CHAUFFAGE  
Install Magazine 979 – octobre 2021

Du mazout pauvre en carbone dans la pratique

Réduire drastiquement les émissions des installations existantes

Une manière simple de réduire les émissions des chaudières est d’attaquer le problème à la base. Si le combustible est pauvre en carbone, tout le système sera pauvre en carbone. De l’expérience pratique d’Informazout, il ressort qu’une telle chose est parfaitement possible pour les combustibles liquides. En ajoutant un certain pourcentage de mazout d’origine biologique, on réduit les émissions de CO2 fossile, sans devoir adapter l’installation.

Dans la pratique

Le principe est déjà connu pour les carburants automobiles. Il existe des combustibles liquides d’origine non fossile (principalement d’origine végétale) qui constituent une alternative à l’essence et au diesel traditionnels. Ceux-ci ne sont toutefois, jusqu’à présent, pas encore disponibles en quantités suffisantes. Néanmoins, en les mélangeant aux carburants traditionnels, on peut fortement diminuer l’effet des véhicules automobiles sur le réchauffement climatique. Un scénario semblable est envisageable pour les chaudières à mazout. Pour démontrer cela, divers tests de terrain sont menés sur le terrain en Europe, avec des mélanges de combustibles pauvres en carbone. Informazout, le centre d’information sur les combustibles liquides, montre l’exemple dans notre pays.

HVO et EMAG

En ce qui concerne les combustibles liquides pauvres en carbone, il existe différentes possibilités. Parmi les plus immédiatement utilisables, mentionnons l’EMAG (Ester Méthylique d’Acide Gras), un biocombustible qui est aujourd’hui essentiellement utilisé dans le secteur du transport. Il y a ensuite le HVO (Hydrotreated Vegetable Oil) ou Huile Végétale Hydrotraitée. D’un point de vue chimique, le HVO est quasiment identique au mazout fossile et peut donc parfaitement être mélangé avec ce dernier.

Afin de surveiller le comportement de ces derniers dans la pratique, deux tests ont été menés, un avec de l’EMAG et l’autre avec du HVO. Dans une installation existante, on a à chaque fois fait le plein avec un mélange de mazout contenant 20% de biocombustible.

Des résultats positifs

Le test avec l’EMAG s’est déroulé à Boom, où le réservoir a été rempli avec 1.600 litres de mazout et 400 litres d’EMAG. Ce qui a permis d’alimenter pendant un an une chaudière à condensation Weishaupt Thermo WTC-OB. Le fonctionnement a été suivi avec précision, et l’installation a été inspectée après un an. Pour l’utilisateur, il n’y avait guère de différence, et les valeurs mesurées se situaient largement dans les limites légales : taux de CO de 2,65 mg/kWh (seuil limite : 150), un indice de fumée de 1 et un rendement de combustion à pleine charge de 99,2%. De plus, aucune intervention ou entretien supplémentaire ne fut nécessaire. En ce qui concerne le nettoyage de la chaudière, il est apparu que la chambre de combustion était même plus propre que prévu, ce qui est un résultat remarquable.

Le test avec le HVO s’est déroulé à Ternat et a également recouru à l’usage de mazout avec un ajout de 20 % de biocombustible. Il s’agissait ici d’une chaudière ACV basse température équipée d’un brûleur Riello. Les résultats furent ici aussi positifs : la consommation de l’installation est restée identique. Des mesures effectuées, il ressort que le rendement de combustion à pleine charge de 92% est lui aussi resté inchangé, mais que le taux de CO a fortement diminué : il est passé de 33 mg/kWh l’année précédente à 8,3 mg/kWh, avec la même température de gaz de fumée. Et à nouveau, rien d’anormal n’a été observé lors du nettoyage : il n’y avait pas plus de suie que d’habitude, et le filtre, la pression de la pompe et la viscosité ne présentaient pas non plus de problème.

La conclusion fut dès lors également évidente : les chaudières au mazout peuvent donc tourner avec une proportion de 20% de biocombustible.

Tests à grande échelle, nouveaux mélanges

Il ne s’agit naturellement là que de deux cas. Pour pouvoir tirer des conclusions réelles, une expérience plus vaste est nécessaire. Ainsi, plus de 100 tests pratiques sont en cours en Europe, et Informazout a cet automne intensifié ses tests de terrain. Il s’agit d’une campagne auprès de 15 particuliers, qui ont chacun reçu 2.000 litres de combustible test. Dans ce nouveau test de terrain, on a travaillé avec le mélange de combustible R33 : un mélange de 67% de mazout et de 33% de biocombustible (26% d’HVO et 7% de FAME). Les performances de ce dernier seront évaluées en 2022, après une saison de chauffe complète. Pour le test, Informazout a sélectionné des chaudières relativement nouvelles, plus quelques-unes ayant entre 15 et 20 ans. Avec un large éventail de fabricants (ACV, Buderus, Brötje, De Dietrich, Elco, Junkers, Oertli, Remeha, Saint-Roch, Vaillant, Viessmann et Wolff), et des modèles aussi bien à basse température qu’à condensation. Le but est de démontrer qu’un mélange de combustible pauvre en carbone peut sans problème fonctionner dans le parc de chaudières existant. Ceci constitue une méthode rapide et efficace pour diminuer les émissions. Les installations retenues pour le test ont été une première fois inspectées pour vérifier si la chaudière ou le réservoir répondait à toutes les prescriptions. Cet automne, les ménages seront approvisionnés en combustible pauvre en carbone.

Transition énergétique à l’aide de combustibles liquides

Agir sur le combustible ne suffit pas. Améliorer le rendement de l’ensemble du système constitue une priorité. Cela peut notamment passer par le remplacement des anciennes chaudières par des modèles à condensation modernes. Étape suivante : une installation hybride, par ex. avec des capteurs solaires ou une pompe à chaleur. L’introduction du combustible pauvre en carbone est la cerise sur le gâteau.

Sur base de ces tests de terrain, Informazout désire établir une fiche technique pour la conversion au combustible pauvre en carbone. Celle-ci doit servir de guide pour l’installateur, avec toutes les données et les particularités éventuelles pour l’entretien et le nettoyage de la chaudière. En Grande-Bretagne, on dispose déjà d’un tel manuel dans le cadre de la conversion du kérosène au HVO. Informazout veut s’en inspirer.

Le secteur des combustibles liquides ne reste pas inactif et travaille pleinement à des solutions destinées à rendre le parc de chaudières existant plus respectueux de l’environnement.

Par Alex Baumans

www.informazout.be