ÉVÉNEMENTS
Install Magazine 1007 – mai 2026
Une construction pérenne est une construction qui résiste à la chaleur
Une étude de la KULeuven pour le compte de Verozo
Jusqu’à présent, le confort estival n’était pas une priorité dans la conception des bâtiments en Belgique. Toute l’attention était traditionnellement portée sur l’isolation hivernale ; en été, nous étions heureux dès qu’un rayon de soleil apparaissait. Le réchauffement climatique est en train de changer la donne. Si la température moyenne augmente de trois degrés – une hypothèse loin d’être improbable – pratiquement tout le pays sera confronté à un stress thermique. Il faut en tenir compte dans nos décisions actuelles en matière de construction. Pour mieux cerner le problème, l’association professionnelle du secteur de la protection solaire Verozo a commandé une étude à la KULeuven, qui a été présentée lors d’une conférence de presse à Batibouw.
Le problème
Premier constat, relativement inquiétant : la plupart des décès liés au climat sont dus à la chaleur. Si les victimes de catastrophes naturelles comme les inondations font la une des journaux, bien plus de personnes décèdent des suites d’un stress thermique lors d’une vague de chaleur. Et l’avenir ne s’annonce pas très réjouissant. Avec un réchauffement climatique de 2°C (au plus tôt en 2039), nous pourrions connaître jusqu’à 11 jours de canicule par an. Avec un réchauffement de 3° (possible à partir de 2063), les journées tropicales (température maximale supérieure à 30°C) deviendraient régulières. Pour le moment, l’impact reste limité. Seuls les sols sableux du nord du Limbourg connaissent parfois des pics. Cependant, à mesure que le climat se réchauffe, le stress thermique va s’étendre. Dans le scénario d’un réchauffement de 3°C, plus de 90% des communes subiront au moins 10 jours de chaleur tropicale par an. Ces scénarios ne sont pas extrêmes. Si les tendances actuelles se poursuivent, les experts s’attendent à ce que le réchauffement dépassera probablement 2°C. Le stress thermique va fera donc que s’intensifier.
Échelle de refroidissement
Il est donc impératif de veiller à ce que les logements que nous construisons et rénovons aujourd’hui soient résistants à la chaleur. Pour ce faire, on peut utiliser ‘l’échelle de refroidissement’ : une liste de mesures classées par ordre décroissant de durabilité. La première mesure consiste à créer un environnement frais avec beaucoup de végétation. Le maître d’ouvrage moyen a certes peu d’influence sur ce point. Une seconde étape est d’empêcher la chaleur d’entrer dans le bâtiment. Cela dépend de son orientation et de la surface vitrée. En été, par exemple, l’apport solaire est important aux côtés est et ouest, les orientations traditionnelles des fenêtres. Il convient donc d’installer des protections solaires adaptées. Les bâtiments existants peuvent être protégés avec une isolation supplémentaire et des protections solaires.
L’étape suivante est le refroidissement passif. Il peut s’agir d’une ventilation nocturne, qui suppose un système de ventilation adapté : les débits nécessaires au rafraîchissement nocturne sont plus élevés que ceux d’une ventilation classique. Le concept de construction doit être adapté : le bâtiment doit disposer d’une masse thermique suffisante pour absorber la chaleur pendant la journée, et la restituer la nuit. La masse du bâtiment doit rester le moins possible isolée par des plafonds suspendus ou d’autres revêtements. De plus, une ventilation classique peut rafraîchir le bâtiment.
Enfin, il y a le refroidissement actif. L’étude se montre critique à ce sujet car ce type de refroidissement consomme de l’énergie et contribue à l’effet d’ilot de chaleur urbain. Ce dernier point ne concerne que les systèmes utilisant de l’air comme source. Les systèmes géothermiques permettent un refroidissement actif ou passif sans dégager de chaleur dans l’air extérieur. Confier le refroidissement à un système géothermique en été permet de régénérer la source, ce qui améliore le rendement global.
Défis
Le principal défi consiste à changer les mentalités dans les pratiques de construction. Il faut cesser de concevoir des bâtiments sujets à la surchauffe, qui nécessitent ensuite un refroidissement. Lors de la table ronde qui a suivi la présentation, la nécessité de s’éloigner de l’architecture tout-verre, prisée par les jurys de concours, a été soulignée. Des mesures architecturales peuvent apporter de nombreux avantages. Dans leurs études, les chercheurs ont simulé l’effet de diverses interventions. Il en ressort notamment que si tous les toits de Bruxelles étaient peints en blanc, la surmortalité pendant une vague de chaleur diminuerait de 25%. À mesure que notre climat se réchauffe, il faut s’inspirer davantage du style méditerranéen, avec notamment l’utilisation de couleurs claires pour les murs et des systèmes d’ombrage pour limiter l’apport solaire.
Le ministre Jo Brouns, qui a introduit la présentation, a souligné l’importance de l’aménagement du territoire dans la lutte contre le réchauffement climatique. En prévoyant autant d’espaces verts que possible et en dédurcissant les sols, ces espaces peuvent agir comme une éponge. C’est positif pour l’ensemble de la communauté, car la première étape de l’échelle de refroidissement est de créer un environnement frais. Les pouvoirs publics ont un rôle à jouer.
Enfin, il y a la réglementation PEB, qui doit mieux intégrer le confort estival. La réglementation actuelle présente des lacunes, notamment l’absence d’une vision globale. Comme elle est établie par domaine, le respect d’une exigence peut entraîner des difficultés pour en respecter une autre. Quiconque souhaite par exemple agrandir la surface du toit pour créer un ombrage supplémentaire en été peut se heurter à la réglementation relative aux eaux pluviales et à l’installation de systèmes d’infiltration. La réforme prévue de la réglementation PEB offre une opportunité unique de s’attaquer à cette problématique.
Par Alex Baumans
Illustrations : Verozo














