FÉDÉRATION
Install Magazine 957 – février 2019
Une politique claire exigée
Les fournisseurs appellent le gouvernement à faire des choix
Traditionnellement, l’ATTB, l’association belge des fournisseurs de matériel de chauffage, fournit à l’occasion de la nouvelle année un aperçu des évolutions du marché les plus marquantes de l’année passée. Pour le secteur, l’année 2018 ne restera pas dans les annales. Il s’agit en grande partie d’une copie conforme de l’année précédente, sans chiffres marquants. On se trouve néanmoins face à de grands défis : la transition énergétique, la sortie du nucléaire et l’électrification du chauffage entraîneront en effet de grands changements. Du côté du gouvernement, le flou règne sur la façon d’aborder ces défis, ce qui place tout un chacun dans une position d’attente. L’ATTB appelle ainsi les autorités à opérer des choix politiques clairs.
Plus ou moins identique
En comparaison avec 2017, l’année 2018 pourrait être décrite comme ‘plus ou moins identique’. On y remarque ainsi les mêmes évolutions : les ventes de chaudières à gaz restent relativement stables, les chaudières au mazout connaissent une diminution de 20% et poursuivent donc leur tendance à la baisse. Par ailleurs, les pompes à chaleur affichent à nouveaux de beaux chiffres de croissance, mais le nombre absolu d’unités vendues reste limité, de sorte qu’on ne peut pas encore parler de véritable percée.
Si on observe d’autres techniques, nous constatons que les chauffe-eau solaires affichent un grand potentiel. Au sein de l’ATTB, Belsolar continue de surveiller la qualité du matériel proposé. Entre-temps, environ 1.300 installateurs ont obtenu la certification ResCert, ce qui contribue également à accroître fortement le niveau d’exécution. Le gouvernement flamand maintient par ailleurs sa confiance dans cette technologie. Début 2018, le calcul PEB a été adapté, de façon à ce qu’une surface de capteur solaire équivalant à 2,5% de la surface de l’habitation satisfasse à l’exigence relative à l’énergie renouvelable en construction neuve. Des discussions sont également en cours afin de mieux faire correspondre le niveau E et la valorisation du soutien au chauffage à l’économie énergétique réelle. Le ministre flamand Tommelein a enfin décidé de reporter la réduction de la prime pour le placement d’un chauffe-eau solaire en rénovation. Ceci est un signe clair de confiance dans l’énergie solaire thermique.
La micro-cogénération est une technique qui rencontre beaucoup de succès. L’introduction des piles à combustible s’est révélée être une application intéresssante, bien que le nombre d’appareils reste effectivement encore trop petit. On perçoit par ailleurs aussi un intérêt pour des systèmes plus traditionnels à moteur. En Belgique, la micro-cogénération se porte globalement bien : elle équivaut à environ 20% de la production d’électricité. Il s’agit essentiellement de systèmes industriels, mais à petite échelle également, c’est une méthode intéressante pour couvrir une grande partie des besoins propres, qui peut certainement tenir la comparaison avec, par exemple, la combinaison panneaux PV-batteries.
Le politique doit sortir du silence
Étant donné les défis à affronter, le slogan « pas de nouvelles, bonnes nouvelles » ne s’applique vraiment pas ici. Il y aura des élections l’an prochain ; et le secteur appelle dès lors le politique à mettre sur pied un plan cohérent à long terme en matière de transition énergétique. On fait ici référence aux Pays-Bas, où on a tracé une voie vers un futur sans gaz, de façon à ce que le secteur puisse établir des structures et proposer des produits adaptés. Il faut se distancier des initiatives à court terme qui sont annulées aussi rapidement qu’elles sont lancées. Le tumulte de cet été causé par la proposition d’interdiction de la vente de nouvelles chaudières au mazout en Flandre en est un bel exemple. De telles actions ne nous rapprochent pas de la transition énergétique, au contraire. Elles génèrent de l’inquiétude sur le marché, ce qui contribue à réduire la propension à investir. Le gouvernement doit bien veiller à ce que la réduction de CO2 soit atteinte avec les coût sociaux les plus faibles possibles.
Le prix élevé du courant, couplé à une incertitude persistante à propos de la sécurité nucléaire et de la disponibilité de l’électricité sont à nouveaux les raisons qui expliquent le non démarrage de la PAC en Belgique. Toutefois, une électrification accrue du chauffage constitue une étape importante dans la transition énergétique. Actuellement, le gouvernement souffle le chaud et le froid en même temps : d’un côté, on plaide pour les PAC, mais de l’autre, on ne fait rien pour créer les conditions-cadres. L’annonce de mesures de soutien ont également un effet ralentisseur sur le marché, les décisions d’investissement étant alors effectivement reportées. Nous ne devons pas oublier qu’environ la moitié des chaufferies en Belgique n’est pas encore équipée de chaudière à condensation. Cela signifie que quelque deux millions de chaudières doivent être remplacées urgemment. Le potentiel d’économie est énorme. En activant la rénovation, il est possible d’enregistrer rapidement des gains considérables. En termes de primes, l’ATTB trouve encourageant que le soutien aux PAC et aux chauffe-eau solaires reste d’application, et que s’ajoute une prime pour les chauffe-eau thermodynamiques.
Nous possédons la technologie
Nous avons entretemps perdu du temps, alors que les défis s’accumulent. La technique permettant de réduire drastiquement les émissions est disponible. Cela peut aller de simples mesures en matière de rénovation de chaufferie à des applications comme les réseaux de chaleur et les pompes à chaleur, en passant par des solutions plus axées sur le futur, comme le biogaz ou la technique de l’hydrogène. Au final, nous devons aboutir à une société pauvre en carbone, mais les choix techniques pour y arriver sont divers. L’ATTB représente quasiment toutes les techniques, et ne veut donc pas se contenter d’en promouvoir une plus qu’une autre. L’association lance toutefois un appel vibrant au gouvernement pour poser des jalons, de façon à ce que le secteur puisse entreprendre les actions nécessaires pour atteindre ces objectifs.
Numérisation
Il y a également des changements au sein du secteur. La numérisation s’opère à un rythme de plus en plus rapide. Les grandes entreprises internet comme Google et Amazon investissent dans les fournisseurs de domotique. En ce moment, la pénétration du marché des régulations intelligentes est encore relativement limitée, mais nul doute qu’elle va rapidement augmenter, surtout lorsque d’autres applications de l’Internet des Objets vont arriver.
Pour les fabricants traditionnels, cela signifie toute une adaptation. Jusqu’à présent, le chauffage était une technique totalement à part, et les fabricants de matériel de chauffage avaient la liberté totale d’effectuer des réglages sur leurs appareils. Dans le futur, un appareil de chauffage ne constituera plus qu’un élément dans un grand système, qui comprendra par exemple des données météo de l’internet, sa propre production d’énergie et des données du réseau d’électricité. Ceci exige une autre approche, mais aussi d’autres connaissances et compétences tant de la part du fournisseur que de l’installateur.
La formation est donc plus importante que jamais. Chacun se doit, dans le secteur, d’acquérir le bagage technique nécessaire. Avec l’importance de la digitalisation, le besoin de compétences en électronique et software augmente également. Les spécialistes en ICT sont pour le moment toutefois encore rares dans le monde du chauffage. Ceci constitue sans aucun doute un des grands défis de demain.
Par Alex Baumans











