ÉVÉNEMENTS
Install Magazine 1001 – novembre 2024
Le secteur de la pompe à chaleur garde confiance
Heat Pump Forum de l’EHPA
À l’occasion du forum de l’EHPA, l’association du secteur européen de la pompe à chaleur, l’humeur fut malgré tout positive. Si le secteur n’a certes pas pu concrétiser les attentes élevées, il maintient toutefois sa confiance en l’avenir. Les pompes à chaleur ont en effet démontré qu’elle pouvaient apporter une contribution substantielle à la décarbonation de l’UE, ce qui reste encore jusqu’à nouvel ordre l’objectif final. Il s’agit désormais essentiellement de créer les conditions-cadres adéquates pour donner des opportunités à cette technologie.
Un rôle clé dans la décarbonation
Le Heat Pump Forum est un événement de l’EHPA qui a réuni à Bruxelles environ 250 représentants de l’industrie, du monde politique et des centres d’expertise, dans le but d’échanger leurs points de vue sur le futur de la technologie de pompe à chaleur. Le point d’orgue de l’événement fut sans aucun doute la cérémonie des Heat Pumps Awards, au cours de laquelle les projets européens les plus méritants en matière de pompe à chaleur furent récompensés. Le Heat Pump Forum a également une touche belge ; de fait, l’actuel président de l’EHPA est Patrick Crombez de Daikin.
Dans son discours inaugural, Patrick Crombez a résumé les différences avec le forum de 2023. Le secteur était alors en pleine euphorie : le marché explosait, on investissait massivement dans la capacité de production, et la transition énergétique semblait à portée de main dans le chauffage. Mais les choses ont pris une autre tournure. Le secteur ne se décourage pas pour autant. Le recul généralisé du marché n’a en effet pas grand-chose avoir avec les insuffisances de la technologie proprement dite. Des millions de pompes à chaleur tournent en Europe et permettent de réaliser des économies considérables en combustibles fossiles. Les entraves sont externes, et ont trait avant tout au rapport de prix entre le gaz et l’électricité. À condition de créer les conditions-cadres adéquates, la technologie de pompe à chaleur pourra pleinement jouer son rôle dans la décarbonation des bâtiments.
Au cours d’un certain nombre de tables rondes, des experts sont revenus sur des sujets tels que les pompes à chaleur dans l’industrie et les logements collectifs, l’interaction avec les réseaux d’électricité, l’influence de l’IA, les possibilités de financement… Un des thèmes récurrents fut le rôle clé de la technologie de pompe à chaleur dans la transition énergétique.
La chaleur industrielle est ainsi par exemple produite en majeure partie à l’aide de combustibles fossiles. Une des méthodes pour diminuer cette consommation consiste à recourir à la récupération de chaleur. Cela se traduit presque automatiquement par l’utilisation de pompes à chaleur pour valoriser la chaleur résiduelle jusqu’au niveau souhaité.
Les pompes à chaleur peuvent également jouer un rôle dans la transition vers l’électricité verte, et contribuer ainsi à résoudre les problèmes de congestion du réseau qui en découlent. Il s’agit en effet d’une bonne méthode pour gérer les pics dans la production d’électricité, en stockant cette électricité sous forme de chaleur. Ainsi, le déploiement des pompes à chaleur n’est pas tant une charge pour le réseau qu’un facteur de stabilisation.
La nécessité d’une politique énergétique
Comme l’a suggéré l’un des panels: les problèmes techniques sont les plus simples, les véritables défis se situent ailleurs. En ce qui concerne le rapport entre le prix de l’électricité et le prix du gaz, tout a déjà été dit. Il s’agit d’un levier essentiel à la réussite de la transition énergétique. Dans ce contexte, il reste à voir quel sera l’impact de l’ETS2. La prochaine version de ce système de droits d’émissions inclura également les combustibles de chauffage, ce qui contribuera immanquablement à faire monter les prix du gaz et du mazout.
À première vue, cela semble être une bonne nouvelle pour le secteur de la pompe à chaleur, mais les prix de l’énergie constituent un thème politique sensible. En France, le mouvement de protestation des gilets jaunes est encore dans toutes les mémoires. Et lors des dernières élections régionales en Allemagne, l’introduction des pompes à chaleur a été récupérée par des partis populistes dans le but de fustiger la politique des écologistes. La pompe à chaleur est donc devenue un symbole politique. Dès lors, opter ou non pour une pompe à chaleur n’a plus grand-chose avoir avec la technique de chauffage, mais bien avec la préférence pour un parti politique déterminé. Cette évolution est plutôt inquiétante pour le secteur. Sans un consensus social, la transition énergétique ne pourra pas réussir.
Le forum a également établi que le passage aux pompes à chaleur pouvait s’inspirer de l’introduction du réseau de gaz naturel. Le développement du réseau gazier dans les années ’60 est allé de pair avec une campagne de communication à grande échelle, comprenant notamment des visites systématiques de logements, afin d’informer les familles sur les avantages de la nouvelle source d’énergie. Une approche similaire pourrait contribuer à réduire fortement les inquiétudes et les préjugés par rapport aux pompes à chaleur. Dans tous les cas, des efforts doivent être consentis pour offrir aux ménages une alternative accessible, lorsque les prix du gaz grimperont en raison des taxes sur les émissions.
Simplifier la vie de l’utilisateur
Aboutir à un rapport de prix correct entre l’électricité et le gaz ne constitue qu’une partie du puzzle. Le passage à une pompe à chaleur reste une chose complexe. Et ce ne sont pas les aspects techniques qui sont en cause, mais bien les aspects financiers et organisationnels. À bien des niveaux, on plaide en faveur de mécanismes destinés à faciliter la vie de l’utilisateur. Le coût d’investissement élevé reste un obstacle important. Chaque pays ou région possède certes son système d’aides, mais l’utilisateur doit tout de même s’y retrouver dans les différentes réglementations.
Les formules as-a-service et/ou de leasing représentent une solution possible. Elles allègent les charges financières pour le propriétaire, dans la mesure où l’investissement est réparti sur plusieurs années. Les utilisateurs ne doivent également plus se soucier des aspects techniques ou administratifs : ils ont en effet un interlocuteur unique pour tout, de la conception à l’installation, en passant par le service après-vente et la facturation.
Tirer parti des pompes à chaleur pour contribuer à l’équilibre du réseau électrique nécessite également une organisation adaptée. Il est peu probable que chaque utilisateur individuel se convertisse en trader afin de gérer son installation de manière optimale en fonction du prix de l’électricité. Il serait plus efficace d’intégrer les utilisateurs dans un système, au sein duquel un grand nombre de pompes à chaleur serait contrôlé de manière centralisée. La vie des utilisateurs s’en trouverait simplifiée, et cela aurait un impact plus important sur l’équilibrage du réseau d’électricité. À condition bien entendu que le confort reste garanti. Il doit y avoir un avantage clair pour les utilisateurs, afin de convaincre ceux-ci d’adhérer à un tel système. En France, la pratique démontre que cette approche peut fonctionner.
Mais pour que tout cela aboutisse, il faut que la législation veuille bien suivre ; or, celle-ci constitue généralement un obstacle aux innovations.
En Allemagne, par exemple, une formule de leasing s’est avérée impossible à mettre en place parce que les régimes de subvention existants ne s’appliquaient qu’aux propriétaires individuels. Il y a donc encore beaucoup de pain sur la planche sur le plan politique.
Par Alex Baumans
Photos : EHPA












