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Install Magazine 1003 – mai 2025

Prévisions en matière d’hydrogène vert

Le fossé entre les ambitions et les réalisations

Tout le monde est d’accord pour dire que l’hydrogène vert a un rôle à jouer dans une économie carboneutre. Mais les avis divergent quant à l’importance de ce rôle. En général, l’hydrogène vert est perçu comme la clé de voûte de la décarbonation : soit une solution destinée aux secteurs que l’on a du mal à électrifier. Dans le monde entier, les investissements et projets dans l’hydrogène vert sont légion. D’une étude publiée dans Nature Energy, il ressort toutefois que la réalité reste bien en deçà des immenses ambitions.

Adrian Odenweller et Falko Ueckerdt ont analysé 190 projets planifiés sur 3 ans, et ils sont arrivés à la conclusion que seuls 7% d’entre eux ont été réalisés à temps. Des 4.3 GW de capacité supplémentaires qui étaient annoncés au départ pour 2023 à travers le monde, seul 0.3 GW s’est révélé opérationnel. Aucun des projets annoncés en 2021 ne s’est concrétisé en 2023. Enfin, aucun des divers concepts et études de faisabilité présentés cette année-là, ne s’est traduit par un projet concret. Le constat est le même pour 2022. L’évaluation des chiffres doit néanmoins tenir compte des perturbations du marché consécutives à l’épidémie de coronavirus et à l’invasion russe en Ukraine.

Économies d’échelle

L’un des freins à un déploiement rapide est que la production d’hydrogène vert est peu évolutive, contrairement, par exemple, à l’introduction de panneaux photovoltaïques. Les installations sont généralement conçues sur mesure, ce qui rend les projets plus sujets aux retards et aux dépassements de budget. Trois autres facteurs rendent encore cette économie d’échelle plus complexe : tout d’abord, le prix des installations d’électrolyse s’envole ; ensuite, la propension du marché à payer plus cher l’hydrogène vert est faible ; et enfin, il existe peu de mesures de soutien spécifiques à l’hydrogène permettant de compenser le handicap de prix.

Une affaire coûteuse

Tout cela fait de la production d’hydrogène vert à grande échelle une affaire coûteuse. En l’absence de taxe carbone, l’hydrogène vert est 7 fois plus onéreux que le gaz naturel en 2024 ; et le rapport de prix est à peine plus favorable par rapport à l’hydrogène gris. Une taxe carbone permettrait d’améliorer la situation, mais même avec d’ambitieux prix du CO, des aides massives se révéleront encore nécessaires. Quant au montant précis, il varie d’un scénario à l’autre. Adrian Odenweller et Falko Ueckerdt se basent sur le niveau actuel d’investissements publics dans l’hydrogène vert à travers le monde, soit 300 billions de dollars. Si la taxe carbone est suffisamment élevée, cela pourrait suffire -selon le scénario le plus optimiste. Dans le cas du scénario le plus pessimiste, ce montant devrait être augmenté de 2.300 billions de dollars pour pouvoir concrétiser les ambitions mondiales d’ici 2030.

Prévisions

Le message adressé aux décideurs politiques est donc de prendre les annonces de projets concernant l’hydrogène avec un peu de recul. Pour que tous les projets prévus pour 2030 se réalisent, il faudrait que l’hydrogène vert connaisse une croissance encore plus explosive que l’industrie photovoltaïque, et l’on estime que cela est peu probable. Pour combler l’écart de prix entre l’hydrogène vert et les gaz traditionnels, un soutien durable est nécessaire, tant du côté de la production que de la demande. Il est illusoire de penser qu’un bref effort suffirait à faire avancer les choses, car ensuite, les règles du marché reprendraient leurs droits. Les chercheurs ne s’attendent donc pas à ce que de l’hydrogène vert bon marché soit disponible en abondance de sitôt.

Le rapport complet peut être consulté via le lien mentionné ci-dessous :

https://doi.org/10.1038/s41560-024-01684-7

Par Alex Baumans