ou une texture sont appréciées. »
Contrairement aux revêtements muraux, ce n’est, d’après Raf Geudens, pas quelque chose que le plombier peut placer facilement. « Le stratifié se scie peut-être facilement mais ce n’est pas le cas du verre. Et transporter des grands panneaux de verre au troisième étage sans casse n’a rien d’évident. Le travail – mesure, production et placement – doit être réalisé de préférence par un spécialiste. »
Du robinet à l’évacuation
Outre la robinetterie en noir, or, bronze et rosé, l’encastrable devient enfin la norme. « Dans le passé, les gens avaient peur de la complexité technique des robinets encastrables », explique Angeliki Seminck à propos de l’évolution. « Remplacer l’élément thermostatique n’était pas aussi simple. Ces produits sont aujourd’hui très accessibles. Le système est universel, les pièces de rechange sont disponibles et le prix d’achat n’est pas nécessairement plus élevé que celui d’une colonne de douche. » Rik Dens : « Outre l’esthétique, vous avez l’avantage de pouvoir placer le robinet à l’avant dans la douche. Vous n’avez donc pas d’eau froide lorsque vous tournez le robinet. »
Si l’encastrable est la nouvelle norme, cela ne veut pas dire que tout le monde installe des grandes douches de plafond ou des jets latéraux. Angeliki Seminck: « Les douches de plafond à jets d’eau et éclairage, par exemple, sont généralement placés dans des projets plus luxueux ; celui ou celle qui veut des jets latéraux choisit plutôt une cabine. Dans tous les cas, ces projets sont d’une grande complexité technique et ils exigent une bonne coordination, aussi dans la capacité d’approvisionnement de l’eau chaude et l’évacuation, notamment. »
« Il est frappant de constater que les gens souhaitent des caniveaux de douche plus étroits », fait encore remarquer Bert De Ridder. « Ce qu’ils oublient, c’est l’entretien. Plus le caniveau est étroit, plus le nettoyage est difficile et plus vite il se bouche. Je laisse donc toujours les clients d’abord tester cela. »
Koen Verberckmoes: « Il existe des caniveaux de douche pratiquement invisibles et qui sont faciles à entretenir. » D’un point de vue esthétique, tant les bondes que les caniveaux de douche suivent la tendance de la robinetterie. Les options en noir mat, or ou bronze sont donc nombreuses.
Economiser l’eau
Voilà donc pour les tendances actuelles. Qu’en est-il de l’avenir ? Raf Geudens: « En ce qui me concerne, notre marché est face à un défi majeur qui est la durabilité. Dans des pays comme l’Inde, personne ne croit que l’on se lave avec de l’eau potable. Il faut vraiment prendre des mesures car dans un avenir prévisible, l’eau deviendra une ressource très rare. »
Inge Van Tieghem: « Dans le domaine de la robinetterie, il y a eu une énorme évolution. Les robinets de lavabo consomment en moyenne 5 litres au lieu de 12 à la minute et de nombreuses têtes de douche déversent 9 litres à la minute. » « Pourtant, cela ressemble plus à une goutte d’eau sur une plaque brûlante », avance Annelies Lambert. « Il n’y aura pas de solution principale. Il faut plutôt se tourner vers des systèmes pouvant récupérer l’eau et/ou la chaleur. Car aussi absurde que cela soit, nous chauffons une eau à 40°C pour la jeter une seconde plus tard. » Rik Dens: « Il existe des solutions qui peuvent récupérer la chaleur de l’eau évacuée mais la technicité coûte très cher pour le moment. Personne ne peut récupérer l’investissement. » « Aux Pays-Bas, des solutions pour la récupération de l’eau trouvent pourtant leur voie », fait remarquer Annelies Lambert. « Ici, nous avons dû retirer cela de notre assortiment. La Belgique est et reste un marché très conservateur. Mais finalement, nous n’aurons pas d’autre choix que de nous adapter. »
Texte: Elise Noyez
























