POMPES À CHALEUR
Install Magazine 961 – juin 2019
La pompe à chaleur : lien essentiel dans la décarbonation du chauffage
Heat Pump Forum d’EHPA à Bruxelles
L’annuel Heat Pump Forum d’EHPA, l’association européenne du secteur de la pompe à chaleur, s’installe tous les deux ans à Bruxelles. Quelque deux cents experts de divers pays se sont rendus dans notre capitale pour débattre de l’avenir de la pompe à chaleur. Cette technique joue un rôle central dans la décarbonation du secteur du chauffage. Pour l’EHPA, c’est comme une évidence : un chauffage décarboné doit passer par la PAC.
Vision du futur
Afin de rendre plus concrète l’importance de la décarbonation, l’EHPA a eu l’idée d’inviter la jeune militante de onze ans Marion Jones de Kids for Climate. C’est en effet sa génération qui sera confrontée aux conséquences du réchauffement climatique. Elle a insisté sur la nécessité de prendre le changement climatique au sérieux et d’adopter des mesures drastiques en conséquence. De petites adaptations ne suffisent plus : nous devons vivre autrement à tous niveaux, également dans notre manière de manger et de voyager.
Il existe toutefois de nombreux obstacles, notamment économiques. Comme le démontre le témoignage d’Anke Uytterhoeven de la KULeuven, il y a beaucoup de bonnes intentions, mais elles se heurtent à des restrictions financières. Les défis ne sont pas purement techniques, mais ils ont un aussi caractère social. Il s’agit d’une donnée importante mise en lumière dans l’exposé de Thomas Pellerin-Carlin (Jacques Delors Institute) à propos de la politique européenne : nous ne devons pas nous focaliser uniquement sur le climat, la politique doit aussi être socialement équitable. Des mouvements comme les Gilets Jaunes en France sont entre autres nés des effets inattendus de la politique énergétique.
L’ambition européenne de devenir carboneutre d’ici 2050 a contribué à placer la barre trop haut. Cela ne suffit plus de réduire les émissions de CO2 à l’aide de techniques existantes, on doit désormais se tourner vers de solutions d’avenir ; et dans la vision de la Commission européenne, les combustibles fossiles pour le chauffage n’ont que peu d’avenir.
Une pièce du puzzle
La collaboration entre les différents secteurs : tel était l’un des thèmes centraux du Forum, qui avait aménagé de l’espace pour les représentants de secteurs qui, traditionnellement, sont perçus comme des concurrents de la PAC, comme les réseaux de chaleur ou le secteur du gaz. Chacun est toutefois en mesure d’apporter sa pierre à l’édifice.
Un panel d’orateurs est ensuite revenu sur le potentiel du gaz vert. Il existe en effet des opportunités en la matière, mais pour ce qui est de l’hydrogène vert, tout dépend de l’excédent d’électricité renouvelable. Il est effectivement plus efficace d’utiliser directement un maximum d’électricité verte. Le gaz vert va donc de toute façon devenir une denrée rare, qui sera probablement mieux mise à profit dans le transport et l’industrie. L’objectif principal du chauffage devra donc être atteint d’une autre manière, et les PAC ont ici un rôle clé à jouer. Dans une phase de transition, on peut aussi penser à des PAC hybrides, dans lesquelles la technique de combustion ne devrait fonctionner que dans les circonstances les plus défavorables.
L’opposition entre réseaux de chaleur et PAC n’est valable que dans le cas de systèmes classiques, dans lesquels de l’eau ou de la vapeur est pompée à de très hautes températures. Plus les températures de fonctionnement diminuent, plus les chances de la PAC augmentent. Dans les réseaux de chaleur de la 5e génération, on pourra même chauffer et refroidir en même temps, ce qui crée un potentiel pour la récupération de chaleur ou l’usage de chaleur résiduelle. On peut ici évoquer des systèmes avec PAC et installations de pompage décentralisées destinés à la récupération de chaleur.
Les facteurs favorables à une percée sur le marché
Bien que la PAC soit globalement une « success story » (croissance à double chiffre pour la 4e année d’affilée et presque 12 millions d’appareils installés en Europe), de grandes différences subsistent encore entre les marchés. Des représentants des associations sectorielles d’Allemagne, Pays-Bas et France ont partagé leur expérience.
De l’Allemagne, nous retiendrons que le rapport de prix entre l’électricité et le gaz est déterminant pour le succès des PAC. Le secteur allemand doit faire face à un grand handicap ; ce n’est qu’en Belgique que le rapport entre combustibles fossiles et électricité est encore plus mauvais. Tout comme chez nous, cette différence de prix n’est pas tellement due aux coûts inhérents de la production et de la distribution, mais plus aux taxes de toutes sortes. Doit-on rendre l’électricité meilleur marché ou taxer plus lourdement les combustibles fossiles : la question reste ouverte.
Les Pays-Bas représentent l’étoile montante sur le marché de la PAC. Dans le cadre de la sortie du gaz, le marché a doublé en 2016 sur une année et a depuis enregistré des chiffres de croissance de 40-50% par an. Cette croissance spectaculaire constitue la preuve qu’une politique adaptée fonctionne. Cette politique doit toutefois être cohérente, ce qui signifie que toutes les instances compétentes doivent être sur la même ligne. L’approche consistant à ne pas raccorder au gaz toute nouvelle construction, mais à lui attribuer des subsides pour PAC résidentielles, a clairement porté ses fruits.
La France a connu une croissance brutale des PAC au début des années 2000, suivie par un recul tout aussi important après 2008. En son temps, ce marché a surtout attiré des acteurs opportunistes, ce qui a fortement entamé la confiance du public. L’Afpac, l’association sectorielle française, a pris des tas d’initiatives pour rétablir la confiance des particuliers, avec notamment des labels de qualité et des certifications pour installateurs. Elle a également publié « les dix commandements dans le choix d’une PAC » avec des conseils apportés aux clients.
Qu’en est-il de l’industrie ?
L’industrie offre également des possibilités en termes de PAC. Diverses entreprises tendent vers plus de diversité, tant pour des raisons économiques que de responsabilité sociale. Les représentants, entre autres, de Mars Wrigley, Colruyt et Kiilto ont partagé leur expérience. Le champ d’applications des PAC ne cesse de croître, et le potentiel d’économie d’énergie est énorme, surtout en cas de récupération de chaleur.
Si on ne constate pas encore de grande percée dans l’industrie, cela est notamment dû au fait que les entreprises sont plus enclines à investir dans leur activité de base – ce qui génère des revenus- que dans des systèmes plus efficaces –ce qui génère des économies. Les PAC exigent de plus la plupart du temps un système adapté d’utilisation et de distribution de l’énergie dans une usine. Dans un concept traditionnel, on se base plutôt sur une production surdimensionnée de chaleur et de froid, de façon à ce que les différents utilisateurs bénéficient à coup sûr d’une capacité suffisante. Transformer un telle installation en une autre correspondant mieux aux puissances et températures utilisées n’est pas évident. Le rôle des PAC croît donc au fur et à mesure que de nouveaux site de production sont construits et que des rénovations profondes sont réalisées.
Des perspectives encourageantes
La conclusion est que la PAC a un bel avenir devant elle. La technique est disponible et elle est de plus en plus perçue comme une technique standard. Le champ d’application s’agrandit par ailleurs systématiquement. Les PAC constituent donc une méthode efficace pour limiter les émissions de carbone.
Par Alex Baumans












