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Install Magazine 964 – octobre 2019

Les possibilités du biogaz

Le sixième Vlaams Vergistingsforum

On évoque de plus en plus les possibilités des gaz verts pour remplacer le gaz naturel. Dans ce cadre, diverses sortes de gaz entrent en ligne de compte, comme l’hydrogène, le biogaz, le biométhane ou le gaz de synthèse. Quel que soit le type finalement élu, y passer serait assurément un grand pas en avant vers la décarbonisation du secteur de la chaleur. Ce qui rend cette idée encore plus attractive, c’est que cette action a un impact minimal sur les techniques existantes : le réseau de gaz actuel, les installations intérieures et les appareils pourraient majoritairement être conservés. Une raison suffisante pour nous renseigner sur le forum de Biogas-E, l’association de la fermentation anaérobie.

Des déchets qui deviennent des matières premières

Le Vlaams Vergistingsforum (forum flamand sur la fermentation) est organisé par Biogas-E et fait office de grand-messe pour le secteur de la fermentation anaérobie en Flandre. Biogas-E fut fondée il y a 15 ans dans le but de soutenir la production d’énergie renouvelable en Flandre. En effet, la fermentation de déchets agricoles et du lisier produit du biogaz, qui peut servir de combustible ou de carburant. Des déchets deviennent ainsi une matière première et l’on fait un pas en direction de l’économie circulaire.

Au début des années 2000, le concept en était encore à ses premiers balbutiements en Flandre, en particulier vis-à-vis d’autres pays européens. Au Danemark, on connaissait déjà des installations à grande échelle approvisionnant des centrales pour des réseaux de chaleur. L’Allemagne a plutôt opté pour de plus petites applications, à l’échelle des fermes, qui traitaient tant le lisier et le fumier que des déchets et des plantes à vocation énergétique. Depuis, la Flandre a aussi parcouru tout un chemin, pour ce qui est à la fois du nombre d’installations et des rendements qui peuvent en être tirés. Pourtant, les objectifs de l’administration flamande restent peu ambitieux : le biogaz devrait assurer 9 % de la production totale d’électricité verte, soit 912 GWh. Cela correspond à la capacité prévue actuellement. Selon Biogas-E, moyennant une politique adaptée, on peut aller plus loin, ce que prouve la situation des pays voisins. L’approche de la Wallonie est aussi plus ambitieuse.

La prochaine étape : le biométhane ou l’hydrogène ?

Traditionnellement, le biogaz d’un digesteur sert à entraîner une unité de cogénération. Celle-ci fournit alors en première instance de la chaleur et du courant à la société qui exploite le digesteur, dans la plupart des cas une exploitation agricole. En général, ces entreprises utilisent environ 10% de l’électricité eux-mêmes, le reste étant injecté dans le réseau. Mais il est également possible de livrer cette chaleur et cette électricité à d’autres consommateurs à proximité, ce qui rend l’installation économiquement plus intéressante.

Dans le cadre de la transition énergétique, on réfléchit cependant plus loin. Le biogaz peut, par exemple, être converti en biométhane, qui peut alors être injecté dans le réseau de gaz, en tant qu’alternative verte au gaz naturel. Le biométhane peut aussi servir de carburant pour des véhicules et rendre ainsi le transport lourd plus durable. Une autre possibilité consiste à produire de l’hydrogène à base de l’électricité verte. Les applications de l’hydrogène vont d’une simple incorporation dans le réseau de gaz naturel à des techniques orientées vers l’avenir comme les piles à combustible. On peut aussi faire appel à ces gaz en tant que matière première dans la chimie.

Le gaz, vecteur d’énergie

La conversion en biométhane ou en hydrogène résout déjà un problème auquel doit bien à l’occasion faire face une installation de fermentation traditionnelle. La production de l’énergie ne correspond pas toujours avec la demande. Le surplus en électricité peut être injecté dans le réseau, mais cela a ses limites. Mais le biométhane et/ou l’hydrogène peuvent être transportés par l’intermédiaire du réseau de gaz naturel afin d’alimenter des utilisateurs situés plus loin ou pour être stockés. À Merksplas, un tel projet est déjà en cours avec l’intercommunale IOK. Fluvius voit en tout cas positivement les propositions de verdissement du gaz dans les conduites. Une condition cependant : la qualité du gaz fourni doit être constante, chaque mètre cube passant le compteur doit avoir le même pouvoir calorifique.

Lorsqu’il est question de transition énergétique, on part facilement du principe que le futur sera totalement électrique. Mais il convient toutefois de faire quelques remarques. L’électricité va croître en importance, c’est évident, en particulier dans le transport et le chauffage. D’un autre côté, il subsiste une énorme demande couverte actuellement par du gaz et des combustibles ou carburants liquides. De plus, le gaz est plus facile à stocker et à transporter que l’électricité. C’est donc un tampon adéquat pour absorber l’offre variable d’électricité verte ou pour transporter de l’énergie de régions très venteuses ou ensoleillées vers d’autres produisant moins d’énergie verte. Que la forme à privilégier soit l’hydrogène, le méthane ou l’ammoniac, l’avenir nous le dira. Quelle que soit la tournure prise, des installations de fermentation ont certainement leur place dans un tel paysage énergétique. Pour le futur proche, le conflit entre l’électricité et le gaz est donc une fausse opposition.

« Biogas ready » comme argument de vente

On n’aime que ce qu’on connaît. Et hélas, le biogaz reste très peu connu du grand public. C’était également le constat en Suède, où le biométhane est cependant utilisé à grande échelle, entre autres en tant que carburant pour des véhicules. Ça a incité une série de partisans de cette technique à lancer une campagne de communication. Ils ont choisi le terme « biogaz » parce que c’était le plus clair pour le grand public, et ils ont développé un logo en harmonie. Ils ont ainsi pu attirer l’attention sur des applications existantes du gaz vert. De plus, des entreprises ou organisations qui faisaient traiter leurs déchets biologiques ont pu mieux démontrer de quelle manière elles contribuaient à un avenir à faible émission de carbone. Pour encore mieux faire ressortir les possibilités du gaz vert, il y a également la mention « biogas ready » pour les appareils à gaz ou véhicules qui fonctionnent actuellement encore au gaz fossile mais peuvent passer facilement à du gaz durable.

Eau et digestat

Le pionnier de la fermentation Willy Verstraete a aussi lancé un appel pour regarder plus loin que le secteur de l’énergie. Les digesteurs sont capables de plus : ils peuvent livrer des gaz et des matières premières à la chimie, et produire des protéines susceptibles de servir d’aliments pour le bétail ou d’engrais. Cela réduirait la dépendance de notre agriculture vis-à-vis de l’importation de tels aliments. Alors que le niveau de la nappe phréatique requiert de plus en plus d’attention, il faut aussi penser à réutiliser l’eau. Bref, les déchets peuvent redevenir des matières premières de différentes manières grâce à la fermentation.

Par Alex Baumans

www.biogas-e.be