ÉVÉNEMENTS  
Install Magazine 971 – septembre 2020

L’UE prône une reprise verte pour l’après-coronavirus

EUSEW 2020 : une édition entièrement virtuelle

On peut dire que cette édition de la Semaine européenne de l’énergie durable EUSEW aura été particulière : afin de respecter les mesures sanitaires, tout s’est en effet déroulé à distance. Cette crise, ou plutôt ce qui viendra après, a d’ailleurs été l’élément central des débats. Un point a fait l’unanimité : la stratégie de relance doit nous permettre de repartir sur des bases plus vertes et non de reprendre les mauvaises habitudes du monde d’avant. Un thème tout trouvé donc cette année : « Au-delà de la crise : une énergie propre pour une relance et une croissance vertes ».

Le coronavirus, une opportunité à saisir pour le climat

Lors de la séance d’ouverture, la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, soulignait que la politique de relance et la politique climatique ne devaient pas nécessairement s’affronter. Au contraire, nous avons le devoir de saisir cette opportunité pour rénover notre économie, mais sur une base verte. Nous devons repenser l’intégralité de notre système énergétique pour qu’il soit plus circulaire, plus décentralisé et plus numérique.

Fort de la présidence croate de l’UE, Tomislav Ćorić, le ministre croate de l’Énergie, a ajouté que la crise a mis en exergue tout l’intérêt d’un marché interne efficace et d’une sécurité d’approvisionnement. L’UE doit renforcer ces aspects de sa politique de relance, notamment en matière d’énergie. Selon lui, la rénovation des bâtiments jouera un rôle capital dans la poursuite d’un avenir neutre en carbone. On le sait, le parc immobilier actuel est une source importante d’émissions de CO2. Par ailleurs, la nécessité de développer l’économie de l’hydrogène sera un des piliers de la transition énergétique. Ce dernier élément requiert du reste une intégration intelligente des différents systèmes énergétiques en présence qui, aujourd’hui, n’entrent encore que très peu en interaction.

L’approche piranha

La séance d’ouverture s’est clôturée sur l’intervention d’une série d’invités. Nous mentionnerons Bertrand Piccard de la fondation Solar Impulse. Il insiste sur l’importance de d’abord déterminer clairement ce que doit impliquer une politique de relance verte pour le citoyen. Pour de nombreux ménages, la crise du coronavirus laissera des cicatrices. Les considérations de ces personnes touchées de plein fouet sont à mille lieues des grands objectifs mondiaux ou des réflexions sur la fonte des glaciers. Ce qu’elles veulent, c’est reprendre une vie normale, ici et maintenant. Donc, d’après Bertrand Piccard, nous ne devons pas parler en termes d’environnement, mais plutôt d’efficacité énergétique. Notre système actuel est construit sur un gaspillage sans précédent des matières premières et des ressources. La stratégie de relance doit proposer un modèle aux antipodes de ce gaspillage, une vision qui trouvera facilement du soutien. Une stratégie efficace ne peut être que verte, ça coule alors de source.

Par ailleurs, il a également défendu ce qu’il appelle l’approche piranha. Un piranha seul n’a rien de vraiment dangereux et sa morsure n’est pas des plus puissantes. Mais, lorsque tout un banc s’en prend simultanément à une proie, ces poissons peuvent rapidement venir à bout d’animaux beaucoup plus imposants qu’eux. Une politique verte ne peut donc pas s’appuyer exclusivement sur quelques mesures particulièrement ambitieuses, mais plutôt sur toute une série de petites actions dont les effets s’additionneront.

Du labo au marché

Ann Mettler, de la fondation Gates, s’est intéressée au côté économique de la question. Priorité absolue : les cycles de développement des produits doivent être raccourcis. Le lancement sur le marché des techniques qui incarnent aujourd’hui l’énergie renouvelable, à savoir les panneaux photovoltaïques, les éoliennes ou les pompes à chaleur, date systématiquement d’il y a au moins 25 ans. Ces délais de développement doivent, en urgence, être réduits si nous voulons disposer de suffisamment de techniques novatrices à l’horizon 2050.

Elle a également mis le doigt sur une faiblesse structurelle du système industriel européen. L’Europe investit massivement dans son secteur R&D et notre continent n’a franchement pas à rougir de ses recherches et de son innovation. Pourtant, les résultats de ces recherches ont du mal à se frayer un chemin jusque sur le marché. Ce dernier ne parvient pas facilement à produire en masse les technologies issues des laboratoires. C’est pourquoi, alors que l’Europe compte de nombreuses start-ups, ces dernières ne réussissent pas à s’imposer comme leaders du marché. Revoir notre stratégie d’investissement peut nous aider à dépasser cet obstacle. Les start-ups actives dans les technologies novatrices ont besoin d’investisseurs qui soient prêts à prendre de plus grands risques et à faire preuve d’une plus grande patience que les institutions financières traditionnelles.

Les prix EUSEW

Les prix EUSEW ont été décernés cette année encore. Trois catégories principales coexistaient :

Dans la catégorie Jeunesse, c’est FER qui a été consacré. Il s’agit d’un projet communautaire installé à Zagreb (en Croatie) et qui entend lutter contre la pauvreté énergétique en organisant des audits et en faisant des propositions de mesures d’économie d’énergie.

Dans la catégorie Innovation, le prix est revenu à Remote, un projet d’autonomisation énergétique des villages isolés.

Dans la catégorie Engagement enfin, c’est Clear 2.0 qui a remporté le prix. Ce programme test orienté consommateurs en Belgique, en République tchèque, en Italie, au Portugal, en Slovénie et en Espagne évalue les performances des systèmes à énergie renouvelable pour les logements et aide les propriétaires dans leur adoption de systèmes durables.

Ensuite, le prix spécial des Femmes dans l’énergie devait mettre en avant la contribution des femmes dans un secteur encore majoritairement vu comme masculin. Les lauréates furent Ada Ámon, responsable du climat pour la ville de Budapest, Katharina Haberbrunner de l’ONG WCEF, qui s’engage dans la lutte contre la pauvreté climatique, et Sophie Attali, de l’organisation de consommateurs Guide Topten, qui milite pour une plus grande efficacité énergétique des appareils électroménagers.

Enfin, un prix spécial était également réservé aux projets de la périphérie orientale de l’UE. Il a été remporté par Green Light Moldova pour son action dans le domaine de l’éclairage public peu gourmand en énergie.

Un peu de Belgique sur le podium

Le gagnant de la catégorie Engagement, Clear 2.0, a un peu de Belgique en lui. En effet, une des organisations de consommateurs participantes était Test Achat. L’objectif du projet était de démocratiser le passage aux systèmes durables. Cela impliquait notamment un soutien au développement du projet de transition, mais également la mise à disposition d’informations objectives basées sur des tests indépendants réalisés sur des systèmes résidentiels (panneaux photovoltaïques, pompes à chaleur). Ainsi, le projet a pu inciter environ 30 000 ménages dans 6 pays à opter pour l’énergie renouvelable dans leur résidence.

Par Alex Baumans

www.eusew.eu