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Install Magazine 980 – novembre 2021

Les pompes à chaleur, fer de lance de la transition énergétique

Créer les bonnes conditions préalables

Bien que le secteur des pompes à chaleur ait connu un essor exponentiel ces dernières années, il reste encore un peu sur sa faim. Une grande partie du potentiel n’est pas réalisé. Il suffit pourtant de tout mettre en œuvre pour mener à bien la transition énergétique. Il ne s’agit pas de technologie. Les pompes à chaleur sont maintenant bien connues et d’un large domaine d’applications. Il s’agit principalement de créer les bonnes conditions préalables, avec en premier lieu un juste rapport de prix entre énergie verte et combustibles fossiles. Une taxe CO2 peut être une solution ici.

Un événement hybride

Le Forum européen des pompes à chaleur qui s’est tenu fin septembre à la Gare Maritime de Bruxelles était après une longue pause le premier événement de l’EHPA, l’association européenne des pompes à chaleur. L’impact de la pandémie de la Covid-19 était clair : c’était en effet un événement hybride, avec des participants en présentiel et en virtuel. Cela était également vrai pour les intervenants, dont certains étaient physiquement présents et d’autres virtuellement. Si de tels événements mixtes deviendront la nouvelle norme, seul l’avenir nous le dira. Il est clair en tous cas que la combinaison présente des avantages et qu’elle permet une participation plus large.

Le forum a été conçu comme une série de tables rondes. Chacune mettant en évidence un certain nombre d’aspects du secteur des pompes à chaleur. Comme par exemple le « market design », le rôle de la transformation digitale et de l’innovation, la décarbonisation des villes, le potentiel des pompes à chaleur dans l’industrie et l’image de marque de ces équipements. C’était aussi un peu une édition festive. Le plan initial de célébrer le 20e anniversaire l’année dernière a, pour des raisons compréhensibles, échoué. C’est pourquoi le 21e anniversaire a fait l’objet d’une attention particulière. L’EHPA a actuellement atteint son niveau de maturité.

Le prix du carbone

Les lecteurs de ce magazine auront un sentiment de déjà vu : l’électricité est fréquemment dans le collimateur, mais la consommation énergétique pour le chauffage, tant pour les bâtiments que pour l’industrie, est beaucoup plus importante. Si nous voulons vraiment réussir la transition énergétique, la chaleur doit être décarbonée sous tous ses aspects. L’association de pompes à chaleur et d’électricité verte joue un rôle clé à cet égard. Pour y parvenir, les parts de marché des pompes à chaleur doivent décupler, et c’est plus facile à dire qu’à faire. Nous nous sommes souvenus de la campagne de vaccination contre le coronavirus que se fixer des objectifs ambitieux aide bien à accélérer les processus. Toutefois, ce sont les facteurs économiques et logistiques qui déterminent en finale les réalisations.

Un levier important est la différence de prix entre l’électricité (verte) et les combustibles fossiles. Dans la plupart des pays européens, ce ratio est faussé car le prix de l’électricité est taxé de toutes sortes d’impositions supplémentaires, tandis que les coûts sociaux et les dommages environnementaux des combustibles fossiles ne sont pas répercutés. Ou comme Suzana Carp (Bellona) le dit avec verve « if we want a carbon free world, emitting carbon can no longer be free ». Autrement dit, transition énergétique et émissions gratuites ne font pas bon ménage.

Ce que l’effet est de cette structure de prix sur la pénétration du marché des systèmes électriques est visible en Norvège. Là-bas, le prix du kWh d’électricité et de combustibles fossiles est approximativement le même. Si vous faites la transition à une pompe à chaleur ou à une voiture électrique, votre facture énergétique baissera immédiatement. Ce n’est pas un hasard si la part de marché des deux systèmes en Norvège est également la plus élevée d’Europe. Dès lors, si nous reportons la charge environnementale sur les énergies fossiles, nous créons immédiatement une dynamique de marché en faveur des alternatives électriques.

Taxe ou obligation ?

Tout le monde n’est pas convaincu de la nécessité d’imposer le CO2. Après-tout, le même effet peut également être obtenu en renforçant systématiquement les exigences d’émission pour les bâtiments. Une taxe CO2 a cependant l’avantage de générer également des revenus. Ces derniers peuvent ensuite être utilisés pour soutenir les personnes socialement défavorisées. Les moins aisés sont moins enclins à investir dans les énergies renouvelables, surtout si l’effet sur la facture énergétique reste limité. Une obligation frappera doublement ces familles. Une taxe CO2 par contre, fait également peser une charge supplémentaire sur les familles mais offre en même temps une issue en passant à des systèmes neutres en carbone.

Dans ce contexte, les installations hybrides peuvent jouer un rôle de solution intermédiaire. Le plus gros défi réside dans les bâtiments existants. Cependant, une rénovation totale associée à un passage à une pompe à chaleur représente un investissement généralement trop lourd à supporter. En associant en premier la pompe à chaleur à une chaudière éventuellement existante, la consommation d’énergies fossiles peut être fortement réduite, tout en ayant une marge pour les jours les plus froids. Cela offre la possibilité de moderniser progressivement l’habitation pour se retrouver avec un système sans émission directe.

La chaleur résiduelle est également un rebut

Le sous-titre de ce forum était « green heat recovery ». Pour Thomas Nowak, secrétaire général de l’EHPA, c’est clair : la chaleur résiduelle est aussi une forme de rebut. Nous devons faire quelque chose contre la pollution thermique. D’énormes quantités de chaleur sont simplement libérées dans l’air chaque jour. Si nous les gérons utilement, nous pourrions réduire considérablement le besoin de chauffage d’appoint. Cela va dans le sens de l’idée d’une économie circulaire. Les pompes à chaleur sont une technique parfaite pour valoriser toutes sortes de flux de chaleur résiduelle, non seulement dans les maisons mais aussi dans l’industrie.

Transformation digitale

Au cours de cette dernière, les pompes à chaleur peuvent faire partie d’un système énergétique interactif regroupant entre autres, les véhicules électriques, les batteries et les PV. En utilisant les pompes à chaleur comme tampon thermique, il est possible d’absorber les pics de production des PV et ainsi d’accroître l’autoconsommation d’énergie solaire. Avec une régulation intelligente des pompes à chaleur, les pics de consommation d’électricité peuvent également être plafonnés et/ou mieux en adéquation avec l’offre de pointe en production. Nonobstant une structure tarifaire adaptée, il est assez facile de convaincre les consommateurs d’adhérer à un tel système. L’embûche, c’est le rendement. En pilotant les pompes à chaleur en fonction des besoins du réseau électrique, le rendement sera toujours impacté. La question est alors de savoir dans quelle mesure les avantages de l’équilibre du réseau l’emportent sur la perte individuelle de rendement.

Le consensus était que les pompes à chaleur jouent un rôle essentiel dans la réalisation des objectifs climatiques européens et que le nouveau Green Deal européen créera les conditions préalables nécessaires pour en faire une réalité. La seule chose qui manque, ce sont les installateurs requis pour faire tout le travail.

www.hp-forum.eu

Par Alex Baumans