POMPES À CHALEUR  
Install Magazine 971 – septembre 2020

La nécessité de passer aux réfrigérants naturels

Conférence Atmo en collaboration avec l’Institut Technologique Danois

Atmosphere est une série de forums et de congrès organisés sous l’impulsion du prestataire de services Schecco dans le but de favoriser l’utilisation des réfrigérants naturels. En raison des restrictions dues aux mesures Coronavirus, il a été décidé de poursuivre les rencontres en ligne. Un congrès virtuel de deux jours a ainsi été organisé fin juin en collaboration avec l’Institut Technologique Danois (DTI). Une des interventions avait trait à l’utilisation des réfrigérants naturels dans les pompes à chaleur.

Les gaz fluorés plus nocifs que prévus

Fionnuala Walravens de l’Environnmental Investigation Agency a expliqué que l’effet de serre des HFC avait été sous-estimé. Cela est dû à la manière dont le GWP d’un réfrigérant est calculé. La méthode actuelle prend en compte l’impact d’une matière dans l’atmosphère sur une période de 100 ans. Or, la plupart des HFC ont une durée de vie inférieure à 20 ans. En se basant sur une période de 100 ans, leur effet semble donc moins important, dans la mesure où ces réfrigérants ont en grande partie déjà disparu de l’atmosphère durant cette période. Si nous observons toutefois l’impact de ceux-ci durant les 20 premières années, lorsque les HFC sont donc encore actifs dans l’atmosphère, le résultat est tout à fait différent. Le R32, par exemple, , avec un GWP de 675 selon le calcul actuel, atteint alors un niveau de 2430 si on se base uniquement sur les 20 premières années. En amenant massivement des HFC dans l’atmosphère, nous risquons dès lors de créer de grands problèmes à court terme.

D’autres alternatives ne sont également pas toujours aussi durables que prévu. Des doutes sont ainsi émis à propos du R1234yf. Lorsque celui-ci se décompose, il libère des matières résiduelles nocives qui peuvent s’accumuler dans l’atmosphère. Pour Fionna Walravens, c’est clair : nous devons opter pour des réfrigérants durables, et à terme, il ne peut s’agir que de réfrigérants naturels.

La croissance de l’HVAC

La question se pose de façon de plus en plus urgente, car nous sommes à la veille d’une forte croissance des appareils mus par compresseur dans l’HVAC. Il y a tout d’abord le rafraîchissement de confort. Plus le climat se réchauffe, plus la demande en refroidissement de confort va augmenter. On s’attend à ce que le parc actuel de climatiseurs résidentiels triple d’ici 2050. Il s’agira essentiellement d’appareils avec compresseur, qui auront donc besoin de réfrigérant.

On note également, en chauffage, une part de plus en plus importante de pompes à chaleur, dans le cadre de la transition énergétique. L’Europe compte actuellement environ 120 millions de bâtiments. Si on se base sur le fait que la technique de pompe à chaleur occupera une part de 75% d’ici 2050, cela se traduira par un parc d’appareils installés total de 90 millions d’unités. On aura donc besoin dans le futur de quantités considérables de réfrigérants ; et dans cette optique, on choisira de préférence l’option la plus durable.

Passer au propane ?

Les partisans des réfrigérants naturels plaident dès lors également pour une limitation des gaz fluorés pour les climatiseurs et PAC. Comme alternative, ils proposent le R290 (propane). Ce dernier est déjà utilisé dans divers types d’appareils. En Inde et en Chine, de grands fabricants produisent déjà à grande échelle des climatiseurs de type split au R290.

Concrètement, deux mesures peuvent aider le propane à percer sur le marché. La première consiste à accroître le volume maximal de réfrigérant des fluides frigorigènes A3 (comme le R290) de 150 g par circuit à 988 g. Il y a déjà des initiatives qui vont dans ce sens. La deuxième consiste à imposer plus de restrictions aux gaz fluorés dans la climatisation. On devrait ainsi pouvoir interdire en 2025 les gaz fluorés dans les climatiseurs de type split. Cette étape a d’ores et déjà été franchie dans les appareils mobiles, dans la mesure où l’Europe impose depuis cette année un GWP max. de 150, ce qui pousse les fabricants à passer au R290. Couplées à une politique de sensibilisation, ces mesures peuvent contribuer à ce que les segments de marché majeurs passent aux hydrocarbures.

La technique est disponible

Bien que les réfrigérants naturels soient essentiellement associés au refroidissement commercial, il existe déjà pas mal d’applications disponibles pour l’HVAC. Afin de mieux faire connaître celles-ci, l’EIA a, en collaboration avec Schecco, créé le site www.cooltechnologies.org. Ce dernier doit fonctionner comme un inventaire des systèmes de refroidissement et des composants qui fonctionnent sans gaz fluorés. Les fabricants de tels appareils peuvent introduire leurs solutions sur cette liste.

Par Alex Baumans

www.shecco.com

www.dti.dk

www.cooltechnologies.org