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Install Magazine 955 – novembre 2018

La pompe à chaleur enregistre des progrès, mais a encore du chemin à parcourir

Le 11e Symposium Pompe à Chaleur fournit un état des lieux

La Plateforme Pompe à Chaleur est une association sectorielle au sein d’ODE Vlaanderen, la coupole regroupant les plateformes sur les énergies durables. Elle organise chaque année le Symposium Pompe à Chaleur, qui représente l’occasion de donner un aperçu des évolutions en matière de PAC, tant sur le plan technique que commercial ou législatif. Les avis concernant cette édition, la 11e déjà, étaient modérément positifs : les PAC ont clairement le vent en poupe, mais l’objectif final est encore loin. La différence de prix entre l’électricité et les combustibles fossiles constitue en effet un problème. Cette édition a attiré un public particulièrement varié issu de douze pays : fournisseurs, instituts scientifiques, fonctionnaires, installateurs… Une absence remarquée : celle du monde politique.

Une valeur sûre sur le marché

Des orateurs inauguraux, nous retiendrons que les PAC se portent bien. Au niveau européen, la stagnation est terminée, et les ventes redémarrent. Dans les pays voisins également, comme les Pays-Bas et l’Allemagne, les chiffres se révèlent encourageants. Le constat demeure toutefois que le marché est encore dominé par les combustibles fossiles.

Un obstacle important pour l’introduction future des PAC est la différence de prix entre l’électricité et les combustibles fossiles (en premier lieu le gaz). Si nous observons la part de marché des PAC dans les divers pays européens, ce n’est pas par hasard que cette part est la plus grande là où la différence de prix entre les deux est la plus faible. Si l’électricité reste plus chère que le gaz ou le mazout, cela est dû à la structure des prix de l’électricité et des combustibles fossiles. Non seulement les charges de la transition énergétique pèsent principalement sur l’électricité, mais il existe encore par ailleurs des mesures de soutien pour les combustibles fossiles. Une structure des prix qui tient compte des émissions de CO2 des différents vecteurs énergétiques contribuerait déjà beaucoup à diriger le marché vers des solutions pauvres en carbone.

Un tarif de l’électricité spécifique pour les PAC ?

L’effet du prix se fait également ressentir en Flandre. De la déclaration PEB, il ressort que les PAC sont essentiellement placées en combinaison avec des panneaux PV. Grâce au compteur tournant à l’envers, il est possible de maintenir le coût du courant dans certaines limites, et de rendre ainsi une PAC rentable.

Pour ce qui est des adaptations au prix de l’électricité, il ne faut pas compter en Belgique sur les gestionnaires de réseaux de distribution. Ronnie Belmans (Energyville) a expliqué que les tarifs des réseaux de distribution devaient avant être rentables, transparents et non-discriminatoires. Si on favorise un groupe déterminé d’utilisateurs, les autres utilisateurs vont alors fatalement en porter le chapeau. Si on introduit par ailleurs des facteurs qui n’ont rien avoir avec l’utilisation du réseau, la structure des prix n’en deviendra que plus compliquée. Il a également posé la question de savoir dans quelle mesure les gestionnaires de réseaux de distribution se mêlaient de ce qui se passait après le compteur. En résumé, un tarif spécifique pour les PAC va à l’encontre des principes actuels de fixation des prix. La marge de manœuvre pour les gestionnaires de réseau de distribution est par ailleurs limitée : le prix de l’électricité est essentiellement déterminé par le coût de production d’une part, et par toutes les taxes et d’autre part, des aspects sur lesquels les gestionnaires n’ont habituellement pas de maîtrise.

Les pompes à chaleur dans la PEB

Outre le prix, d’autres aspects jouent également un rôle, comme la réglementation. Des modifications sont d’ailleurs prévues pour le calcul PEB, devant rendre les PAC plus attractives. Les chauffe-eau thermodynamiques pourront ainsi aussi être pris en compte dans la définition de la part des énergies renouvelables. Jusqu’à aujourd’hui, seules comptaient en effet les PAC de chauffage de locaux. La méthode de calcul a également été modifiée : l’effet du refroidissement passif dans les maisons est repris dans le niveau E. Pour les immeubles non résidentiels, l’évaluation des système VRF change d’ailleurs, afin de permettre la récupération de chaleur entre des parties de bâtiment. Il y a aussi la définition des distances maximales entre les unités extérieures et intérieures. Pour les PAC air-air, la méthode de calcul des appareils inférieurs à 12 kW est maintenant étendue aux appareils jusqu’à 1 MW.

Des pompes à chaleur dans le scénario tout-électrique

Dans le passage à un approvisionnement énergétique tout-électrique, les PAC jouent un rôle crucial, non seulement comme remplaçante des combustibles fossiles, mais aussi comme élément dans l’équilibre du réseau. Dans le réseau actuel, la production est en effet adaptée à la demande, mais plus nous allons passer à de l’énergie verte, plus il deviendra plus important d’adapter la demande à la production. Le déploiement des compteurs digitaux est dès lors une condition préalable. L’idée consiste à faire jouer le rôle de tampon à des quartiers d’habitation, en permettant aux PAC de stocker dans les maisons un surplus de courant sous forme de chaleur. Cela s’opère certes au détriment du rendement, mais cela contribue à un réseau de courant plus stable, avec une part plus élevée d’énergie renouvelable. En combinaison avec des tarifs adaptés, cela peut aussi se révéler avantageux pour le client. Des projets de démonstration aux Pays-Bas et en Suisse démontrent dans chaque cas que cela fonctionne.

Un regard vers l’avenir

Dans le panel d’orateurs de clôture, on a analysé sous différents angles les opportunités de la PAC. Issu du secteur du gaz, Didier Hendrix a tenu à dire qu’il ne fallait jeter le bébé avec l’eau du bain. L’objectif consiste à atteindre la transition énergétique sans faire trop de victimes en chemin. L’expérience aux Pays-Bas nous apprend qu’il y a un double comportement auprès du public. Comme Marion Bakker (RVO Nederland) l’a résumé : en tant que citoyen, on est pour la transition énergétique, mais en tant que consommateur, on est plutôt réticent. Par ailleurs, le déficit de professionnels compétents constituera un facteur déterminant. Cet aspect a été souligné par l’expérience de Koerend Belsack (Upgrade Estate) avec des kots d’étudiants éco-énergétiques à Gand. Installer des techniques d’avant-garde est bien beau, mais si on doit faire venir des techniciens d’Allemagne pour que tout tourne comme il faut, on peut se poser des questions sur ce qu’on est en train de faire ! Lieve Helsen (KULeuven/Energyville) a insisté sur l’importance de l’intégration système. Beaucoup de techniques sont à disposition ; maintenant il reste à rassembler tous les éléments en un ensemble fonctionnel. Pour Jan Kriekels (Jaga), tout cela peut ne pas aller suffisamment vite. Il a pris pour ce faire l’exemple de l’Asie où, grâce à de la collaboration, des projets peuvent être menés à bien rapidement.

Par Alex Baumans

Graphiques: Warmtepompplatform

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