FÉDÉRATION
Install Magazine 995 – février 2024
La transition énergétique sous pression
L’ATTB appelle les gouvernements à agir
Le secteur du chauffage avait jusqu’à présent relativement bien résisté aux différentes crises. Les derniers chiffres de l’ATTB, l’association belge des fabricants de matériel de chauffage, nous fournissent toutefois une toute autre image. Avec une baisse globale de 23%, le secteur subit un choc sans précédent. Alors qu’il convient précisément d’accélérer la rénovation des chaufferies afin de réaliser la transition énergétique, on observe aujourd’hui un fort ralentissement du marché. L’association en appelle dès lors à des mesures visant à relancer le marché.
Une baisse jamais vue
Le marché des appareils de chauffage connaît traditionnellement une tendance à la hausse. En 2023, toutefois, il n’en fut pas de même. Avec une diminution de 33%, les ventes de chaudières ont dû encaisser un revers encore jamais enregistré. Pire, la baisse des ventes de chaudières n’a pas été compensée par une hausse des ventes de pompes à chaleur. Cette catégorie a certes démarré en force, mais elle s’est progressivement ralentie, avant de connaître même un petit recul en fin d’année. L’espoir du début d’année n’a donc pas été confirmé. Les installations à énergie solaire thermique, qui en 2022 avaient pour la première fois depuis longtemps repris du poil de la bête, ont à nouveau plongé avec une baisse de 35%. Toutes catégories confondues, cela représente une baisse de 23%. Autrement dit, en 2023, on a installé quelque 60.000 unités de moins que l’année précédente. Un constat inquiétant quand on sait qu’une rénovation à grande échelle du parc immobilier est impérative pour atteindre les objectifs climatiques.
Des ventes de pièces de rechange, il ressort que de nombreux ménages privilégient les réparations au remplacement. Et maintenant que les prix de l’énergie diminuent à nouveau, ils seront encore moins enclins à opter pour la rénovation. L’année 2024 ne devrait pas être plus positive, étant donné que la construction neuve enregistre également une baisse.
Les raisons profondes de cette situation sont assez évidentes. Depuis que les pics en matière de prix de l’énergie sont derrière nous, la panique a également disparu. Les ménages ont reçu leur facture pour 2022, et nombre d’entre eux ont constaté que, dans l’ensemble, ce n’était pas si mal. Dans le même temps, l’inflation a frappé, et le coût d’une installation a grimpé. Si d’un côté les prix augmentent, et que de l’autre le bénéfice d’une nouvelle installation diminue en raison des prix de l’énergie à la baisse, il n’est guère étonnant de constater que le marché s’effondre. L’inflation crée en outre un sentiment d’insécurité chez le consommateur, qui n’est plus enclin à investir.
Il manque une analyse de rentabilité pour l’électrification
C’est pourquoi l’ATTB demande instamment au gouvernement d’établir un business case pour l’électrification. En ce moment, le rapport de prix entre les combustibles fossiles et l’électricité est tel qu’il n’y a pas de motivation financière à opérer la transition vers des solutions électriques. Lorsque le prix du gaz avait atteint son sommet, le rapport de prix gaz-électricité était de 2,5 ; en conséquence de quoi une pompe à chaleur bénéficiait d’un retour sur investissement assez court. Mais depuis, ce rapport est repassé à 4. Et en Europe, c’est uniquement en Allemagne que ce rapport est encore plus mauvais. Conclusion : ceux qui passent aujourd’hui à la pompe à chaleur font un investissement peu rentable. Les émissions de CO2 sont certes à la baisse, mais cette évolution est insuffisante pour convaincre les consommateurs. Rendre la PAC financièrement plus attractive est indispensable si on veut réussir la transition énergétique. L’ATTB plaide dès lors pour une défiscalisation du prix de l’électricité. En observant l’évolution des ventes, aussi bien en Belgique que dans les pays voisins, on remarque que le marché de la PAC suit l’évolution du prix de l’électricité. Il importe donc que la part des coûts externes et de la fiscalité déguisée dans ce prix soit aussi faible que possible.
Pour mener à bien l’électrification, il convient que le réseau soit suffisamment solide pour faire face à la consommation croissante. Aux Pays-Bas, où les limites sont déjà atteintes, il devient compliqué de raccorder de nouveaux projets au réseau. L’électrification du chauffage doit aller de pair avec l’adaptation des réseaux.
Zone basses émissions pour les chaufferies
L’ATTB lance par ailleurs une fois de plus l’idée d’une zone basses émissions pour chaufferies. Il s’agit d’une mesure que l’association réclame depuis des années. Depuis lors, tout le monde trouve normal que les véhicules les plus polluants soient retirés des routes. Mais que dire alors de toutes les vieilles chaudières qui sont encore en service après 30 ans ou plus de bons et loyaux services ? Une réglementation imposant un niveau minimal d’efficacité aux chaufferies, constituerait une bonne manière d’enfin rénover celles-ci. Mais dans la pratique, on voit l’inverse se produire, et les anciennes chaudières sont rafistolées aussi longtemps que possible.
Nouvelle structure de l’ATTB
Le paysage du chauffage évolue, et cela a également des conséquences pour l’ATTB. L’association était traditionnellement organisée par groupe de produits, avec différentes sections représentant à chaque fois une catégorie déterminée. Cette structure est toutefois obsolète, en raison des développements techniques et économiques. Il s’agit désormais de choisir la bonne technique ou combinaison de techniques pour une application bien précise. C’est pourquoi l’actuelle répartition en sections est remplacée par une nouvelle division plus axée sur les applications.
Concrètement, il y aura trois grandes classifications :
Techniques pour les nouvelles constructions et rénovations profondes
Techniques pour le marché de remplacement résidentiel
Techniques pour les collectivités et applications non résidentielles
Chaque domaine d’application requiert en effet sa propre approche. La nouvelle structure est clairement plus orientée vers la pratique : les fournisseurs sont groupés en fonction de l’affectation des systèmes, et non plus en fonction de leur principe de fonctionnement.
Par Alex Baumans











