ÉVÉNEMENTS  
Install Magazine 941 – juin 2017

L’initiative DecarbHeat démarre par un congrès à Bruxelles

Le secteur de la pompe à chaleur s’engage pour un chauffage décarboné

DecarbHeat est une initiative d’EHPA, l’association européenne de l’industrie de la pompe à chaleur. Elle a pour but de réunir les différentes parties afin de réduire à néant les émissions de carbone du chauffage et du refroidissement. Elle s’adresse tant à l’industrie qu’aux autorités et aux autres parties concernées. DecarbHeat a été lancée avec un congrès à Bruxelles. Un des signataires de la déclaration d’engagement n’est ni plus ni moins que le Prince Laurent.

Éviter les émissions de carbone

Le constat de base est simple : le chauffage et le refroidissement sont responsables de 51% de la consommation énergétique totale de l’UE, et ils représentent environ 27% des émissions de carbone. Si on veut contrer le changement climatique et passer à une économie décarbonée, il faut alors drastiquement réduire les émissions des secteurs du chauffage et du refroidissement. Dans le jargon politique, on appelle ce processus la « décarbonisation ».

Bien qu’il existe déjà dans le secteur HVAC de nombreuses techniques pour réduire les émissions de CO2, leur application reste toutefois à la traîne. Pour favoriser cette transition, l’European Heat Pump Association (EHPA) a mis sur pied l’initiative DecarbHeat. Un aspect central est ici la DecarbHeat Industry Pledge, une déclaration d’engagement de l’industrie. Les sociétés qui signent la déclaration se lient entre autres aux objectifs suivants :

  • Tendre vers des émissions de CO2 nulles dans le secteur HVAC d’ici 2050 (et -80% d’émissions d’ici 2040).
  • Mettre l’accent sur des solutions qui soutiennent cet objectif.
  • Favoriser l’utilisation d’énergies renouvelables.
  • Soutenir la recherche dans ces domaines, notamment grâce à des synergies entre l’électricité et la chaleur.
  • Aboutir à une plateforme DecarbHeat afin d’échanger des idées.

Outre l’engagement de l’industrie, il y a aussi une déclaration générale de soutien pour DecarbHeat. Celle-ci est ouverte à d’autres parties concernées, comme les organes politiques, les autorités et les instituts de compétence ; en résumé, tous ceux qui peuvent aider à la réalisation des objectifs de l’initiative. Cette déclaration a directement reçu un soutien de haut niveau, en la personne du Prince Laurent de Belgique, qui fut l’un des premiers signataires. L’intérêt du Prince pour la problématique environnementale est bien connu.

Un congrès bruxellois

DecarbHeat a démarré avec un congrès international de deux jours à Bruxelles. Le lieu était approprié : le siège principal de Bruxelles Environnement sur le site de Tour & Taxis est en effet un projet témoin de bâtiment climatiquement neutre. Le Heat Pump City of the Year Award (sur lequel vous en serez plus ailleurs dans ce magazine) fut également remis à cette occasion. Dans la mesure où la politique locale est d’une importance capitale dans le déploiement du chauffage et du refroidissement écologiques, l’EHPA récompense chaque année la ville qui a le plus œuvré en faveur de la technique de PAC.

Vers un avenir sans carbone

Le congrès a abordé la problématique de manière très large. Non seulement le secteur HVAC même a eu voix au chapitre, mais on eut également droit à une contribution du politique (avant tout au niveau européen) et des instituts scientifiques. On s’est ensuite par ailleurs également penché sur l’approche des autres industries. Lors du deuxième jour, on est revenu sur le rôle de la digitalisation dans le paysage énergétique du futur. La grande diversité des approches a donné lieu des discussions animées. On a pour ce faire eu recours à des moyens de communication modernes : une appli a ainsi permis de poser des questions aux orateurs et de tenir compte en temps réel des questions du public.

Mobiliser tous les moyens

Les orateurs estimèrent à l’unanimité qu’un secteur du chauffage décarboné était un objectif non seulement souhaitable, mais aussi réalisable. Plus encore, comme divers projets-témoins l’ont démontré, il existe déjà des techniques efficaces en la matière. Il ne reste plus qu’à les optimaliser et à les utiliser à grande échelle. Un encadrement et des mesures de soutien adaptées sont à ce titre nécessaires. Pékin est un exemple de ce que cela peut donner en pratique. Si en Europe, la volonté de réduire les émissions est peu perceptible, en Chine, par contre, elle est motivée par un motif d’urgence : réduire la pollution de l’air due à la combustion du charbon. Une campagne de soutien a dans ce but été mise sur pied à Pékin afin de remplacer les poêles à charbon par des PAC, et ce avec des résultats spectaculaires. De quelque 6.000 unités en 2015, les ventes de PAC ont progressé jusqu’à 161.000 unités en 2016 ; et pour 2017, on mise sur 300.000 pièces. Ces chiffres ne concernent que Pékin. Pour l’ensemble de la Chine, on espère placer 3 millions de PAC en 2017.

Le fait qu’il y ait de plus en plus d’intérêt de la part des institutions européennes pour les applications thermiques est toutefois encourageant. Dans la politique énergétique, la chaleur était en effet jusqu’à présent fortement négligée. Du changement est cependant apparu dans le récent paquet de mesures de la Commission. Le choix d’une économie décarbonée a de plus des effets secondaires : une plus grande efficacité énergétique est tout d’abord synonyme de compétitivité accrue, et elle réduit ensuite la dépendance énergétique.

Le défi du secteur de la construction est malgré tout énorme. Pour la construction neuve, un long chemin a déjà été parcouru, mais le parc immobilier est encore majoritairement obsolète. Le degré de rénovation doit considérablement progresser si on veut atteindre les objectifs européens.

Une vision intégrée de l’énergie

Étant donné le contexte du congrès, il ne sera guère surprenant que les PAC soient sorties du lot parmi les techniques appropriées pour aboutir à la décarbonisation. Le caractère écologique d’une PAC dépend toutefois de l’électricité avec laquelle elle est mue. Dans le bâtiment, on peut économiser de l’énergie en se convertissant à la technique de PAC, mais si cette conversion signifie que des centrales au charbon ou au lignite supplémentaires doivent tourner pour couvrir la consommation du nombre accru de PAC, l’effet total peut se révéler négatif. Le placement d’une PAC doit donc s’accompagner d’une part plus grande d’énergie et de chaleur vertes. L’approvisionnement en énergie doit être perçu comme un système intégré.

Un exemple concret nous vient de Kalundborg (Norvège), où divers producteurs (industrie, incinérateurs…) et consommateurs de chaleur sont reliés dans un réseau de chaleur. On commence également à percevoir du côté de l’UE les possibilités de revalorisation de la chaleur résiduelle. En cartographiant de manière précise la production et la consommation, l’initiative Heat Roadmap Europe essaie de rassembler toutes les parties intéressées par le biais d’un atlas paneuropéen de la chaleur. La chaleur industrielle possède en effet un potentiel énorme.

Des exemples issus de l’industrie

C’est pourquoi l’industrie eut également droit à la parole. Ce secteur a également fortement réfléchi à l’optimalisation énergétique. Les PAC constituent une manière intéressante de récupérer de la chaleur des processus industriels, et de la réutiliser de façon bénéfique. Des entreprises diverses comme Ikea, Wienerberger, Airbus ou Mars ont donné des exemples concrets d’application de chaleur verte. Le chemin vers la chaleur décarbonée est peut-être difficile, mais l’objectif est certainement réalisable.

Par Alex Baumans

www.decarbheat.eu