FÉDÉRATION  
Install Magazine 947 – février 2018

La vision de l’ATTB

La relance du marché est une nécessité

En tant qu’association belge des fournisseurs de matériel de chauffage, l’ATTB surveille de près l’évolution du marché du chauffage. D’après l’ATTB, une relance du marché est nécessaire. Nous nous trouvons depuis quelques années dans une phase de stagnation, alors que les défis se présentent à nous à un rythme effréné. Le parc immobilier et les installations sont en grande partie obsolètes. De nouvelles techniques sont à disposition, mais celles-ci percent trop lentement. Il est largement temps d’éliminer un certain nombre d’obstacles à la modernisation.

Évolution du marché

Le marché se caractérise par une légère croissance des ventes globales et un renforcement des tendances des années précédentes : les ventes de chaudières au mazout continuent à diminuer, alors que celles des chaudières murales au gaz progressent. Les pompes à chaleur et surtout les chauffe-eau thermodynamiques connaissent le taux de croissance le plus important, mais en chiffres absolus, leur progression est limitée. On peut noter la forte diminution du solaire thermique, un secteur qui rencontre des difficultés depuis un certain temps. La principale cause de ce recul est l’attention prioritaire accordée par le gouvernement aux applications photovoltaïques.

Les fournisseurs ont donc certes des raisons d’être satisfaits d’une légère croissance du marché, mais d’un autre côté, il ne se passe pas grand-chose au niveau de la transition énergétique. Le gouvernement jour ici un rôle important. Nous avons besoin d’une politique équilibrée et stable avec une vision à long terme. Si les autorités envoient des signaux contradictoires et change de trajectoire pour un oui ou pour un non, cela décourage plutôt la propension à investir.

Des décisions trop brusques ont effectivement un effet perturbateur sur le marché. Le marché des chaudières ne s’est par exemple pas tout à fait remis de la suppression des subsides pour les chaudières à condensation. Cette réglementation était très généreuse, et il fallait y mettre un terme tôt ou tard, tout le monde s’accorde là-dessus. Mais on a toutefois créé un pic immédiat de croissance, qui s’est rompu tout aussi soudainement. Un système plus échelonné avec un atterrissage plus doux aurait été plus sensé.

Relance

L’ATTB voit d’un bon œil le taxshift vert. Les charges élevées qui pèsent sur l’électricité ont renforcé la différence de prix avec les combustibles fossiles, rendant ainsi les PAC uniquement rentables dans certaines conditions bien spécifiques. Cette technique est néanmoins la plus indiquée pour réduire les émissions de CO2 dues au chauffage.

L’association tient cependant à faire remarquer que l’électrification du chauffage ne peut pas être un but en soi. Pour commencer, il devrait y avoir beaucoup plus de capacité disponible sur le réseau. Une objection importante est que la production d’électricité n’est pas nécessairement durable. L’ATTB trouve que des alternatives devraient également être étudiées, comme le biogaz ou le gaz synthétique via Power to Gas (transformation des excédents d’électricité verte en gaz). En tant que moyen efficace d’utilisation du gaz, la pile à combustible offre aussi un potentiel intéressant.

Les exigences doivent de plus être techniquement aussi neutres que possibles, ajoute l’ATTB. On doit imposer le résultat à atteindre, mais pas la manière d’y arriver. Autrement, cela crée des distorsions sur le marché. Avec un système clair qui utilise les émissions de CO2 comme paramètre principal, les solutions qui émettent plus de CO2 seront d’elles-mêmes exclues du marché. L’ATTB a par ailleurs émis des réserves quant à l’imposition du standard passif pour les habitations à Bruxelles et en Wallonie, précisément parce que cela présuppose une méthode de construction et des techniques bien déterminées.

Connectivité

Les systèmes connectés intelligents joueront un rôle clé dans la transition énergétique. Évoquons ici avant tout les compteurs digitaux, dont on se demande dans quelle mesure ils seront vraiment intelligents dans la pratique. Des systèmes destinés à la gestion d’énergie et au contrôle à distance sont par ailleurs déjà disponibles. Des techniques comme le géorepérage affichent un grand potentiel en matière de commande efficace du chauffage. Mais avant que tout soit prêt, la problématique du respect de la vie privée doit être clarifiée. Toute personne qui s’inscrit sur un système de monitoring à distance renoncera toujours à une partie de sa vie privée. C’est au secteur et au législateur de réfléchir à des solutions cohérentes qui puissent satisfaire tout le monde.

Investir dans les économies d’énergie

L’ATTB veut enfin rappeler un principe de base du Trias Energetica : l’énergie durable est celle dont on a pas besoin. Il est donc censé d’économiser dans les économies d’énergie, y compris dans le domaine de la technique d’installation. Plus le régime de chauffage est bas, plus il y a de types de sources de chaleur qui entrent en ligne de compte, et plus on a de chances d’appliquer des techniques énergétiques durables. En résumé, si on a besoin d’une température d’arrivée de 180°C, n’entrent alors à vrai dire en ligne de compte qu’une chaudière vapeur et une distribution avec de l’huile thermique. Dans le cas d’un système à 35°C, par contre, on dispose d’un large choix de sources, de la pompe à chaleur sur chaleur résiduelle jusqu’aux capteurs solaires. La transition vers des systèmes à basse température est donc un élément important pour rendre l’habitation durable.

Le grand obstacle tient ici dans le fait que l’énergie, et surtout l’énergie fossile, est trop bon marché. Tant que les émissions de CO2 ne seront pas, d’une manière ou d’une autre comptabilisées dans le prix, la propension à moderniser les installations sera faible.

Des défis immédiats

Deux évolutions technologiques sont susceptibles d’accélérer une rénovation des installations. La première a trait au fait, qu’en raison des exigences d’écoconception, il est devenu pratiquement impossible de placer de nouvelles chaudières murales à basse température. Dans des appartements avec évacuation commune des gaz de fumées, cela pose des problèmes, parce qu’on doit effectivement éviter un système mixte de chaudières à condensation et classiques. L’ATTB se tourne vers les associations de copropriétaires et les syndicats pour aller de l’avant et constituer des réserves afin de moderniser les installations de manière proactive.

La deuxième est la transition du gaz à faible pouvoir calorifique au gaz à pouvoir calorifique élevé. Sur base des plans néerlandais, les gestionnaires de réseaux de distribution ont établi un calendrier pour la conversion du gaz. Les résultats des premiers projets pilotes sont encourageants, et on ne prévoit pas de grands problèmes lors de l’intervention. Il s’agit d’ailleurs d’une occasion rêvée de faire un état des lieux du parc d’appareils de chauffage au gaz, et de faire dans la foulée des propositions ciblées en termes d’optimalisation et de rénovation.

L’ATTB perçoit donc sur le marché belge des opportunités et des solutions, mais aussi des facteurs susceptibles d’entraver cette modernisation. Si on veut attaquer la problématique des émissions de CO2, une modernisation à grande échelle se révèle toutefois nécessaire. Une politique de relance adaptée peut ici être d’un grand secours.

Par Alex Baumans

www.attb.be