FÉDÉRATION
Install Magazine 955 – novembre 2018
Le rôle durable du mazout dans le paysage du chauffage
Informazout informe les distributeurs
Après l’éphémère tapage, l’été passé, relatif à la disponibilité durable des chaudières à mazout en Flandre, une incertitude est née dans certains milieux au sujet de l’avenir de ce vecteur énergétique dans notre pays. La tempête a beau s’être calmée, il existe encore des plans pour faire disparaître le mazout. À Bruxelles également, on envisage de suivre la même voie. La question consiste tout de même à savoir s’il s’agit d’une bonne idée. Le mazout a encore dans les prochaines années un rôle clef à jouer dans le paysage belge du chauffage, comme en témoigne la session d’information d’Informazout.
Le chauffage d’un tiers des Belges
Informazout, le centre d’information sur le mazout, a invité ses revendeurs et autres professionnels à une soirée d’information dans le cadre typique du château-ferme de Profondval. Après une séance plénière sur le passé et l’avenir du mazout, se tinrent quelques petits ateliers parallèles au sein desquels certains aspects commerciaux et économiques purent être approfondis. Une chose qui ne fait aucun doute, c’est que le mazout est bel et bien un combustible d’avenir.
Si on observe la situation en Belgique, on constate qu’une habitation sur trois est chauffée au mazout, soit 1.700.000 logements. Le part diffère en fonction du lieu : en gros, plus une région est urbanisée, plus il y a de chances d’y trouver du gaz. À Bruxelles, la part du mazout est de 20%, en Flandre elle est de 25%, et en Wallonie, le mazout est la source d’énergie principale avec une part de 52%. En dépit de l’enthousiasme pour le tout-électrique, les ventes de chaudières au mazout restent largement supérieures à celles des pompes à chaleur. Il ne semble donc pas que le mazout soit amené à disparaître dans un futur proche. Pire encore, des mesures précipitées pour retirer le mazout du marché, mettrons dans l’embarras une partie considérable de la population.
D’un autre côté, la consommation connaît une tendance légèrement à la baisse, ce qui est notamment due aux efforts de réduction de consommation et aux rendements supérieurs. Alors qu’une habitation moyenne consommait encore plus de 6.000 litres par an durant la crise pétrolière du début des années septante, cette consommation est passé l’an passé à 2545 litres, soit une réduction de plus de 50%. Chauffer économiquement avec du mazout est donc possible.
Le mazout et la transition énergétique
Avant que nous arrivions à un chauffage pauvre en carbone, il y a encore un long chemin à parcourir. La meilleure manière de chauffer dépendra alors de la situation concrète de l’habitation en question. On parle beaucoup actuellement des réseaux de chaleur, mais ceux-ci n’ont de sens que dans des régions relativement urbanisées. Cette technique est par ailleurs encore toute récente : il y a en Belgique environ 50 km de réseau de chaleur, contre 60.000 km de réseau de gaz. Si on envisage un scénario tout-électrique, on se heurte rapidement aux limites du réseau actuel d’électricité, qui est à peine capable de satisfaire les besoins actuels en hiver. Il convient dès lors avant de bien faire usage des techniques actuelles.
Des systèmes hybrides efficaces
Dans une première étape, on peut réaliser pas mal de gains en combinant une chaudière à mazout avec une technique durable, comme un chauffe-eau solaire ou une pompe à chaleur. Déjà rien qu’en remplaçant une ancienne chaudière par une chaudière moderne à condensation, on peut faire baisser les émissions de 30%. Si, ensuite, on complète celle-ci avec un chauffe-eau solaire ou une pompe à chaleur air-eau, le gain est encore plus grand. Un chauffe-eau solaire peut assumer la production d’ECS en dehors de la saison de chauffe. Une PAC air-eau représente une méthode efficace pour chauffer, mais elle peut se révéler insuffisante lorsque la température de l’air extérieur est trop basse. Dans un dispositif hybride, il est possible d’utiliser la PAC durant la saison intermédiaire, tandis que la chaudière peut prendre le relais durant les journées les plus froides.
Des combinaisons avec des panneaux photovoltaïques sont aussi envisageables. Afin de favoriser la consommation propre du courant solaire (et de diminuer donc les variations sur le réseau), on pense notamment en Allemagne de plus en plus au « power to heat ». Dans ce système, le courant solaire excédentaire est stocké sous forme de chaleur, par exemple dans un ballon d’ECS . Ceci est également parfaitement combinable avec une chaudière au mazout afin de surmonter les jours les plus sombres.
L’aspect technique de l’affaire
Le fabricant de matériel de chauffage Viessmann était invité pour expliquer les dernières techniques. La nouvelle génération de biocombustibles fut l’un des points de considération. On pense ici à l’huile végétale hydrogénée (Hydrogenated Vegetable Oil of HVO). Des tests réalisés en Allemagne, il ressort qu’avec un mélange de 50% d’HVO, on peut réduire les émissions de CO2 de 89%. Une autre possibilité pour mettre à profit le surplus d’électricité verte est le « Power to Liquid ». Dans ce cas, on utilise du courant pour produire du combustible totalement synthétique selon le procédé Fischer-Tropf. Ce dernier a déjà été appliqué durant la Seconde Guerre Mondiale pour produire du combustible pour avion sur base de charbon. Dans un scénario Power to Liquid, on peut ainsi laisser fonctionner une chaudière au mazout de façon totalement neutre en CO2.
Outre la durabilité, la facilité d’utilisation des chaudières à mazout a également été améliorée. Les chaudières modernes génèrent ainsi très peu de nuisances sonores. L’époque des brûleurs bruyants avec une odeur de mazout clairement perceptible appartient au passé.
Il faut désormais convaincre le public
De telles évolutions restent toutefois peu connues, tant auprès du grand public que des autorités ou même du secteur. Il règne une certaine incertitude sur le marché, et cela pèse sur la propension à investir. Les chiffres sont éloquents : les ventes de nouvelles chaudières sont stables, alors que les pièces de rechange connaissent une croissance évidente. Les consommateurs observent un peu l’évolution des choses et essaient de faire fonctionner leur installation existante le plus longtemps possible. Dans la mesure où il s’agit ici la plupart du temps d’anciennes installations, cela ne constitue pas une bonne chose en termes de pollution ou d’efficacité énergétique.
C’est pourquoi Informazout a mis sur pied une vaste campagne destinée à attirer l’attention sur les possibilités du chauffage durable au mazout. Outre les médias classiques, cette campagne recourt pleinement à internet, à des newsletters ainsi qu’à des mails ciblés. Le simulateur d’économies a dans ce contexte récemment été modernisé. Le mazout traîne derrière lui à tort une image vieux jeu. Informazout fait tout ce qui est en son pouvoir pour changer cela.
Par Alex Baumans
Graphiques: Informazout













