SANITAIRE  
Install Magazine 956 – décembre 2018

Dégâts occasionnés par les conduites d’eau

Le point de vue des assureurs en Allemagne

VdS est une instance de certification, spécialisée dans l’évaluation des risques (incendie, sécurité, cyber sécurité, catastrophes naturelles). Cette organisation allemande est en étroite relation avec le secteur des assurances et publie des informations visant à réduire les risques et limiter le coût des dommages. Parmi ses domaines d’expertise : les dommages matériels inhérents aux installations. Début octobre, la VdS a organisé une journée d’étude à Cologne. Voici un compte rendu et quelques conclusions valables également dans notre pays.

Le problème

La journée d’étude a traité la question du point de vue des compagnies d’assurance, en incluant les constatations des techniciens et les résultats d’une étude scientifique portant sur des cas de sinistres. Les exposés n’étaient pas focalisés sur les défauts techniques, mais sur les dommages occasionnés par les défauts ou malfaçons. Les données collectées par les assureurs montrent que la gravité d’un défaut n’est pas nécessairement en relation directe avec l’ampleur des coûts : un petit défaut peut occasionner des coûts directs très élevés, sans parler des effets en cascade, par exemple, insalubrité des pièces concernées, ou mise à l’arrêt des machines dans un hall de production.

C’est surtout la conduite d’eau froide qui constitue un point critique. Selon les données recueillies par les assureurs, le tableau relatif à l’origine des sinistres est le suivant :

Conduite d’eau froide 65%

Conduite d’eau chaude 18%

Conduite de chauffage 5%

Conduite d’évacuation / Gouttière 12%

Ces chiffres se réfèrent au montant des indemnités d’assurance, ils ne signifient pas que les conduites d’eau froide sont plus sensibles que celles du chauffage. Ils signifient que même une petite fuite peut avoir des lourdes conséquences. Cela s’explique comme suit : dans une conduite de chauffage, le volume d’eau est limité en principe au contenu de l’installation. Par contre, dans une conduite d’eau froide, le volume de fuite est quasi illimité.

Les chiffres ci-après donnent une indication des principaux composants responsables des dommages

Robinetterie 18%

Installations 2%

Appareils/composants 23%

Rupture de conduite 21%

Tuyaux de raccordement 11%

Raccords/joints 25%

Cette liste montre que les petits composants, par exemple, les tuyaux de raccordement ou raccords sont à l’origine d’un tiers des sinistres, évitables par un travail accordant plus d’attention aux détails.

Un facteur important est l’âge de l’installation. Tout matériel finit par s’user : la durée de vie normale prévue est 50 ans d’utilisation. Cela est confirmé par les statistiques des compagnies d’assurance : le risque de survenance est maximum dans les logements d’habitation ayant entre 40 et 50 ans. Toutefois, cette probabilité de survenance ne donne aucune indication sur la nature des conséquences possibles. En fait, c’est plutôt l’inverse de ce que l’on pourrait imaginer : le coût des dégâts est souvent d’autant plus élevé que la maison est récente. Une malfaçon peut avoir des lourdes conséquences financières pour l’installateur.

Le montant des indemnités versées par les assureurs donne une idée de l’ampleur des coûts : en Allemagne, les assureurs ont dépensé, dans la branche des assurances habitation, pendant la période 2002-2017, un total de 65 milliards d’euros. Voici les chiffres ventilés selon les causes des sinistres :

Incendie : 20%

Tempête/grêle: 25%

Conduite d’eau 49%

Catastrophes naturelles 4%

Autres 2%

En résumé : les défauts dans les conduites d’eau sont responsables de presque la moitié du total des coûts. Et même plus de la moitié en 2017.

Petites causes, grands effets

Un thème récurrent pendant la journée d’étude : les petits défauts faciles à éviter ont les plus lourdes conséquences. Exemple : une fuite dans une conduite d’eau chaude sanitaire, trois mois après la mise en service de l’hôpital concerné; avec pour origine un raccord en acier standard et non pas en inox.

Parfois, le problème résulte d’un travail non professionnel : dans le cas d’une fuite survenue au niveau d’un raccord manchon; le contrôle a révélé une entaille dans la pièce en laiton. Sans doute que le manchon en plastique a d’abord été glissé sur le raccord, avant d’être coupé à la bonne longueur, entaillant du même coup le laiton de la pièce.

Publiée par l’assureur Provinzial, l’analyse des sinistres résultant des joints en silicone, montre que les petits défauts ont néanmoins des conséquences parfois très lourdes : les joints de qualité médiocre sont à l’origine de 16% des sinistres entre 2010 et 2016. Beaucoup plus spectaculaires sont toutefois les montants des cinq sinistres les plus coûteux : entre 10.000 et 20.000 euros. Le plus souvent, les défauts dans les joints sont vite détectés, mais dans les salles de bains, la fuite peut rester inaperçue et l’eau s’infiltre dans la masse du bâtiment. Lorsque l’ossature est en bois, les dégâts peuvent être considérables.

Choisir les bons matériaux

Dans quelques cas, le sinistre résultait d’une malfaçon. Dans d’autres cas, les matériaux ne convenaient pas. Exemple : une fuite dans une conduite d’évacuation en fonte, intégrant pourtant une couche époxy anticorrosion. Après contrôle, il s’est avéré que cette protection n’était pas étanche à la vapeur. Facteur aggravant : stagnation de l’eau, du fait que la conduite avait une pente insuffisante. Mais l’élément déterminant s’est avéré être le degré de résistance à la corrosion, inférieur à celui mentionné par le fabricant. Pour cette fois, l’installateur n’était que partiellement responsable du dommage…

Souvent, les installateurs utilisent des matériaux en toute bonne foi. Mais dans quelques cas, cette bonne foi, est sujette à caution. Exemple : un sinistre ayant trouvé son origine dans la conduite d’eau chaude sanitaire d’un hôpital (32 fuites dans les 18 mois après la mise en service). Les conduites avaient été réalisées avec des tubes et raccords en inox. Un contrôle a toutefois mis en évidence que seuls les raccords étaient en inox. Les tubes étaient de qualité médiocre, indétectable parce que la plaque signalétique était toujours dirigée, comme par hasard, vers le mur ou le plafond. Mais pour le préjudicié, tout recours fut impossible, l’installateur ayant fait faillite entretemps. Bref, passer commande à une entreprise dont les offres de prix semblent défier toute concurrence peut avoir des suites regrettables...

Autre source de coût : le travail réalisé dans l’urgence et la précipitation

Une malfaçon résulte souvent d’un travail réalisé dans la précipitation, avec parfois des lourdes conséquences pour avoir voulu tenir un délai irréaliste. Exemple : dans le département stérilisation d’un nouvel hôpital, on a constaté rapidement des auréoles sur les murs en placoplâtre, dues à la formation de moisissures dans les espaces creux.

Conséquences : mise à l’arrêt forcée du département stérilisation. Une décision qui a posé des problèmes à l’hôpital concerné, mais également à quatre hôpitaux du voisinage, qui utilisaient la même installation. En plus des coûts de réparation (350.000 euros), il faut ajouter les dépenses supplémentaires dans les autres hôpitaux, qui ont été contraints soit de fermer leurs blocs opératoires, soit d’acheter du matériel stérile de remplacement, au lieu de réutiliser leur matériel après stérilisation. Total : environ 120.000 euros… par jour.

Un coût élevé malgré une cause toute simple : au niveau du bac d’évacuation d’une machine à stériliser, il manquait un robinet d’arrêt. Après vérification, on a conclu que ce robinet n’avait jamais été installé ; une solution avait été improvisée, probablement un peu de mousse PUR ou de mortier. Ce n’était d’ailleurs pas la seule malfaçon ; à d’autres endroits, on a constaté des joints défectueux, et l’absence d’ évacuation des condensats dans une machine frigorifique.

La raison de ces malfaçons était un travail réalisé à la va-vite. Pour respecter la date prévue d’inauguration, les contrôles ont été laissés de côté, histoire de gagner du temps. Conclusion : à tout le moins, lorsqu’il s’agit d’un projet délicat, un installateur doit résister à la tentation de livrer un travail exécuté à la hâte.

Détection – avant qu’il ne soit trop tard

La difficulté de déceler un défaut est en relation directe avec la hauteur des futurs dommages. Lorsque plusieurs années peuvent s’écouler avant que l’utilisateur ne remarque quelque chose, le coût de la facture a le temps d’augmenter. Pour des considérations d’esthétique architecturale, la tendance est à l’encastrement des conduites. Dans les grands bâtiments, c’est une bonne idée de prévoir un système de détection des fuites d’eau, ou un système pour tenir à l’oeil la consommation d’eau.

Un second aspect, lié au premier, est l’accessibilité des composants, comme illustré par un sinistre dans une résidence-services, équipée avec des unités de salles de bain préfabriquées. Quelques raccords n’étaient pas étanches. Par chance, l’exploitant découvre la fuite rapidement, suite au déclenchement de l’alarme incendie par le filet d’eau. Mais pour réparer, il a fallu démolir une partie du plafond. Les inspections réalisées dans la foulée ont ensuite révélé d’autres malfaçons. Le premier responsable des coûts est l’installateur qui a réalisé les raccordements. Lors de la conception d’une installation, il est donc utile de prévoir l’aspect réparabilité.

Travailler avec soin

La conclusion pour l’installateur est que le premier critère est de travailler avec soin. Toute erreur ou malfaçon peut se traduire par des montants énormes à titre de dommages-intérêts. L’installateur sera toujours concerné par la question de la responsabilité. Même si le dommage résulte d’un composant défectueux, il devra expliquer pourquoi exactement il a jugé bon d’installer le composant incriminé. Le non-respect des règles de l’art peut toujours se terminer par la présentation de la facture à payer.

Par Alex Baumans

Graphiques: VdS

www.vds.de