FÉDÉRATION
Install Magazine 1002 – février 2025
Mettre le climat intérieur sain à l’agenda
Rehva Brussels Summit sous le signe de la révision de l’EPBD
Rehva est l’organisation européenne qui regroupe les associations nationales des techniciens HVAC. Elle rassemble 120.000 professionnels issus de 26 pays européens. Notre pays est représenté par l’Atic. Chaque année, Rehva organise un congrès à Bruxelles traitant des développements actuels. Cette année, le congrès est revenu sur la révision de l’EPBD. Cette directive est entrée en application au printemps dernier et doit désormais être transposée dans la législation locale. L’un des points clés du congrès a été la nécessité d’accorder une attention suffisante au climat intérieur.
Cette année fut une édition anniversaire: il s’agissait en effet de la 10e fois que le Rehva Brussels Summit était organisé. Le thème central fut le suivant : comment l’implémentation de la nouvelle EPBD peut contribuer à plus de neutralité climatique. Cette thématique a été évoquée à l’aide d’une série de présentations et de tables rondes, auxquelles participèrent aussi bien des experts techniques que des représentants du Parlement européen et de la Commission européenne, ainsi que d’autres groupements d’intérêt. La nouvelle EPBD a un rôle clé à jouer dans la réduction des émissions dues aux bâtiments. Rehva a toutefois insisté sur le fait qu’on ne pouvait pas se contenter de se concentrer sur les économies d’énergie et la baisse des émissions. Garantir un climat intérieur sain est également crucial. C’est pourquoi Rehva est satisfait que cet aspect soit repris dans la nouvelle directive. L’association s’engage également à développer des instruments techniques destinés à traduire un bon climat intérieur dans la pratique.
Le climat intérieur comme point d’attention
Il y a une expression qui revient sans cesse dans le milieu HVAC : « Les bâtiments ne sont pas destinés à économiser de l’énergie, mais bien à créer un climat intérieur agréable ». s’il s’agissait purement et simplement d’économiser de l’énergie, la solution serait aisée : laissons tout simplement tomber le chauffage, le refroidissement et la ventilation, et la facture énergétique va en conséquence chuter. Mais on fait alors l’impasse sur l’objectif des bâtiments. La nouvelle EPBD stipule également qu’un bon climat intérieur doit être garanti. Le concept de climat intérieur va au-delà du simple confort thermique : il englobe également une bonne qualité de l’air ainsi que des aspects comme l’éclairage et l’acoustique. Ces deux derniers points ne rentrent pas dans la compétence du concepteur HVAC, mais les deux premiers forment le cœur de notre profession.
L’attention portée à la santé est un changement important dans la législation. la crise du coronavirus nous a fait prendre conscience de l’importance du rôle de la ventilation. Auparavant, nous utilisions principalement des critères sensoriels pour évaluer la qualité de l’air : en résumé, s’assurer qu’il n’y ait pas trop d’odeur de renfermé. Aujourd’hui, nous sommes plus conscients de la présence de substances nocives. Nous avons également acquis une grande expérience dans la prévention des infections virales transmises par l’air. Cette expertise peut désormais être utilisée dans la conception de nouvelles installations. Il ne s’agit donc pas nécessairement de prévenir les épidémies mortelles ; la réduction du nombre de jours de maladie dus à la grippe, par exemple, a par ailleurs également déjà un effet positif.
Des critères nécessaires
Nous avons besoin de critères pour évaluer la qualité du climat intérieur. En termes de confort thermique, beaucoup de travail a déjà été fait, mais en ce qui concerne d’autres aspects, la situation est moins favorable. Rehva souhaite que ces critères soient autant que possible établis à l’échelle européenne, ou du moins qu’ils soient compatibles entre eux. Il arrive trop souvent aujourd’hui qu’une directive européenne soit d’abord introduite, puis que des normes soient élaborées au niveau national ou régional pour appliquer ces règles. Il en résulte un labyrinthe de réglementations différentes, qui rend les échanges internationaux très difficiles. L’EPBD est aujourd’hui en phase de transposition. Rehva recommande vivement de profiter de cette période pour rationaliser autant que possible les critères de mise en œuvre entre les états membres.
En outre, l’association a mis en place une section spéciale pour influencer de manière proactive la prise de décision au niveau européen, notamment par le biais d’une communication ciblée auprès d’un certain nombre de parlementaires européens. Cela doit permettre d’éviter que la traduction technique des règlements ne prenne du retard.
De la sensibilisation à un instrument politique
Une nouvelle directive sur la performance énergétique implique également un nouveau CPE. Cela offre différentes opportunités. On peut tout d’abord reprendre certains aspects dans le nouveau CPE qui, aujourd’hui, n’en font pas partie. Cela ne doit toutefois pas devenir non plus trop compliqué. L’utilisateur doit en effet encore s’y retrouver. Compte tenu de la numérisation croissante, on ne peut pas non plus ignorer le SRI (Smart Readiness Indicator), qui indique dans quelle mesure un bâtiment peut fonctionner dans un réseau numérique. Cela devient un aspect important dans l’évaluation d’un bâtiment, en plus de l’aspect purement énergétique.
Le PCE est un instrument pratique pour piloter la rénovation du parc immobilier. La Commission européenne impose une amélioration de 16% de la performance énergétique moyenne du parc immobilier d’ici 2030. Le CPE est la méthode la plus indiquée pour identifier les bâtiments les moins performants et pour chiffrer l’amélioration. Le CPE peut également constituer la base pour des primes et des obligations, comme c’est le cas en Flandre.
Une complication, toutefois: la qualité des CPE dans l’Union européenne est très inégale. Le CPE était à l’origine perçu comme un instrument de sensibilisation. Dans différents pays, la priorité consista toutefois à pourvoir rapidement un maximum de bâtiment d’un CPE. L’élaboration doit donc être avant tout rapide et bon marché. On devine aisément l’effet sur la qualité. L’Italie impose par ex. peu d’exigences à ceux qui établissent les CPE, avec en conséquence des prix courants de 50 euros. Rehva a estimé qu’à peine 35% des certificats italiens étaient fiables. On retrouve cette situation à des degrés divers dans les autres pays de l’UE. Emmanuelle Causse du syndicat des propriétaires International Union of Property Owners a souligné que la confiance des propriétaires et des locataires dans le CPE s’était érodée dans un certain nombre de pays. Dès lors, si on veut coupler des mesures contraignantes à ce score, il faudra d’abord rétablir cette confiance.
En résumé, il y a du pain sur la planche. Rehva estime que le secteur a un rôle clé à jouer en fournissant l’expertise nécessaire lors de la mise en œuvre concrète de la nouvelle directive.
Par Alex Baumans











