ÉVÉNEMENTS
Install Magazine 981 – février 2022
Installday sous le signe de la transition énergétique
Tout le monde est d’accord sur le fait que nous devons arrêter de recourir aux combustibles fossiles. Techlink, la fédération nationale des entreprises d’installation en sanitaire, HVAC et électricité, appelle le gouvernement à plus de coopération pour atteindre les objectifs climatiques belges. Les installations de bâtiment sont en effet un secteur clé dans la quête d’une société carboneutre. Ce n’est donc pas un hasard si l’événement Installday fut également placé sous le signe de la transition énergétique.
Le prix reste un obstacle
Techlink a réalisé une enquête visant à déterminer comment le Belge se positionnait par rapport à la transition énergétique. La moitiés des personnes interrogées a ainsi indiqué que la problématique environnementale les incitait à prendre des mesures éco-énergétiques. Par ailleurs, 43% des sondés ont indiqué n’avoir rarement ou jamais pensé à la consommation énergétique de leur habitation. Bien que la prise de conscience soit de plus en plus grande, il y a encore beaucoup de pain sur la planche. De plus, un fossé se creuse entre la propension à faire quelque chose et la connaissance des meilleures solutions à adopter : 82% disent en effet avoir peu ou très peu connaissance des mesures éco-énergétiques, et cela représente pour 40% une entrave au passage à l’acte. On pense ici avant tout à l’isolation ou à l’éclairage et l’électronique domestique économes en énergie. Les obligations légales constituent toutefois une motivation, mais la majorité de ceux qui prennent des mesures, le font sans obligation.
Outre un manque de connaissance, c’est surtout le coût qui représente un obstacle. Le secteur compte ici sur l’intervention des pouvoirs publics pour maintenir ces rénovations financièrement abordables. « Les subsides seuls ne suffisent pas ; d’autres instruments sont également nécessaires », ajoute Kris Van Dingenen de Techlink.
Rendre les combustibles fossiles hors de prix ?
L’offre d’Installday ne s’est pas limitée aux deux cents –environ- exposants ; le salon proposait en effet par ailleurs également un programme de conférences bien étoffé. Dirk Van Evercoorden (ODE) et Fawaz al-Bitar (Edora) ont ainsi donné un aperçu de la manière dont le secteur des énergies renouvelables appréhendait la transition énergétique des deux côtés de la frontière linguistique. Le premier constat est identique à celui de l’enquête de Techlink : le besoin encore très important d’information. Environ la moitié de la population a à peine une vague idée de ce que la transition énergétique implique. Pourtant, le client final est un élément clé dans la décarbonation des bâtiments : les maisons représentent environ 73% du bâti existant ; si les propriétaires de maison ne s’activent pas un peu, tout cela ne servira à rien.
« Avec le paquet de mesures actuelles, nous n’y arrivons pas », explique ainsi Dirk Van Evercoorden. « L’obligation de rénovation est une bonne idée, mais pas assez ambitieuse. » Il estime que les propriétaires doivent être guidés de manière énergique vers des solutions carboneutres. Le message doit être le suivant : investir dans des combustibles fossile n’est plus une solution d’avenir. Il plaide dès lors pour une tax shift radical, avec une prise en compte du coût réel des combustibles fossiles. L’idée sous-jacente est que le gouvernement utilise ces instruments pour rendre les énergies renouvelables meilleur marché. Celui qui opte encore pour des énergies fossiles, devra les payer plus chers à l’avenir. L’accent doit par ailleurs être mis sur les avantages de la transition : un chauffage et un transport exempts d’émission se traduisent également par une meilleur qualité de l’air.
Edora, l’association francophone des énergies renouvelables, estime que le gouvernement wallon reste dans les promesses et les annonces, mais que peu de choses concrètes sont réalisées sur le terrain. Il y a certes un développement de l’électricité verte (avant tout à l’aide d’énergie solaire et éolienne), mais les projets sont encore trop souvent retardés ou bloqués par des groupes d’action locaux qui, justement, laisse l’intérêt local prendre le dessus sur l’intérêt général. Dans le cas du passage à l’énergie solaire et/ou éolienne, se pose la question de la sécurité d’approvisionnement. Construire des centrales au gaz pour faire face aux pics de consommation, n’est pas une bonne idée, selon Fawaz al-Bitar. Le soleil et le vent sont largement complémentaires, de sorte que ces centrales auxiliaires ne seraient utiles que quelques heures par an. Il attend par contre beaucoup de la flexibilisation de le demande grâce à la capacité de stockage des véhicules électriques et à une gestion intelligente de la consommation.
Des systèmes à grande échelle sont par ailleurs également envisageables, comme les îlots énergétiques pour les parcs éoliens en mer, ou la création d’un réseau de chaleur au niveau européen, de façon à pouvoir compenser des déficits locaux. Mais on parle ici de solutions d’avenir.
Fawaz al-Bitar voit aussi la fiscalité comme un moyen d’encourager l’utilisation des combustibles fossiles.
Effervescence
Avec environ 2.100 professionnels, l’édition 2021 d’Install Day fut agréablement animée, ce qui démontre que même en cette période de coronavirus, le contact direct est plus apprécié que jamais. Outre les quelque 200 exposants du salon en lui-même, il y avait aussi un petit salon distinct intitulé Digital Construction. Le site de Kart Expo était entièrement occupé ; la formule séduit visiblement. Les organisateurs étaient d’autant plus satisfaits qu’un renforcement des mesures corona avait été annoncé juste avant le début du salon. Ce qui a sans aucun doute poussé certains visiteurs et exposants à renoncer. L’organisation désire dès lors continuer à avancer sur la voie de la réussite.
Par Alex Baumans
Photos: Techlink












