VENTILATION ET CLIMATISATION
Install Magazine 975 – mars 2021
Coronavirus et installations HVAC
Le coronavirus se propage notamment par l’air. Dans les bureaux et les bâtiments d’exploitation, une ventilation adaptée est essentielle pour éviter la propagation. La meilleure façon d’aborder cela en tant que gestionnaire de bâtiment a été détaillé lors d’un webinaire IFMA. L’organisme de contrôle Vinçotte a donné un aperçu du problème et une série de recommandations.
Modes de propagation du virus
Le coronavirus se propage d’une personne à l’autre de plusieurs manières. On distingue trois possibilités :
- par un contact direct avec une personne contaminée
- par des gouttelettes que l’on inspire. Ces gouttelettes sont produites en toussant ou en éternuant, mais aussi en chantant, en criant, etc.
- par des aérosols en suspension dans l’air, également produits en respirant.
La troisième manière est la plus pertinente pour les installations HVAC. Pour les deux premières, il est préférable de garder ses distances et d’éviter le contact direct. Les gouttelettes respiratoires tombent rapidement au sol, ce qui explique la distanciation sociale du mètre et demi. Les gouttelettes sont aussi retenues par les masques buccaux.
Il en va autrement avec les très fines gouttelettes (inférieures à 5 μm) des aérosols. Celles-ci peuvent rester en suspension dans un local fermé pendant un certain temps. Plus une personne infectée reste longtemps dans un local clos, plus la concentration est élevée et plus il y a de chances qu’une autre personne soit contaminée. Ces aérosols peuvent se déposer sur des objets et des surfaces, ce qui augmente le risque de contamination par contact. Tant que la personne contaminée est présente dans le local, la concentration en aérosol va augmenter. Une fois qu’elle a quitté la pièce, la concentration va diminuer lentement si peu ou pas d’air frais est introduit. Il s’agit donc de ventiler suffisamment pour éliminer l’aérosol.
Le CO2 comme signal
Difficile de mesurer dans l’air s’il y a des particules virales et combien. Nous disposons cependant d’une bonne indication de la pollution de l’air intérieur par la respiration et le taux de CO2. L’air extérieur contient normalement environ 400 ppm de CO2; dans l’air que nous expirons, cette concentration s’élève à 40.000 ppm. Une personne qui fait du travail de bureau va produire jusqu’à 20 litres de CO2 à l’heure. En mesurant la concentration de CO2 dans un local, on peut donc avoir une idée de la quantité d’air expirée, et donc du risque d’aérosols contaminés.
Soyons clairs: il n’y a pas de lien direct entre la concentration de CO2 et la présence éventuelle du coronavirus. Ce dernier point dépend du nombre de personnes contaminées dans un local. Par ailleurs, le nombre de particules virales qu’une personnes infectée expire varie ; un ‘super diffuseur’ peut en produire plus qu’une autre personne. Le CO2 présente l’avantage d’être facile à mesurer et est un bon indice de la nécessité de ventiler. En pilotant la ventilation selon la concentration de CO2, on maintient sous contrôle la concentration d’autres substances potentiellement nocives.
Ventiler signifie introduire de l’air frais et non une recirculation de l’air intérieur, qui peut avoir un effet négatif du fait que l’aérosol est uniformément diffusé dans tout l’espace et transmet d’éventuelles particules virales à d’autres personnes présentes.
Performance énergétique et qualité de l’air intérieur
Faire tourner une installation avec 100% d’air extérieur est facile à dire mais cela signifie des pertes de chaleur considérables. Mieux vaut vérifier si l’installation de chauffage peut supporter cette charge supplémentaire. Il en va de même pour l’installation de ventilation et HVAC. Les prescriptions constructives actuelles se concentrent principalement sur la performance énergétique plutôt que sur la qualité de l’air. Une approche plus équilibrée est recommandée.
HVAC et coronavirus
En tant qu’employeur, il faut veiller à la santé des collaborateurs. L’installation HVAC ne peut être un facteur supplémentaire de propagation du coronavirus. Il est donc préférable de réaliser une analyse des risques. Une première condition est que l’installation fonctionne correctement et soit bien entretenue. D’autres points d’attention consistent notamment à savoir si des débits suffisants peuvent être atteints, si le mode de récupération de chaleur représente un risque de contamination croisée, si les filtres adéquats sont utilisés et s’ils sont en bon état.
Recommandations
Des mesures prioritaires doivent permettre de limiter la concentration de particules virales et de maintenir le temps d’exposition le plus bas possible. Vinçotte a formulé dix recommandations. Les voici en résumé :
- Introduire de l’air frais autant que possible
- Temps de ventilation suffisant: lancez une ventilation intensive deux heures avant l’occupation du local et ne l’arrêtez que deux heures après
- Evitez la recirculation, si ce n’est pas possible, utilisez les bons filtres aux endroits appropriés.
- Ajustez le nombre de renouvellements d’air par heure selon le nombre de personnes présentes
- Limitez le temps de séjour dans un local
- Evitez les petits espaces clos, même s’ils sont bien ventilés
- Tenez compte de la position des collaborateurs dans le local, aussi selon les flux d’air horizontaux pour éviter les contaminations mutuelles
- Vérifiez s’il n’y a pas de fuites d’air dans le système de récupération de chaleur et si les bons filtres sont placés.
- Veillez à ce qu’il n’y ait pas de conflit entre la ventilation naturelle et mécanique, par exemple une perturbation des flux d’air par l’ouverture de fenêtres.
- Maintenez les espaces sanitaires en dépression.
Vinçotte souligne aussi qu’il existe différentes techniques pour éliminer les agents pathogènes présents dans l’air. Il s’agit plus spécifiquement de purificateurs d’air et de filtres HEPA, de filtres électrostatiques, d’une désinfection via un rayonnement UV (pouvant être intégrée à l’installation de HVAC) ou l’ozone. Autant de solutions potentielles au cas où une ventilation suffisante ne peut être obtenue.
Par Alex Baumans











