FÉDÉRATION  
Install Magazine 977 – mai 2021

En finir avec le gaz

La VCB organise un webinaire sur le thème : « un avenir sans gaz »

Nous devons nous débarrasser des combustibles fossiles dans les bâtiments, c’est une évidence. Pour les nouvelles constructions, cela revient en pratique à se passer du gaz naturel, qui est de loin le combustible fossile le plus utilisé. Le gouvernement flamand a franchi une première étape en ce sens, en n’autorisant plus le gaz naturel comme mode de chauffage principal dans les grands projets immobiliers. À quoi peut ressembler un avenir sans gaz ? Tel était le sujet du webinaire organisé par la VCB (Vlaamse Confederatie Bouw). Au cours de ce webinaire, Marijke De Meulenaer (VEKA) a donné le point de vue du monde politique, Jan Caerels (Techlink) est revenu sur les questions techniques et Wim Boydens du bureau d’études du même nom a fourni des exemples réalisables dans la pratique.

Afin de satisfaire aux obligations de l’Accord de Paris, la Flandre a mis sur pied un plan climatique et énergétique, dans le cadre du plan national sur le climat et l’énergie. Les orientations majeures ce celui-ci sont : efficacité énergétique et décarbonation (avec une utilisation plus intensive des énergies renouvelables) ; garantie de l’approvisionnement énergétique ; innovation et maintien de la compétitivité ; et développement d’un marché interne de l’énergie.

Si on étudie la manière dont l’efficacité énergétique peut être améliorée, deux mesures ont un impact particulièrement important : stimuler la rénovation des logements en cas de cession (vente, héritage…) et optimaliser l’installation de chauffage, via une rénovation et/ou des réglages plus précis. De trop nombreuses chaudières continuent en effet à fonctionner sans satisfaire aux exigences de rendement, alors qu’elles pourraient au moins être remplacées par des alternatives plus éco-énergétiques. Beaucoup d’installations sont par ailleurs surdimensionnées et/ou mal réglées.

Afin d’améliorer la qualité des installations, on peut exploiter la réglementation du contrôle périodique. Un grand nombre de données sur le parc de chaudières sont en effet disponibles sur base de rapports de contrôle. Elles n’ont pourtant été jusqu’ici que peu utilisées. Grâce à la numérisation progressive, ces données sont désormais plus facilement consultables et disponibles. Il est ainsi possible de coupler les données de contrôle au passeport habitation, de façon à ce que toutes les personnes intéressées y aient accès et puissent avoir une image plus précise des performances de l’installation. Afin d’aider les clients finaux dans leur projet de rénovation, VEKA a également mis en ligne un arbre de décision grâce auquel les propriétaires de logement peuvent emprunter la voie optimale.

L’interdiction du gaz naturel comme mode de chauffage principal dans les grands projets immobiliers est une mesure concrète. De plus, le gouvernement flamand réfléchit à une interdiction du mazout pour les nouvelles constructions et les rénovations énergétiques de grande ampleur, tant dans le secteur résidentiel que non résidentiel. À l’heure actuelle, cette décision n’a pas encore été transposée, et nous ne disposons que de textes provisoires. On s’attend toutefois à ce que cette interdiction soit introduite à partir du 1er janvier 2022 pour les permis de bâtir. Dans la mesure où le mazout est très peu utilisé en Flandre pour les nouvelles constructions, l’impact de cette mesure restera plutôt limité. Un interdiction de remplacement des chaudières au mazout est aussi sur la table, ce qui aura un effet plus important sur le marché. Cette dernière est toutefois encore en phase d’étude de faisabilité. Les données concrètes sur la manière dont cette interdiction –si elle aboutit- devrait être appliquée en pratique ne sont pas encore connues.

Une politique cohérente sans initiatives spectaculaires

Jan Caerels de Techlink a donné un aperçu des défis techniques de la transition énergétique. Pour passer complètement aux énergies renouvelables, il faut pouvoir, d’une manière ou d’une autre, surmonter le décalage entre les pics de l’offre et de la demande. Il s’agit de questions auxquelles la technique peut sans aucun doute apporter une réponse. La transition énergétique n’est toutefois pas un problème purement technique : il s’agit d’une problématique sociétale. Si on veut atteindre les objectifs, il faut accélérer drastiquement le tempo, ce qui signifie que les citoyens seront à leur tour mobilisés et invités à agir. Il y a donc une composante psychologique importante, qui a parfois tendance à être oubliée.

Jan Caerels fait ici référence à la réglementation irréfléchie relative au compteur inverseur. Cette dernière a créé pas mal de méfiance de la part des clients finaux vis-à-vis du monde politique. Il en a résulté une résistance face à l’introduction du compteur digital, qui remet en question l’instauration du réseau électrique intelligent. L’intérêt pour les panneaux photovoltaïques s’est par ailleurs totalement effondré, bien qu’il s’agisse toujours d’un investissement intéressant. Entre-temps, le citoyen a l’impression de perdre de l’argent. Les mesures de soutien inconsidérées ont dès lors plus contribuer à ralentir qu’à favoriser la transition énergétique.

Techlink plaide donc pour une politique cohérente, basée sur des faits. Une telle stratégie est sans doute ennuyeuse, et offre en tout cas moins de possibilités aux politiciens de prendre des initiatives spectaculaires, mais cela garantit par contre la prévisibilité qui est nécessaire à toute décision d’investissement.

S’affranchir des énergies fossiles : un bienfait

Pour conclure, Wim Boydens, du bureau d’études et d’architectes du même nom, est revenu sur la pratique. Construire sans combustibles fossiles n’est désormais plus de la science-fiction ; les techniques existent déjà, et le bureau d’études Boydens possède déjà un beau palmarès en la matière. Une réalisation récente est la rénovation de la Gare Maritime à Bruxelles, qui a été récompensée à maintes reprises.

L’importance des simulations constitua un thème récurrent dans son exposé. Les bâtiments carboneutres utilisent divers systèmes (PAC, énergie solaire, parfois des chaudières en appoint…). Le concept doit donc être soigneusement préparé, de façon à ce que toutes les pièces du puzzle s’emboîtent correctement les unes dans les autres. Cela s’effectue de préférence à l’aide d’une simulation détaillée, non seulement pour comparer les différents concepts de base, mais aussi pour évaluer l’interaction entre les techniques.

Il faut ensuite regarder au-delà du bâtiment en lui-même. Pour fonctionner de manière carboneutre, les flux énergétiques doivent être aussi équilibrés que possible. Cela ne doit pas toujours nécessairement se passer au niveau du bâtiment même. À l’aide de réseaux de chaleur, il est également possible d’équilibrer l’offre et la demande à l’échelle d’un quartier. Les réseaux de chaleur représentent aussi une bonne façon d’utiliser de la chaleur résiduelle, issue par exemple de l’industrie.

Pour compenser de potentielles baisses dans l’offre d’énergie renouvelable, on aura parfois besoin d’une chaudière en appoint. L’importance de cet appoint doit être étudié au cas par cas. Un hôpital va par ex. exiger un niveau de sécurité de fonctionnement supérieur à celui d’un bureau. De plus, une telle chaudière ne doit pas tourner au combustible fossile. La biomasse est une option, mais dans un avenir proche, il pourra aussi s’agir de combustible vert, tel que l’hydrogène. Il n’y a toutefois pas de solution miracle. D’autres secteurs comptent en effet également sur l’hydrogène pour réduire leurs émissions de CO2, que ce soit l’industrie ou l’aviation. Cette demande déterminera le prix de l’hydrogène vert. Il est donc peu probable qu’il s’agisse d’une solution bon marché pour le bâtiment.

Par Alex Baumans

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